lundi 19 février 2018

Les Frères musulmans peuvent dire merci à la gauche française

La gauche française en perte de vitesse, a cru bon de courtiser les islamistes. Les Frères musulmans lui doivent une fière chandelle de leur avoir permis de se déployer aussi bien dans les pays du "printemps arabe" qu'en Europe et plus particulièrement en France ! En effet, c'est la gauche française, et particulièrement les socialistes qui étaient aux commandes, qui a permis aux Frères musulmans de d'y diffuser leur doctrine que fonde le wahhabisme. Elle les a imposés à leurs peuples; convaincus par leur islamisme "modéré" !
R.B

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Brigitte Stora

 

Frère Tariq Ramadan, l’autre procès

Cette mise en examen de conscience concerne la complicité, voire la collaboration avec une formidable machine de guerre menée par lui au nom des Frères musulmans.


Cette époque est étrange. Il semble que l'intransigeance envers certains-nes soit à la démesure de l'indulgence qui fut accordée à d'autres.

Comment s'offusquer de la propagation dans notre jeunesse d'une parole conspirationniste islamiste alors même que pendant près de 20 ans, des médias, des "intellectuels" l'ont encensée ?

Avant de s'en prendre en masse, voire en meute, à des jeunes; chanteuse, mannequin, humoriste, qui ont relayé ses paroles et sa pensée, il est peut-être temps d'interroger ceux qui ont contribué à la fulgurante ascension de frère Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan sera jugé mais hélas, il ne le sera pas pour cela...

L'incroyable impunité dont les prédateurs sexuels ont pu jouir si longtemps appartient peut-être déjà au passé. Passant à côté d'un mouvement historique et politique, certains, en inversant les rôles n'ont cru y voir qu'un mouvement de "délation généralisée".

Tariq Ramadan s'est retrouvé parmi les "victimes" de cette libération de la parole...
Quand on lit le récit glaçant des présumées proies de frère Tariq, on se dit qu'il nous faudra peut-être définitivement demander pardon aux porcs car, on ne reproche à aucun d'entre eux, je crois, une telle bassesse, d'une telle cruauté.

L'autre procès

Ceux qui ont permis la gloire de ce prédicateur islamiste ignoraient peut-être sa haine pathologique et personnelle des femmes bien que celle-ci soit au centre de l'idéologie islamiste ... Il aura pourtant fallu beaucoup de cette "indulgence hexagonale" pour la considérer comme "libertinage", un "libertinage" toutefois qui ne l'empêchait pas de réfléchir sérieusement au bien fondé de la "lapidation des femmes adultères"...

Ramadan est désormais mis en examen pour ces faits et la justice tranchera mais il y a pourtant un autre procès qu'on voudrait voir s'ouvrir même si celui-ci n'a pas sa place dans un tribunal.

Ce procès ou plutôt cette mise en examen de conscience concerne la complicité, voire la collaboration avec une formidable machine de guerre menée par lui au nom des Frères musulmans.

Il interroge l'abandon pour ne pas dire l'immolation d'une partie de notre jeunesse livrée pieds et poings liés à ces marchands de haine que sont les islamistes et dont Ramadan aura été la figure la plus subtile, la plus aboutie, la plus dangereuse.

Car aucun intellectuel digne de ce nom ne pouvait décemment méconnaître l'idéologie, la genèse, l'histoire des Frères musulmans, cette organisation politico-religieuse fasciste qui fut fondée en 1928 par Hassan El Banna et dont le petit fils Tariq Ramadan a toujours fièrement revendiqué la filiation politique.

Leur alliance avec le fascisme et le nazisme, la diffusion par leur soins dans le monde arabe de "mein Kampf" et des "Protocole des sages de Sion". Leur haine des Juifs, des femmes, des démocrates est inscrite au cœur de leur programme.

Pendant près de vingt ans, des philosophes, des responsables associatifs et politiques, des chevaliers de la presse libre, des grands médias ont adoubé Tariq Ramadan. Celui qui fut étranger à toutes les luttes antiracistes de notre pays fut soudainement propulsé, encensé sur tous les plateaux télés et medias où la haine fait vendre. Avec l'argent du Qatar et la bénédiction ou le silence d'élus de tous horizons politiques qui ont cru pouvoir troquer la paix sociale contre un peu de religion, Ramadan et ses acolytes ont labouré nos banlieues, parlé à des jeunes à qui plus personne ne s'adressait.

Une alliance avec l'extrême droite islamiste

Ramadan fut même introduit dans les forums sociaux organisés par la gauche radicale et les altermondialistes où, pour la première fois, une idéologie d'extrême droite étrangère et hostile à tous les combats d'émancipation s'y voyait offrir une indécente tribune.

De l'université aux maisons de quartier en passant par des mosquées et les plateaux télé, partout cette parole mortifère a trouvé des relais, des complicités jusqu'aux plus hautes autorités morales et intellectuelles de notre pays.

Ceux-là pourtant ne souffraient d'aucune relégation sociale ou raciste, ils n'étaient pas comme la plupart des jeunes Maghrébins, pris dans un vertige identitaire, avides d'une parole déculpabilisante... Face aux crimes islamistes, Ramadan et ses complices leur offrirent ce cadeau empoisonné "ce n'est pas nous, c'est eux !".

La mésalliance qui, depuis près de vingt ans s'est nouée entre une partie de la "gauche radicale" et l'islamisme relève d'une trahison qui n'aura guère eu d'équivalent dans l'histoire.

Cette mésalliance eut un prix ; l'abandon des Juifs, des droits des femmes, des homosexuels, des démocrates du monde arabe. (On se souvient de l'indécente charge d'universitaires français contre Kamel Daoud). Il y eut aussi le sacrifice de l'intelligence et de la réflexion : plutôt qu'une critique du capitalisme, on opta pour une vision simpliste (tout est la faute de l'Amérique et d'Israël) si proche des thèses complotistes et antisémites.

