lundi 28 mai 2012

Ponce Pilate et la Banque Centrale de Tunisie



De S.BAHRIA 



Il est un délit politique assassin qu'aucun peuple ne saurait souffrir ou pardonner à ses dirigeants, c'est le fait de le manipuler ou de le prendre pour le dindon de la farce ! 
Ennahdha et son laquais le CPR, viennent hélas de céder à ce crime de lèse-majesté scabreux et riche en enseignements. 
- Passe encore que les islamistes et leurs petits larbins du CPR mobilisent leurs troupes et réactivent la "dégage-mania" pour tenter de déloger les gouverneurs et mettre des pions nahdhaouis à leur place . 
- Passe encore qu'Ennahdha pousse la folle outrecuidance jusqu'à accuser la gauche et des "forces occultes" d'être les instigatrices de ces mouvements de contestation . 
Toujours est-il, qu'aucun homme sensé n'est disposé à gober le dolus malus dans l'affaire BCT (banque centrale de Tunisie) !
En ce 19 janvier 2012, Ponce Pilate était bien dans les parages de la rue Hedi Nouira avec pour seule mission de crucifier ce qui reste de la dignité nationale piétinée sous l'empire de la troïka de la honte ! 
Quand Ennahdha mobilise une horde de ses sbires et de RCD-istes pourris pour s'attaquer à une grande compétence, un agrégé en économie âgé de 32 ans, ayant exercé comme expert au sein de la communauté économique européenne et comme responsable de la section Moyen-Orient-Afrique du Nord à la banque mondiale et ce, dans le seul sombre dessein d'usurper l'institut d'émission, il y'a là, à n'en pas douter, un sérieux problème d'éthique et de dignité qui interpelle la conscience de tous les tunisiens. 
En fait, l'objectif non avoué d'Ennahdha à travers cette croisade contre notre institut d'émission c'est d'instaurer son système financier islamique en Tunisie, objectif dont la consommation souffre bien l'aval de la banque centrale. 
La banque centrale, ne l'oublions pas :
- gère les flux et met en oeuvre les politiques monétaires appropriées. 
- Elle est aussi seule habilitée à agir sur le taux du marché monétaire et les taux préférentiels. 
D'autre part, l'investissement est tributaire des taux d'intérêt appliqués. Plus le taux d'intérêt est faible, plus l'investissement est volumineux et vice versa. 
A la lumière de ces données laconiques, on réalise bien les vrais mobiles qui se cachent derrière la résolution d'Ennahdha à mettre la banque centrale de Tunisie sous sa coupe pour: 
1° - imposer le système financier islamique. 
2° - contrôler les flux et en premier lieu les dons et les avoirs d'origine louche en provenance de ses alliés qataris et d’autres régimes rétrogrades du golfe. 
3° - leurrer les tunisiens en leur faisant croire que ses banques islamiques opèrent sans intérêts, puisque l'usure est illicite " haram " en islam, alors qu'au final le résultat est identique à celui enregistré dans le système bancaire ordinaire ! 

Sachant que la banque centrale est tenue de remettre régulièrement un rapport détaillé sur les avoirs en devises et en or commercial aux institutions internationales, telles que la BIRD ou le FMI, d'où tout l'enjeu de la croisade menée par Ennahdha contre la banque centrale de Tunisie ! 
En squattant la BCT, Ennahdha aura les coudéés franches pour mettre en oeuvre son système financier et appliquer une politique d'investissement servant les intérêts des voyous qataris et des bédouins du golfe. 

Qui pouvait croire que NICOLAS MACHIAVEL pouvait avoir des adeptes aussi orthodoxes que les hommes d'Ennahdha !

dimanche 27 mai 2012

Pourquoi la phobie de l'islam gagne du terrain


LE MONDE CULTURE ET IDÉES - 


Le Pew Research Center établit à 6 % le nombre de personnes supposées musulmanes (de par leurs parents) dans l'Europe de 2010, soit 44,1 millions. Les projections montent à 8 % en 2030.