Les résistants-es qui dénoncèrent l'imposture des islamistes furent la cible de calomnies puis de menaces. Charlie Hebdo en est mort.

Orphelins de Charlie

Charlie hebdo fut presque le seul à dénoncer avec la même rigueur l'islamisme, le racisme et l'antisémitisme. C'est cette intransigeance, si peu audible hélas aujourd'hui, qui a été dynamitée.

Malgré la propagande nauséabonde que les islamistes et leurs idiots utiles n'ont cessé de relayer, Charlie, ce journal de gauche libertaire était de tous les combats antiracistes; pour le droit de vote des étrangers, pour l'accueil de réfugiés, dans les luttes pour les sans-papiers, contre les tests ADN, contre la double peine, les contrôles au faciès, etc.

Il faut peut-être le rappeler à ceux qui osent entonner les sirènes de l'identité nationale pour s'en réclamer et surtout le crier à ces décérébrés, étudiants rebelles au petit pied qui refusent que l'on lise un texte de Charb... Stéphane Charbonnier, ce héros qui affronta jusqu'au bout les fascistes islamistes, ceux qui menacent de vous tuer. Le courage se mesure toujours à l'aune de ce que l'on risque, tout le reste n'est que posture et gesticulation. Hélas.

Bien sûr, ce n'est pas Tariq Ramadan qui a décimé la rédaction de Charlie, celui-ci s'est contenté de commenter ainsi leur assassinat "cet humour-là était un humour de lâche". Sur Al Jazeera, il n'a fait que poursuivre sa petite musique conspirationniste : "Il y a beaucoup de questions qu'il faut encore poser. Par exemple, ce qui est arrivé le 11 Septembre ; ce qui est arrivé à Madrid ; ce qui est arrivé à Londres ; ce qui arrive maintenant en France ... Quel est le rôle des services secrets dans toute cette affaire ?".

Le droit de cité du conspirationnisme

Il ne fut pas le seul. Nombreux furent ceux qui refusèrent de respecter la minute de silence, ils n'étaient pas "Charlie" et, dans la même foulée, ne furent pas non plus "Juifs de l'hyperchacher"...

Bénéficiant de tribunes dans des grands journaux et autres medias, des philosophes, des intellectuels, de sociologues, des journalistes se mirent à recouvrir de leur propre chahut celui de jeunes qu'ils avaient contribué à déboussoler. L'Etat français était complice, l'islamophobie généralisée avait conduit à ces extrémités...

Pourtant, contrairement aux jeunes générations à qui l'on avait fait croire que "critiquer une religion c'était du racisme", eux savaient très bien qui étaient Wolinski, Maris, Cabu et Charb. C'est en toute conscience et à l'abri de leurs privilèges qu'ils abandonnèrent Charlie, les Juifs et tous les autres... *

Ces discours ont eu droit de cité, ils furent au plus haut niveau relayés.

Comment dès lors s'étonner qu'une partie de notre jeunesse en ait été contaminée?

La haine des Juifs au cœur du discours islamiste

Depuis près de 20 ans, l'explosion de la parole antisémite, des agressions puis des crimes ont fait l'objet d'une occultation. Elle le fut, sans surprise, par ceux-là même qui promouvaient Ramadan et son discours. Ce furent encore les mêmes qui crièrent à la liberté d'expression pour Dieudonné, relayant les insinuations antisémites du "deux poids, deux mesures".

Lors des crimes antisémites (Ilan Halimi, enfants de Toulouse, clients de l'hypercacher) ) l'effroi national ne se transforma guère en mobilisation citoyenne. Partout où ils se trouvaient, les amis de Tariq Ramadan s'employèrent à scier les courroies de transmission de la solidarité à l'égard des Juifs. Si cette solidarité s'était manifestée, alors des milliers de familles juives n'auraient peut-être pas quitté le pays.

Désarroi à gauche

Abandon et trahison furent hélas le lot de nombreux militants politiques et associatifs. Pris en otage entre un souci louable de ne point stigmatiser encore les plus fragiles, (populations d'origine ouvrière et immigrée) et l'envie légitime d'en découdre avec la "vermine fasciste" et islamiste, ils se virent sommés de taire leur indignation. Certains, trop peu nombreux, ont osé protester ; dans les syndicats, les partis politiques, les associations, même au Mrap, (si joliment rebaptisé par Charb, le "Mouvement pour le Respect Au Prophète"). D'autres, désemparés, sont partis sur la pointe des pieds, le plus souvent.

La détresse des Juifs de notre pays, le désarroi de militants humanistes eut aussi pour corollaire la solitude voire l'abandon des Français issus de l'immigration africaine et maghrébine. Rebaptisés "musulmans", la plupart d'entre eux virent leur parole et leur identité confisquée, pris en étau entre le racisme de l'extrême droite et la terreur de voir leurs propres enfants basculer dans ce nihilisme meurtrier, le seul que dans leur immense compassion, leur amis autoproclamés leur offraient en guise d'avenir.

Le mot même "musulman" fut une prise de guerre sémantique et idéologique de l'islamisme, comme s'il y avait une "connivence culturelle" entre une Albanaise, un Ouïgour et un Malien....

Le discours islamiste porté par Ramadan et ses amis se fit ainsi le supplétif du retour de l'imaginaire colonial, ("musulmans" était le mot employé par l'administration coloniale). Imaginaire que dans le même mouvement, ils se firent un plaisir de dénoncer ...

C'est ainsi que depuis près de 20 ans, des Français d'origines diverses se sont vu offrir une forme de débaptisation, une mise "hors la France" grâce à cette identité largement fantasmée.

Alors même que nous avions tous et toutes besoin d'horizon, d'espoirs, d'utopies positives, une gauche égarée dans ses extrêmes se mit à renier les combats d'émancipation qui avaient fait son identité. Le coût pour les femmes et les filles allait aussi être colossal, jusqu'à certaines "féministes" d'un nouveau "genre" qui loin des combats de leurs aînées se mirent à "oser" le relativisme culturel ; la parité pour les unes, le voile pour les autres. Leur abandon assumé de leurs sœurs des cités, livrées aux lois des caïds puis à celle des islamistes est venue offrir une définition paradoxale de ce que peut être aujourd'hui le "féminisme blanc"...

La lâcheté et l'abandon auront été le formidable cadeau offert à l'extrême droite, renforcée par l'incroyable aubaine d'un discours identitaire désormais adoubé et partagé.

Charb, Tignous, Bernard Maris le répétaient : sur l'échiquier politique, l'islamisme se situe au bas mot à l'extrême droite. Or c'est à cette alliance contre nature que les amis de Ramadan ont œuvré pendant des années. De manière fort inédite dans l'histoire, une gauche dite "radicale" s'est acoquinée avec ceux qui prônaient l'esclavage des femmes, le refus, jusqu'au meurtre, de l'éducation des filles, l'assassinat des homosexuels, la haine des Juifs, le complotisme antisémite et le nettoyage ethnique.

Et pour avoir amarré cette terrible mésalliance à la volonté de justice sociale, à la défense intransigeante d'une presse libre et indépendante, à la révolte toujours nécessaire face aux malheurs du monde et celui si terrible qui touche aujourd'hui les réfugiés, pour avoir si durablement confondu les valeurs et sali encore une fois un idéal de fraternité déjà bien entamé par les trahisons du siècle, ceux-là devraient peut-être rendre des comptes.

Il est peut-être temps de répondre de frère Tariq.

dimanche 18 février 2018

Des iraniennes piégées par les islamistes et des intellectuels tombés dans leur piège


Certains aveuglements sont incompréhensibles. Les féministes iraniennes croyaient bien faire de s'affubler du tchador et de soutenir les islamistes pour se débarrasser du Shah ! Mal leur en a pris pour s'en débarrasser une fois que les islamistes étaient au pouvoir; puisque Khomeiny va rendre obligatoire son port. Et celles qui ont voulu le retirer, l'ont payé parfois de leur vie ! Les pires, ce sont ces intellectuels qui ont applaudi l’avènement des islamistes en Iran, ignorant tout de leur doctrine rétrograde inspirée du wahhabisme ! Comment peut-on être progressiste et accepter de soutenir une telle doctrine ?


Souvent, ce sont les mêmes qui refusaient de voir la réalité du stalinisme et continuaient à promouvoir le communisme.

R.B

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La féministe Marie-Jo Bonnet se souvient très bien de la Révolution islamique en 1978-79 et des positions de Foucault. Dans un livre à paraître sur l’histoire du MLF, elle dénonce "l’aveuglement du philosophe".

Michel Foucault s’est-il trompé sur l’Iran ? Oui, affirme sans ambages Marie-Jo Bonnet. Figure historique du féminisme français, elle publie début mars «Mon MLF» (Albin Michel), dont un chapitre entier porte sur la Révolution iranienne et les positions du philosophe. BibliObs le publie en avant-première.

L'aveuglement de Foucault 

En 1978, quelque chose de complètement inattendu est arrivée en Iran. Le soulèvement du peuple contre le Shah qui faisait régner un régime de terreur politique avec l'emprisonnement des opposants et la torture.
Depuis l'automne 1978, les Iraniens manifestent dans les rues, protestent, s'organisent. Fait remarquable, les femmes y participent et un grand nombre d'entre elles portent le tchador en signe de protestation contre un régime soutenu par l'Occident et l'impérialisme américain. Ces grands oiseaux noirs groupés dans les manifestations comme des taches indifférenciées sont très impressionnants. Elles donnent un sentiment de force et de légitimité à la révolte excitée de France par l'imam Khomeiny, réfugié à Neauphle-le-Château depuis plusieurs mois et qui envoie ses instructions aux leaders islamistes sur des cassettes.
Elles sont diffusées partout et, aussi paradoxal que cela paraisse, remarque Chahla Chafiq, c'est l'imam qui encourage les femmes à sortir de chez elles. En «appelant les femmes à participer aux manifestations en ignorant le couvre-feu pour montrer leur opposition à la tyrannie, des millions d'entre elles, y compris les religieuses traditionalistes n’ayant jamais auparavant pensé quitter leurs maisons sans leurs maris ou leurs pères, descendent dans la rue, écrira-t-elle. L'appel de Khomeiny au soulèvement contre le Shah enlève ainsi tous les doutes dans les esprits des femmes musulmanes quant à leur droit de se rendre dans la rue de jour comme de nuit.»
En septembre 1978, l'armée a tiré sur les manifestants, faisant des centaines de morts. C'est le Vendredi noir. En octobre, Khomeiny a appelé à la grève générale. En tant qu'opposant au régime du Shah depuis toujours, il est la voix venue d'en haut qui amplifie la révolte, la guide, l'oriente vers une république islamique.