Nous sommes sur le plateau de France 2, le 22 avril, au soir du premier tour de la présidentielle. Les résultats tombent. Les Français ont crédité Marine Le Pen de 17,9 %. Exalté, le porte-parole du Front national, Gilbert Collard, annonce la couleur : "On est la nouvelle droite ! C'est vrai que Nicolas Sarkozy, ça paraît bien fini." Justifié dans ses prises de position par la surenchère du président sortant sur l'immigration et l'islam, réunissant 6,4 millions de voix, le FN se pose en parti d'alternance. Il se prépare à affronter l'UMP en multipliant les triangulaires aux législatives. Il en a les forces. Marine Le Pen est arrivée première ou deuxième dans 116 circonscriptions sur 577, dépassant les 25 % dans 59 d'entre elles.
Ce succès de l'extrême droite, sa conversion en une "droite nationale" rejetant, au moins en paroles, "les formes de xénophobie, de racisme et d'antisémitisme", tout en faisant de la lutte contre l'immigration musulmane son cheval de bataille, fait écho à la percée dans toute l'Europe de formations politiques similaires. Citons le Parti du peuple danois, le Parti pour la liberté néerlandais, le FPÖ et le BZÖ autrichiens, les Vrais Finlandais, le Parti du progrès norvégien, le flamand Vlaams Belang, Droit et Justice en Pologne, Ataka en Bulgarie, la Ligue du Nord en Italie, les Démocrates en Suède, l'Union démocratique du centre (UDC) en Suisse. Tous ces partis dépassent aujourd'hui les 5 % des suffrages, quand ils n'atteignent pas 25 %.
Selon le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus, ces formations incarnent l'émergence d'une "nouvelle droite radicalisée". Leurs programmes oscillent entre deux philosophies très différentes qui s'opposent sur l'économie et les moeurs. Certains, comme le FN, prônent un "nationalisme social ", explique Dominique Reynié, de la Fondation pour l'innovation politique. Ils sont eurosceptiques, contre la monnaie unique, ils critiquent la mondialisation, s'en prennent au capital, disent défendre les sans-grade. D'autres, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilders, aux Pays-Bas, défendent un "libéral populisme", constate Jean-Yves Camus. Ils défendent l'Europe, le libéralisme, la laïcité et la liberté des moeurs.
Tous ces partis, cependant, comme le constate le politologue autrichien Anton Pelinka, se retrouvent sur un point : une critique virulente de l'islam et du multiculturalisme. Ils "jouent démagogiquement la carte qui consiste à dénoncer l'immigration musulmane pour rallier les perdants de la mondialisation".
Le plus radical est Geert Wilders (16 % des voix aux législatives de 2010, auxPays-Bas) qui considère l'islam non comme une religion mais comme "une idéologie fasciste", homophobe, profondément sexiste. Dans son film Fitna("Discorde" en arabe), il compare le Coran à Mein Kampf - ce qui lui a valu d'être interdit de séjour au Royaume-Uni - et appelle les musulmans d'Europe à abjurerleur foi. Il préconise l'arrêt de toute immigration ainsi que l'expulsion des Pays-Bas de tout musulman coupable de délit.
"LES BONS ET LES MAUVAIS FRANÇAIS"
Un des textes de Geert Wilders circule sur "Paroles de France - Le Forum des patriotes avec Marine Le Pen" (où il est par ailleurs traité de "sioniste de merde"). On y lit sa description des banlieues : "C'est le monde des têtes couvertes d'un foulard, où souvent les femmes circulent couvertes d'un semblant de tente, avec une poussette de bébé et une traînée d'enfants. Leurs maris, ou propriétaires d'esclaves, si vous préférez, marchent trois pas devant elles. C'est un monde avec des mosquées à tous les coins de rue. Les boutiques ont des enseignes que vous ne pouvez pas lire et vous aurez du mal à y trouver des traces d'activité économique. Ce sont des ghettos musulmans contrôlés par des fanatiquesreligieux."
En Norvège, Carl Hagen, dirigeant du Parti du progrès (FrP), déclarait en 2005 :"Les musulmans ont, de la même manière qu'Hitler, depuis longtemps dit les choses clairement. Sur le long terme, leur but est d'islamiser le monde. (...) Ils sont maintenant en Europe." En Suisse, qui compte 4 % de musulmans, Oscar Freysinger, de l'UDC, a dénoncé "l'islamisation rapide du pays" et lancé avec succès le mouvement antiminaret.
Aux journées d'été du FN, en 2011, Marine Le Pen a déclaré que "l'arrivée massive, en un temps très bref, vingt ou trente ans, de femmes et d'hommes ayant pour une très grande majorité une culture très différente de la nôtre rend toute assimilation inopérante, voire impossible". Elle prône l'arrêt de toute immigration du Sud, mais aussi "l'inversion des flux migratoires". Ce qui fait dire à Jean-Yves Camus : "Parler d'inversion, c'est appeler à expulser des Français d'origine immigrée. Il faut qu'ils soient clairs ! C'est une logique d'affrontement entre bons et mauvais Français."