Têtes nues

Le 16 janvier 1979, le Shah a fui l'Iran pour le Maroc. On le dit malade. Les événements se précipitent. L'iman Khomeiny décide alors de rentrer dans son pays et atterrit à Téhéran le 1er février 1979. Une foule immense l'accueille à sa descente d'avion, comme un prophète. Il met en place un gouvernement provisoire dirigé par Mehdi Bazargan. Le 8 mars, les Iraniennes s'apprêtent à fêter pour la première fois la Journée internationale des femmes. Elles ont invité l'Américaine Kate Millett, auteur d'un best-seller international, «La Politique du mâle», et qui milite depuis plusieurs années contre la dictature du Shah au sein de l'association Caifi (Committee for Artistic and Intellectual Freedom in Iran).
Avant de partir, Kate Millett a envoyé un télégramme à ses «sisters» des divers Women's Lib pour les inviter à la rejoindre en Iran. Claudine Mulard, ancienne responsable de la librairie des Femmes à Paris, a pris l'avion et arrive le 8 mars à Téhéran. Elle retrouve quasi par miracle Kate Millett sur le campus de l'université. La neige recouvre le sol. Une singulière atmosphère enveloppe la ville en émoi, mêlée d'espoir et de danger.
En tant qu'Américaine et homosexuelle, Kate Millett est particulièrement exposée aux fureurs islamistes. Elle doit changer d'adresse chaque soir. Ses amies iraniennes la protègent tout en organisant la manifestation du 8 mars. Or, la veille, Khomeiny a déclaré de Qom, la «ville sainte», que «les femmes musulmanes ne sont pas des poupées, elles doivent sortir voilées et ne pas se maquiller, elles peuvent avoir des activités sociales, mais avec le voile». Il annonce que les employées des agences gouvernementales doivent porter le hijab islamique, sous peine de se voir refuser l'accès à leur poste.
Les Iraniennes sont consternées et en colère. Elles ont pris l'habitude de la liberté et n'ont pas fait la révolution pour se retrouver emprisonnées dans un hijab. La manifestation est impressionnante. Des milliers de femmes descendent dans la rue, tête nue, ce qui est une transgression formidable pour l'idéologie islamiste qui se construit au fil des événements, devenant de plus en plus radicale et dictatoriale. Les Iraniennes sont déterminées à se défendre, scandant leurs slogans dans le stade de l'université qui s'enflamme d'une liberté nouvelle, exaltante, merveilleuse. «Liberté, Égalité, c'est notre Droit», disent-elles. «Nous ne voulons pas de voile obligatoire», «Le 8 mars n'est ni un jour de l'Est ni un jour de l'Ouest, c'est un jour mondial».

Elles disent aux hommes : "Mettez aussi un foulard"

Le 11 mars, elles organisent une conférence de presse à l'hôtel Continental. Kateh Vafadari prend la parole :

Nous avions quatre mille prisonnières politiques sous le Shah. Le gouvernement de Khomeiny n'a pas encore fait de lois pour les femmes, c'est pourquoi nous nous battons. Nous manifestons pour dire ce que nous voulons. Si les femmes ne veulent pas porter le tchador, personne ne pourra les y obliger.»
Les adversaires de la libération des Iraniennes s'en prennent aux féministes occidentales qui devraient rester chez elles. L'argument du relativisme culturel est agité également par la gauche pour casser la solidarité internationale.
Entre-temps, Sylvina Boissonnas, du groupe Psychanalyse et Politique, les rejoint sur le campus avec du matériel. Les Iraniennes organisent un sit-in au ministère de la Justice pour protester contre l'interdiction faite aux femmes d'accéder à certaines professions, dont celle de juge. Tous les jours, elles manifestent. La jeune photographe Hengameh Golestan les photographie, tête nue dans la rue, défilant le poing levé.
Pour expliquer pourquoi tant de femmes descendent dans la rue, Hengameh Golestan racontera plus tard:

La révolution iranienne nous avait appris que si nous voulions quelque chose, il fallait descendre dans la rue et le réclamer. Les gens étaient si heureux; je me souviens d'un groupe d'infirmières arrêtant certains hommes dans une voiture et leur disant: “Nous voulons l'égalité, alors mettez aussi un foulard!” Tout le monde riait.»
Le 12 mars, Sylviane Rey et Michelle Muller atterrissent elles aussi à Téhéran avec du matériel de reportage. Elles ont une caméra et un nagra pour filmer les manifestations. Rejointe par Claudine Mulard, l'équipe au complet peut alors filmer les manifestations et interviewer Kate Millett sur le campus tout en envoyant la traduction en France.

Je n'ai jamais vu des femmes qui s'organisent aussi rapidement et en si grand nombre, dit-elle. Il y a 10.000 à 15.000 femmes dans ces manifestations. Aux États-Unis ça prendrait des années pour se rassembler comme ça. Il faudrait de l'argent. Il faudrait écrire aux gens. Il faudrait de la publicité. Ici, quelqu'un brandit un panneau pendant la manifestation avec “Sit-in à la TV”, “Demain le ministère de la Justice” et tout le monde y va. Parce que ces femmes non seulement étaient réprimées depuis très longtemps, mais ce sont aussi les femmes qui ont fait la Révolution. Elles ont été dans les rues, elles ont des copains qui sont morts. Elles savaient qu'elles-mêmes pouvaient être tuées par le Shah et ses troupes. Ce sont elles qui ont eu le courage de sortir face aux chars, le courage de se soulever. C'est phénoménal.»
Comme les attaques contre les femmes qui ne veulent pas porter le tchador s'amplifient, Sylvina décide de s'envoler le 15 mars pour l'Europe avec les bobines, juste avant que Khomeiny interdise la sortie du territoire iranien des images qui y ont été tournées.

L’avis de Simone de Beauvoir

En France, nous suivons les événements en lisant «Libération» et «Le Monde». Le journal féministe «Histoire d'elles», créé deux ans plus tôt, lance une campagne de pétition en soutien aux Iraniennes.

Pour la première fois dans le Tiers-Monde, des femmes ne se laissent pas sacrifier par la révolution. Pour la première fois, elles refusent la mise au pas au nom de la révolution à laquelle elles ont contribué, et elles le font entendre. Dans la rue, au risque de leur vie, elles crient que la lutte continue contre les nouveaux maîtres de l'ordre de la République islamique. Rebelles – Offensives. Elles prennent la rue et leurs droits.»