Plusieurs intellectuels, dans des ouvrages, des conférences ou sur Internet, portent ce mouvement anti-islam radical. Celui qui ouvre la voie, en 1996, est le politologue américain Samuel Huntington, avec son livre Le Choc des civilisations, paru en français en 1997 (Odile Jacob), dans lequel il présente la culture islamique comme un ensemble unifié, n'évoluant pas, répugnant à s'ouvrir aux influences extérieures. A la suite d'Huntington, plusieurs essais décrivent une opposition frontale entre l'Occident et le monde arabo-musulman. La plupart parlent d'une bataille de valeurs et de l'intelligence, où l'islam incarne l'intolérance et un passé rétrograde face à un Occident démocratique.
Certains mettent l'accent sur le fait que l'islam menace l'Europe. En 2006, l'essayiste britannique Bat Ye'or prévient dans Eurabia. L'axe euro-arabe (Jean-Cyrille Godefroy) que l'Union européenne sera bientôt absorbée par un monde arabe expansionniste du fait d'une immigration arabe massive voulue par l'élite multiculturelle. On retrouve cette description d'un islam conquérant, autoritaire, envahissant l'Europe, chez de nombreux essayistes : Daniel PipesAyaan HirsiAli, Melanie PhillipsMark SteynBernard LewisBruce Bawer ou Robert Spencer, directeur du site Jihad Watch.
La féministe italienne Oriana Fallaci, auteur de La Rage et l'Orgueil (Plon, 2002), déclare en 2006 au journal Corriere della Sera : "Cela fait quatre ans que je parle du nazisme islamique, de la guerre à l'Occident, du culte de la mort, du suicide de l'Europe. Une Europe qui n'est plus l'Europe mais l'Eurabia, qui, avec sa mollesse, son inertie, sa cécité et son asservissement à l'ennemi, est en train decreuser sa propre tombe." Toute cette pensée a été digérée par Anders Breivik, qui a affirmé vouloir prévenir le monde de cette arrivée imminente de l'"Eurabie" en commettant ses attentats, en 2011, qui ont fait 77 morts et 151 blessés.
L'ouvrage le plus synthétique sur la dangerosité de l'islam reste l'enquête du journaliste américain Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux. Comment l'islam va transformer la France et l'Europe (Toucan, 2011). C'est devenu la bible de la nouvelle droite. Que dit-il ? Les musulmans envahissent l'Europe grâce à leur natalité galopante alors que les naissances des Européens s'effondrent à "1,3 enfant par femme". Il prédit que l'Italie va perdre, d'ici à 2050, la moitié de sa population autochtone. Que 17 % à 20 % des Pays-Bas seront musulmans. Que "les étrangers" représenteront entre 20 % et 32 % de la population européenne.
6 % DE PERSONNES SUPPOSÉES MUSULMANES EN EUROPE EN 2010
Nombre d'études, réalisées dans des pays différents, contestent ces chiffres. Celle du Pew Research Center, un think tank américain, établit à 6 % le nombre de personnes supposées musulmanes (de par leurs parents) dans l'Europe de 2010, soit 44,1 millions. Les projections montent à 8 % en 2030. Le rapport précise que toutes les prédictions d'une Europe à majorité musulmane ("Eurabie") sont sans fondement.
Dans Le Rendez-Vous des civilisations (Seuil, 2007), les démographes Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que la fécondité des pays musulmans chute partout. En Algérie, en 2005, les femmes se marient à 28 ans, et ont en moyenne 2,4 enfants. Au Maroc, 2,2 enfants. En Tunisie, 2,1 enfants, comme en France. La natalité des musulmanes européennes recule aussi - 2,9 enfants par Marocaine aux Pays-Bas, 1,9 pour les Turques - et finit par rejoindre celle des Européennes. Une enquête du journal britannique Financial Times conclut :"L'islamisation, et a fortiori la charia, n'est pas une perspective envisageable grâce à une poussée démographique." Les spécialistes de l'Institut national d'études démographiques (INED) arrivent à la même conclusion pour la France : en 2010, 2,1 millions de personnes se sont déclarées musulmanes pratiquantes en France - pour 63 millions d'habitants.
Une autre raison expliquerait la montée d'un sentiment anti-islam en Europe : la contamination des musulmans par l'extrémisme islamiste et le salafisme djihadiste. C'est la conviction de Christopher Caldwell, qui cite notamment la France. Et qui ne manquera pas de faire référence à Mohamed Merah, l'assassin de Toulouse et de Montauban, qui se disait "salafiste".
Mohamed Merah, il est vrai, a été en partie formé dans des camps, enAfghanistan. Mais il apparaît isolé. Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a émis des doutes sur l'existence d'un réseau salafiste français violent. Son passage à l'acte, dit-il, relèverait"davantage d'un problème médical et de fanatisme que d'un parcours djihadiste". Il serait plutôt "un loup solitaire".