À Paris, nous suivons les événements iraniens remplies d'espoir. Une délégation de femmes est mise sur pied pour se rendre à Téhéran afin de s'informer sur le respect des droits des femmes par la nouvelle République.
Les journalistes féministes veulent se rendre à Téhéran. Le 19 mars, une délégation du Comité international du droit des femmes s'envole pour Téhéran. Composé de femmes journalistes, écrivaines, photographes, cinéastes, universitaires et personnalités politiques, le comité est présidé par Simone de Beauvoir qui est reliée par téléphone aux voyageuses. Très vite, Beauvoir est sollicitée pour donner son avis sur une décision politique importante à prendre.

Pour être reçue par Khomeiny, les femmes de la délégation doivent impérativement porter un foulard. Que faire? Accepter? Mais c'est trahir la cause qu'elles soutiennent. Refuser? Elles se privent d'une interview précieuse. La délégation est complètement divisée. Pour Simone de Beauvoir, le choix est clair. Ou bien il faut rencontrer Khomeiny sans avoir les cheveux couverts, ou bien renoncer à l'entrevue. Le groupe reste divisé, racontera Martine Sorti, quelques-unes acceptant d'aller voir le futur dictateur en portant un foulard.

Femmes en danger

Or, le même jour, Kate Millett est expulsée d'Iran pour «provocation contre la révolution islamique». Marie-Odile Delacour, journaliste à Libération, est présente à Orly où une mini-conférence de presse est improvisée. Kate Millett est très émue par son voyage. Elle est même bouleversée par la peur. «Oh I am so glad to be in Paris», dit-elle d'entrée.
On la comprend. Le 8 mars, un groupe de lycéennes se rendant au campus de l'université a été attaqué par un groupe de religieux islamistes qui criaient: «Nous ne voulons pas que les femmes descendent dans la rue toutes nues.» La bagarre a été violente, raconte Claudine Mulard dans son journal, elles ont reçu des coups, ils ont déchiré leurs banderoles et la manifestation a été dispersée.
Kate Millett a eu peur durant tout son séjour, pour elle, bien sûr, mais aussi pour ses amies iraniennes qui sont en danger. Elles sont «des êtres humains merveilleux, extrêmement civilisées, armées de beaucoup de courage. Des milliers de femmes sont allées dans la rue pour obtenir des assurances sur leurs droits démocratiques. Rien n'est fait encore tant qu'il n'y aura pas de constitution en Iran.» En effet, un référendum est prévu les 30 et 31 mars sur la question de la République islamique.

À Paris, un grand meeting de soutien aux femmes iraniennes est organisé le 22 mars à la Mutualité avec Kate Millett, Simone de Beauvoir et nous toutes venues écouter leurs témoignages. Le film, réalisé par l'équipe de Claudine Mulard et Sylvina Boissonnas, est projeté dans une salle surchauffée.
Certaines femmes iraniennes reprochent aux femmes d'Occident de ne pas s'être souciées de leurs malheurs quand le Shah détenait le pouvoir. Ce n'est pas juste, répond Simone de Beauvoir.

Elles ne constituaient pas alors un groupe spécifique; et nous nous battions contre les sévices subis par toutes les victimes, sans distinction de sexe. Et aujourd'hui la condition des femmes en tant que telle est en question, et c'est ce qui suscite notre émotion. Jusqu'ici toutes les révolutions ont exigé des femmes qu'elles sacrifient leurs revendications au succès de l'action menée essentiellement ou uniquement par des hommes. Je m'associe aux vœux de Kate Millett. Et de toutes mes camarades qui se trouvent en ce moment à Téhéran: que cette révolution-ci fasse exception; que la voix de cette moitié du genre humain, les femmes, soit entendue. Le nouveau régime ne sera lui aussi qu'une tyrannie, s'il ne tient pas compte de leurs désirs et ne respecte pas leurs droits.Aucune compassion pour les femmes

La position des intellectuels français est loin d'être aussi claire. Au mois de mai suivant, le grand philosophe Michel Foucault publie un article dans «Le Monde» soutenant la révolution islamique. «Inutile de se soulever?», demande-t-il sous forme interro-négative.
De quel soulèvement parle-t-il exactement? De celui des femmes, des religieux, du peuple, de la gauche, des musulmans? De toute évidence, Michel Foucault ne pense pas aux femmes alors qu'il est allé deux fois en Iran à l'automne précédent et a donné une série d'articles au «Corriere de la Serra» où il racontait ce qu'il avait vu.
Dans son article publié en première page du «Monde», il ne peut cacher sa fascination pour un peuple qui est «prêt à mourir par milliers» afin que le Shah s'en aille. Un peuple qui «risque la mort», renchérit-il, comme s'il avait l'intuition qu'être prêt à mourir pour une cause supérieure était l'essence religieuse du soulèvement iranien récupéré par l'islamisme. Une chose est frappante. «Leur faim, leurs humiliations, leur haine du régime et leur volonté de le renverser, ils les inscrivaient aux confins du ciel et de la terre, dans une histoire rêvée qui était tout autant religieuse que politique.»

Mais nous sommes en mai. Aucun mot n'est dit sur le soulèvement des femmes qui a pourtant été filmé plusieurs fois. Aucune allusion à leur désir de liberté, comme s'il était déjà effacé des mémoires. Exalter le «risque de mort» du peuple sans analyser celui qu'ont pris les femmes en descendant tête nue dans la rue est très inquiétant. Michel Foucault n'a aucune compassion pour les femmes. Il ne les voit pas. La seule chose qui l'intéresse, c'est «d'inscrire les figures de la spiritualité sur le sol de la politique». Et quelle spiritualité! Une théocratie plutôt, qui exalte le pouvoir «spirituel» masculin en faisant régresser l'Iran de plusieurs décennies.
Un tel aveuglement d’un de nos plus grands philosophes français montre que la révolte des femmes n'a en rien entamé l'universalisme masculin. Michel Foucault soutient le soulèvement parce qu'il est porteur du «formidable espoir de refaire de l'islam une grande civilisation vivante», espoir auquel se mêlent malgré tout «des formes de xénophobie virulente; les enjeux mondiaux et les rivalités régionales. Et le problème des impérialismes. Et l'assujettissement des femmes, etc.»

Syndrome du tchador

Dans tout son article, c'est la seule allusion aux femmes. Foucault voit les femmes comme des personnes «assujetties», pas comme des personnes qui se libèrent de l'emprise islamique et phallique. Comment un philosophe aussi lu et respecté peut-il passer à côté de leur révolte? Est-ce parce qu'elle remet en question son analyse? Ce sont bien les femmes qui s'opposent à l'islamisation d'une révolution sociale qu'elles ont désirée et accélérée.

Michel Foucault est victime du syndrome du tchador, qui efface les femmes de la révolution. Qui les rend toutes pareilles, enfermées dans le linceul noir de leurs espérances, le mors aux dents, exclues à nouveau de l'espace public et de «l'élan messianique» qui habite Foucault, plus impressionné par la mort possible des révolutionnaires que par la contestation de l'emprise religieuse sur la vie des croyants.
Il est vrai que l'auteur d'«Histoire de la sexualité» s'intéresse très peu au désir féminin. Dans «La Volonté de savoir», il en parle à peine et ne connaît pas l'éros lesbien. Dans son article sur le soulèvement iranien, il fait de même. Il universalise le point de vue masculin sans que la violence religieuse le questionne. Il vit dans un monde sans femmes, soucieux simplement de construire une «morale théorique» consistant à «être respectueux quand une singularité se soulève, intransigeant dès que le pouvoir enfreint l'universel ».

N'avons-nous pas en Iran l'exemple éclatant d'un pouvoir qui enfreint l'universel sans que cela choque Michel Foucault? Et le dégrise. Car c'est fait. Le référendum des 30 et 31 mars a débouché sur la proclamation de la République islamique. Fini la liberté des femmes, cette liberté universelle une nouvelle fois écrasée par le pouvoir phallique au nom de l'esprit.


Les Iraniennes vont être privées longtemps de tous les droits et libertés, y compris de ceux qu'elles avaient acquis sous le régime du Shah. Elles ont le statut de sous-hommes légalisé par la nouvelle constitution du pays adoptée à l'issue du référendum.

Macron veut d'un Islam de France, réformé.

Emmanuel Macron ose ce que ses prédécesseurs n'avaient jamais eu le courage politique de faire : réformer l'islam de France pour l'adapter à la République et à la laïcité !!
Il a raison par ailleurs d'en finir avec les officines étrangères comme le Maroc, l’Algérie, la Turquie ou pire, celles du Qatar et des Ibn Saoud leurs concurrents, qui veulent imposer leur islam à la France !
Il semble bien connaître l’histoire de la France et celle de ses anciennes colonies pour ne pas confondre l’islam de France celui de ses anciennes colonies, avec le wahhabisme qui leur est totalement étranger et que veulent importer en France des pétromonarques malintentionnés ; puisqu’ils visent ni plus ni moins, le contrôle des français musulmans et d'étendre leur influence, par leur prosélytisme agressif, au reste de la population française. Ce que font déjà les Frères musulmans pour le compte du Qatar ! C'est pourquoi il doit veiller à ce que les Frères musulmans n'infiltrent plus les groupes de réflexions comme ce fut le cas avec Sarkozy et Hollande, qui les ont laissés faire pour ne pas fâcher leur protecteur, l'émir du Qatar.
La réforme de l'islam, viendra-t-elle en fin de compte, de France ? Liberté d'expression, démocratie, laïcité : toutes les conditions sont réunies pour remettre à plat une religion sclérosée depuis des siècles, dont aucun pays "arabo-musulman" ne souhaite la réforme qui pourrait remettre en cause le pouvoir en place !
R.B
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Macron veut "réduire l'influence des pays arabes" sur l'islam français et réformer le CFCM

Tel Godot, on l'attendait, et il n'arrivait pas. Mais voilà que le projet de "structuration de l'islam de France" paraît bel et bien à l'agenda, à en croire le verbatim que publie ce dimanche 11 février Emmanuel Macron dans les pages des JDD"Je souhaite poser les jalons de l'organisation de tout l'islam de France", écrit le Président. Pour étoffer ce sujet sur lequel nombre de ses prédécesseurs ont buté, il s'est entouré d'intellectuels - le politologue Gilles Kepel, l'essayiste Hakim El Karoui, l'islamologue Youssif Seddik - et de religieux. Selon l'hebdomadaire, il sera ainsi question de "création de nouvelles instances représentatives, un cadre pour le financement des lieux de culte et la collecte de dons", plus l'épineuse question de la formation des imams. Sans qu'on n'ait plus de détails.

L'islam français doit "entrer dans la modernité"

"Nous devons nous inspirer fortement de notre histoire, de l'histoire des catholiques et de celle des protestants", affirme le chef de l'Etat dans le JDD, en entendant reprendre la main sur les leviers de l'organisation du culte musulman. Car l'enjeu sera de "réduire l'influence de pays arabes, qui empêche l'islam français d'entrer dans la modernité", selon un conseiller de Macron cité par l'hebdomadaire. Il est avéré que des pays du Golfe et du Maghreb financent la construction mosquées sur le sol hexagonal, ce qui transgresse la loi de 1905, et qu'au moins 300 imams en France sont payés par des Etats étrangers.

 

Quid d'un nouveau "concordat" ?


Interrogé sur la possibilité de créer un nouveau "concordat" avec l'islam de France, Macron répond : "Quelle que soit l'option retenue, mon objectif est en tout cas de retrouver ce qui est au coeur de la laïcité, la possibilité de pouvoir croire comme de ne pas croire, afin de préserver la cohésion nationale et la possibilité d'avoir des consciences libres. Je pense que le risque est de brandir des objets connotés, qui ont leur propre histoire, ou de faire des raccourcis en plongeant tout le monde dans un même sac."