Le sociologue Samir Amghar, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, cite les renseignements généraux dans son livre Le Salafisme d'aujourd'hui(Michalon, 2011) : les salafistes seraient entre 12 000 et 15 000 en France, dont 95 % de "piétistes", c'est-à-dire apolitiques, légalistes, partisans d'une foi rigoureuse, de l'abattage halal strict et du port du hidjab (le voile traditionnel, qui n'est pas la burqa). Quant aux salafistes révolutionnaires, ils seraient ultraminoritaires et très surveillés. "C'est aujourd'hui une sorte d'anachronisme historique de voir un individu se réclamer du djihad", explique Samir Amghar.
Reste qu'un seul assassinat, même condamné par les musulmans français, qui vient s'ajouter à toutes ces informations qui nous parviennent sur la place prise par l'intégrisme dans les pays du "printemps arabe", permet à l'extrême droite d'entretenir un sentiment de peur et d'attirer une partie de l'opinion - Marine Le Pen était à 13 % dans plusieurs sondages avant l'affaire Merah. Elle a déclaré aussitôt après, le 25 mars, à Nantes : "Ce qui s'est passé n'est pas l'affaire de la folie d'un homme ; ce qui s'est passé est le début de l'avancée du fascisme vert dans notre pays."
Pour le politologue Olivier Roy, spécialiste de l'islam, les deux discours extrémistes - l'anti-islamiste (Anders Breivik) et le djihadiste (Mohamed Merah) -, tous deux partisans d'un clash des civilisations, se répondent et s'amalgament en une "prophétie autoréalisatrice". Une logique de guerre, à laquelle l'opinion n'est pas insensible.
Beaucoup d'intellectuels issus de l'immigration sont choqués par cette logique, réductrice mais efficace, développée par Christopher Caldwell et reprise par les nouvelles droites européennes, qui vise à opposer un bloc identitaire musulman et un bloc chrétien. Une logique, aussi, qui considère tous les immigrés, leurs enfants, les nouvelles générations, quels que soient leur milieu social et leur manière de vivre, comme de potentiels "islamistes" actifs.
L'anthropologue des religions Malek Chebel, né en Algérie, auteur d'un Manifeste pour un islam des Lumières (Hachette, 2004), s'en inquiète : "Caldwell et Marine Le Pen passent sous silence les milliers de musulmans éduqués, les cadres, les médecins, les ingénieurs, les militants politiques et syndicaux, les étudiants, la "beurgeoisie"." Il voit dans cet acharnement une résurgence de la colonisation, le retour de conceptions racistes déguisées sous un habillage culturel. Car dans le concert européen, la France tient une position particulière : en raison de la guerre d'Algérie, l'Arabe n'est pas dans l'Hexagone un étranger comme les autres, mais porteur de phobies plus ou moins conscientes.
ANACHRONISME
Malek Chebel considère également cette islamophobie comme d'un autre temps, incapable de penser la pluralité des musulmans des années 2010. "La plupart des pays musulmans de la zone asiatique, les plus peuplés, vivent un islam apaisé, affirme-t-il. S'il y a en Orient ou au Pakistan des groupements de talibans anachroniques, je ne vois pas une planète musulmane à feu et à sang. Je vois aussi partout des exemples concordants d'une modernisation. Partout, la jeunesse proteste, clame son impatience de voir les structures fossiles bouger ; plus aucun despote ne peut conduire son peuple sans être contesté, plus aucun démagogue religieux ne peut se prévaloir de son lien unique à Dieu quand tout le monde "tweette" et "skype"."
Consultons par exemple Salamnews ("La Paix"), le nouveau site des jeunes musulmans français modernistes. Leur ligne éditoriale : "Rester fidèle aux principes laïques et républicains de la France tout en étant ouvert aux réalités multiculturelles." Leurs pages "beauté", présentant les stars françaises d'origine africaine, vaut le détour. Selon eux, la confrontation des traditions musulmanes et de la modernité européenne secoue les nouvelles générations.
Ces voix, qui veulent mettre en avant un islam ouvert, sont face à une difficulté : comment imposer dans l'opinion ce que vivent une immense majorité de musulmans, plutôt qu'une extrême minorité ? On a un bon exemple de ce casse-tête avec deux films récents montrant le basculement de musulmans vers l'action violente, en France et au Maroc : La Désintégration (2011), de Philippe Faucon, sorti en salles en février, et Les Chevaux de Dieu, de Nabil Ayouch, qui vient d'être présenté au Festival de Cannes. Ces deux films racontent, à leur façon, comment de jeunes musulmans, en butte au chômage, au racisme et à la pauvreté, plongent dans l'action violente salafiste. Des cas rarissimes, que l'extrême droite pourrait récupérer. Aussi, la rédactrice en chef du site Salamnews, lors d'un débat à Sciences Po, a critiqué La Désintégration, avec cet argument : "Il y a des milliers de jeunes musulmans français qui se voient refuser des stages, mais ils ne commettent pas des attentats !"