La nécessaire refonte du CFCM

Dans cette refonte du sol au plafond, il sera dur d'esquiver la question du Conseil français du culte musulman (CFCM), encombrant organe créé en 2003 sous la houlette de Sarkozy, censé être représentatif des musulmans en France. Devenu gardien de l'orthodoxie, il n'est jamais parvenu à représenter leur pluralité. Le philosophe Abdennour Bidar y voit ainsi dans nos colonnes un "pur anachronisme". Pour les "experts" cités par le JDD, il est un "facteur d'immobilisme". Même dans l'instance, on n'est pas aveugle : "Il y a au sein du CFCM une prise de conscience qu'une ouverture est nécessaire", reconnaît dans l'hebdomadaire son vice-président, Anouar Kbibech. Sa refonte est confiée au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Puisque les prochaines élections du bureau du CFCM sont en juin 2019, la Macronie devra agir tôt. "Au premier semestre 2018", assure le Président.

En dépit de quelques annonce égrenées ci et là, Emmanuel Macron était resté depuis le début de sa mandature peu disert sur la question. Il saupoudre : le 4 janvier, il annonçait "un travail sur la structuration de l'islam en France" ; le 21 décembre, refusait "la radicalisation de la laïcitéà ses yeux instrumentalisée à des fins identitaires… Sans dévoiler de vision ni de plan précis. C'est qu'il ne souhaite pas bâcler la question. "Je ne dévoilerai de proposition que quand le travail sera abouti", tranche Emmanuel Macron.

samedi 17 février 2018

DROIT, POLITIQUE ET CONVICTION

Article paru dans : Kapitalis

La Tunisie est un pays qui a d’excellents juristes dont la réputation va au-delà même du pays. Parmi eux, les frères Ben Achour dont le père fut un mufti éclairé qui a défendu les dispositions du Code du Statut Personnel, fondement de la République moderne instaurée par Bourguiba. Ces deux juristes ont joué un rôle dans l’élaboration de la Constitution et notamment le Professeur Yadh Ben Achour qui a été le Président actif de l’Instance de Transition.

Si leur compétence juridique ne peut être mise en doute; cependant, ils ont manqué soit de clairvoyance politique, soit de détermination et de conviction car on se souvient des dépassements abusifs du délai d'un an accordé aux constituants parce que Yadh Ben Achour a cru avoir affaire à un gentleman dont la parole suffisait pour respecter son engagement, alors qu'il aurait du en juriste, exiger un engagement écrit dûment signé par Ghannouchi. Il a fallu un temps interminable pour terminer la Constitution en laissant la porte ouverte à des discussions sans fin sur le sexe des anges ! De même qu'on se souvient des nombreuses mises en garde de la part de certains hommes politiques et de constitutionnalistes dont personne ne voulait tenir compte, pendant que les Frères musulmans se confectionnaient une constitution sur mesure; et dont les politiques, tous partis confondus, disaient le plus grand bien; certains affirmant même dans l'euphorie du pénible accouchement, qu'elle est la meilleure du monde.

Il aura fallu la mise à l'épreuve de cette constitution pour constater, moins de quatre ans après, que le régime retenu par les islamistes est bâtard et constitue un grand handicap pour la Tunisie. Puisque de plus en plus de voix s’élèvent et notamment celles des frères Ben Achour, pour mettre en évidence des faiblesses majeures dans cette Constitution, faiblesses que certains avaient dénoncées dès sa promulgation.

C’est ainsi que le Professeur Yadh Ben Achour a mis en évidence le fait que le texte de la Constitution est porteur de très grandes ambiguïtés car l’Assemblée Constituante, après une lutte forte entre progressistes et islamistes, a accepté des compromis qui donnent un texte ambigu, source d'interminables questions d'interprétation dont il peut tout résulter, alors qu’une Constitution, socle de la vie politique du pays, doit être claire et ne pas prêter aux discussions sans fin.

Le Professeur Yadh Ben Achour dénonce ainsi : La Constitution tunisienne de 2014, avec l’esprit de compromis qui l’anime fondamentalement, n’en est que le reflet. En réalité, la recherche du compromis systématique a pour résultat de transformer notre texte constitutionnel en un tissu d’ambiguïtés, de faux-semblants et de contradictions. Face  à cette bifurcation, laquelle des deux voies choisir ? "

Récemment son frère le Professeur Rafâa Ben Achour vient de dire clairement que le régime électoral était mauvais et qu’il faudrait en changer. Dans une déclaration à l'agence TAP, il a expliqué que : " Le mode de scrutin à la proportionnelle, adopté depuis les élections des membres de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), était requis pour élaborer une constitution consensuelle et permettre à la minorité de participer à l’élaboration du contrat social. Cependant, pour faire face au glissement de la monnaie nationale et pour sortir le pays de ses crises sociale et économique, nous devons faire en sorte que le parlement dégage un vrai gouvernement de législature après les élections de 2019, comme cela se voit dans les pays scandinaves et l’Italie "

Là encore cette analyse est bienvenue même si la justification que donne Rafâa Ben Achour à la solution alors adoptée, est plus que discutable. 

Il faut rajouter que cette analyse avait été faite depuis très longtemps par des tunisiens qui n’avaient pas la compétence de ces juristes de haut niveau mais qui politiquement avaient bien vu la manœuvre des Frères musulmans dont le souci n'était pas de faire progresser le pouvoir mais de pouvoir s'y maintenir.  

Cela montre que la science juridique n’est évidemment pas tout; et qu’il faut en outre, le sens politique et surtout le courage des convictions.

On a assisté, ici encore, à la fameuse théorie du compromis. Compromis qui a été boiteux qui traduisait surtout une lâcheté des progressistes face aux islamistes dont ils craignaient la violence. Alors certes, ils n'ont pas eu la violence ou en tous cas réduite, mais ils n'ont rien solutionné et le problème est devant nous, nous empêchant de progresser.

Il est fort probable d’ailleurs que les menaces et le chantage à la violence et au terrorisme de la part des islamistes auraient eu beaucoup de mal à se réaliser dans un pays comme la Tunisie; et que si cela se réalisait, il aurait signé la fin des islamistes car personne n’aurait permis ni accepté leur violence dans un tel pays. 
Et, par ailleurs, si tel avait été le cas, les islamistes se seraient définitivement discrédités et cela n’aurait pas été plus mal !

La faute a donc été commise mais rien n’est irrémédiable. Il faut suivre les conseils que donnent, aujourd’hui, un peu tard, les juristes; et modifier cette Constitution en levant ses ambiguïtés et en réformant le régime électoral pour donner, enfin, la possibilité de voir émerger un pouvoir fort soumis à l’alternance et non un pouvoir mou, toujours dans le compromis; c’est-à-dire dans l’impuissance.

Va t-on, enfin, sortir de cette politique de demi-mesures qui n'aboutira à rien ?

Quel gâchis et que de temps perdu ! Et l'on ne peut que répéter que la seule solution pour sortir ce pays du marasme où il est, est de modifier le mode électoral pour permettre de dégager une réelle majorité qui pourra agir sans se soucier de compromis boiteux; et qui, si elle échoue, sera remplacée par une alternance. 
Voilà la vraie démocratie et non ce simulacre que l'on connaît aujourd'hui !

Rachid Barnat




L'origine du mal des tunisiens, c'est leur nouvelle constitution



Les Tunisiens sont malades de leur constitution ! Le régime bâtard retenu par les Frères musulmans est fait pour paralyser le pays.  Ce qu'ils ont réussi parfaitement à faire. Et une fois de plus, ils ont gagné, en profitant de la naïveté de leur opposants sinon de leur manque de courage politique !
R.B

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Rafâa Ben Achour 

recommande le changement du mode de scrutin avant les élections de 2019


On doit très sérieusement penser, spécialistes et acteurs politiques, au changement du mode de scrutin avant les élections législatives et présidentielle de 2019 pour aboutir à un gouvernement de législature pouvant compter sur une majorité cohérente, stable et forte ", a préconisé Rafaa Ben Achour, professeur émérite à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis et juge à la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuple.

Dans une déclaration à l’agence TAP, Ben Achour a expliqué que le mode de scrutin à la proportionnelle, adopté depuis les élections des membres l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) était requis pour élaborer une constitution consensuelle et permettre à la minorité de participer à l’élaboration du contrat social. " Cependant, pour faire face au glissement de la monnaie nationale et pour sortir le pays de ses crises sociale et économique, nous devons faire en sorte que le parlement dégage un vrai gouvernement de législature après les élections de 2019, comme cela se voit dans les pays scandinaves et l’Italie ", a-t-il soutenu. 
Ben Achour s’exprimait à l’occasion d’un colloque international sur " les institutions constitutionnelles quatre ans après l’adoption de la Constitution tunisienne de 2014 ", organisé par la faculté des sciences juridiques politiques et sociales de Tunis et la fondation Konrad-Adenauer.
Selon lui, le gouvernement doit pouvoir compter sur une vraie majorité. " Je pense que dans une démocratie, la proportionnalité est nécessaire mais elle doit être accompagnée d'un mode de scrutin qui favorise la majorité". Si la révision de la Constitution s’avère difficilement envisageable pour des raisons juridiques ou politiques, le mode de scrutin en général devrait être révisé.
Selon Rafâa Ben Achour, le régime politique en place doit être redéfini. " La constitution a mis en place un régime hybride et non pas mixte, le régime actuel n’est ni parlementaire, ni présidentiel, ni d’assemblée. Il ne se base ni sur une réelle séparation ni sur une réelle interférence des pouvoirs ", a-t-il regretté faisant observer que ce régime " papillonne " entre les différents types de régimes politiques.  Dans ce type de régime, le chef du gouvernement se trouve dans l'incapacité de prendre des décisions salutaires pour le pays et de mobiliser les moyens nécessaires pour exécuter réellement sa politique. Des réaménagements techniques doivent être apportés à la Constitution et ensuite au règlement intérieur de l’ARP, a-t-il recommandé.
Selon Rafâa Ben Achour, 4 ans après l’adoption de la Constitution de la deuxième République, l’ingénierie constitutionnelle a fait preuve de défaillance sur un certain nombre de points, nécessitant des réaménagements techniques qui ne portent pas atteinte à la séparation des pouvoirs. Pour Ben Achour, en cas de remaniement ministériel, le chef de gouvernement ne devrait plus solliciter l’approbation de l’ARP, accordée principalement sur la base d’un programme ministériel et non en fonction des ministres. Abordant le retard dans la mise en place de la Cour constitutionnelle, Ben Achour a noté que jusqu'à ce jour, la Constitution de 2014 n’est pas encore totalement appliquée dans la mesure où d'une part les dispositions transitoires sont toujours en vigueur, ce qui fait que nous vivons encore avec des institutions anciennes comme la HAICA et le Comité des droits de l’Homme et des droits fondamentaux, et que d'autre part, des instances constitutionnelles tardent à voir le jour à l'instar de la Cour constitutionnelle. Cela dit Ben Achour estime que la Constitution tunisienne demeure une excellente Loi fondamentale et comporte un grand projet politico-juridique, à savoir l'instauration d’une démocratie de droit.  Le colloque a été organisé à l’occasion du 4e anniversaire de l’adoption de la Constitution. Des experts égyptiens, marocains et allemands en droit constitutionnel ont participé à cette rencontre de deux jours (15 et 16 février).