La dénonciation virulente de l'islam et le succès des partis d'extrême droite doivent enfin beaucoup à une réalité dérangeante : la difficile cohabitation entre immigrés et Français dans les quartiers pauvres et les cités. Pour l'expliquer, les responsables politiques de gauche et de droite évoquent avec raison l'urbanisme dégradé et la désocialisation. L'extrême droite, elle, met surtout en avant une promiscuité non désirée, les gestes d'incivilité, les modes de vie différents, le port du hidjab, les agressions verbales, le rejet culturel. Et elle fait mouche.
L'équipe du sociologue Pierre Bourdieu a constaté les difficultés de la cohabitation dans sa grande enquête sur La Misère du monde (Seuil, 1993), où nombre des témoignages de Français expriment la sensation d'être exilé chez soi. Ecoutons Mme Meunier parler de ses voisins arabes : "Ça va et ça vient et ça n'arrête pas. C'est toujours une marmaille de gosses. Ça braille, ça pleure. (...) Même les voitures, quand elles passent, c'est dangereux. C'est dangereux pour tout le monde. (...) Mais quand on leur dit, ça leur plaît pas. Ils ne sont pas contents. Ils crient que c'est du racisme. (...) Ce ne sont pas les parents les pires. Ce sont les jeunes, leurs enfants. Eux peuvent tout se permettre ; ils sont grossiers, ils sont haineux, leur regard est méchant. (...) Ils me foutent la trouille." Pendant ce temps, sur un autre palier, une jeune femme arabe se plaint de l'arrogance de sa voisine :"Elle trouve tout à fait normal de lâcher son chien dans le jardin. Le jardin est à elle, me dit-elle. C'est sa manière de me dire : "La France, elle est à moi" ; c'est sa France. Nous, les Arabes, nous ne sommes pas de cette France. Elle ne nous appartient pas."
Dans Les Immigrés de la République (Seuil, 2010), Philippe d'Iribarne, spécialiste des relations interculturelles, citant la phrase fameuse de Jacques Chirac sur "les bruits et les odeurs", rappelle combien les émanations des cuisines inconnues, les radios, les manières de parler participent de "l'univers familier" ; et combien celui-ci peut devenir invivable quand personne ne fait d'efforts.
De nombreuses études racontent la difficulté à vivre ensemble de gens venant d'univers éloignés, ne partageant pas les mêmes habitus, la même religion, parfois la même langue. La façon dont les femmes et les homosexuels sont traités par certains musulmans - l'homophobie gagne en banlieue - est également exploitée par l'extrême droite. Bien sûr, là encore, il existe des contre-exemples, nombre d'expériences de cohabitation qui se passent bien grâce à l'action d'associations, de comités de quartier, de mairies actives. Mais on le sait moins.
Le sociologue américain Edward T. Hall (1914-2009) était le grand spécialiste de la "proxémique" : l'étude des variations des distances sociales et du sentiment d'univers privé dans les différentes cultures. Dans La Dimension cachée (Seuil, 1984), il faisait la comparaison entre la distance physique qu'instaurent deux Anglais à l'arrêt de bus avec l'inéluctable bousculade du Caire. Il était persuadé que l'entassement humain dans les cités, sans considération culturelle et ethnique, sans sentiment de sécurité pour chacun, était pathologique. Il bataillait pour que les architectes travaillent avec des psychologues et des ethnologues, s'intéressent aux conflits interculturels, pour éviter le chaos relationnel dans les cités. Pour lui, la politique de la ville et l'urbanisme social sont décisifs.
En 2007, Fadela Amara annonçait un "plan des banlieues". Elle posait de bonnes questions : où loger les nouveaux immigrés, quels "lieux de vie" pour les jeunes, comment faciliter l'insertion d'entreprises en banlieue... Ce plan a fait long feu. En avril, à Vaulx-en-Velin (Rhône), François Hollande a appelé à "moins d'incantation"et à "faire davantage en matière d'éducation, de services publics, de logement et d'emploi dans les quartiers populaires". C'est un peu court au regard de l'affrontement annoncé par une nouvelle droite décidée à en découdre avec l'islam.
Allez voir "Les 4 vérités", le blog de Rémi Carillon, candidat FN dans les Hauts-de-Seine. On y trouve cet appel : "Contre l'islam, la méthode forte." C'est-à-dire ?"L'objectif sera de démontrer que le "vivre ensemble", sous-entendu "avec la charia", est une utopie vouée à l'échec. La seconde étape sera de demander aux Français de choisir, par référendum, entre deux solutions, toutes deux radicales et opposées : 1) La France cède à l'islam (adaptation systématique de notre loi à la charia), en échange d'une paix durable. 2) L'islam cède à la France (expulsion pure et simple des musulmans de France vers leurs pays d'origine), quitte àprovoquer une guerre civile."

samedi 26 mai 2012

L'ENSEIGNEMENT en TUNISIE : de mal en pis !

Article paru dans : Kapitalis

Un professeur écrit sur sa page facebook : "J'ai donné un simple exercice aux étudiants de la troisième année leur demandant de mettre des phrases à la forme interrogative. 95% ont répondu incorrectement ! " . Et de conclure désappointé devant cet amer constat : 
" Et l'année prochaine ils chanteront qu’ils sont « diplômés-chômeurs ». "

Mais la faute à qui ?
En réalité, les élèves tunisiens sont les victimes :

1° / de ZABA : 
Comment ? Rappelons-nous, Bourguiba a misé sur l'éducation nationale à la quelle, fait rare dans le monde, il a consacré 33 % du budget national. Il a voulu à travers l'école former et instruire les générations qui accompagneront la modernisation de la Tunisie comme il l'a toujours souhaitée.
Ce système a très bien marché, puisque ceux qui sont passés par le "moule" de l'école de la république, sont nombreux à maîtriser aussi bien l'arabe que le français mais aussi à avoir acquis un certain bagage intellectuel et culturel leur permettant de compter parmi les élites les mieux armés de leurs générations et de celles du monde dit "arabo-musulmans".
Mais ZABA avec son complexe du "bac moins deux", va en décider autrement.
Il va mettre par terre ce système éducatif de qualité pour le remplacer, suite aux réformes intempestives qu'il prenait, par une médiocrité de programme pour ne pas dire une indigence de certaines matières....
Le résultat : des élèves sortis sous ZABA, devenus eux mêmes enseignants, n'ayant pas bénéficié d'un bon niveau de savoir, ne pouvaient transmettre que celui qu'ils ont acquis; c'est à dire MÉDIOCRE ! Qui le leur reprocherait ? Comment pourraient-ils transmettre un savoir qu'ils n'ont pas acquis ? Une grande partie d'entre eux n'ayant  pas le bagage minimum requis pour transmettre un quelconque SAVOIR.

2° / de la corruption :
Il ne faut pas oublier que dans le système du « tout argent » propre à ZABA, l’enseignement public a été délaissé au profit du privé. Beaucoup d’enseignants ont été complices en faisant qu’aucun élève ne pouvait réussir sans passer par des cours « privés », et où les diplômes se vendent et s’achètent au grand dam des plus démunis parfois meilleurs que leurs copains pistonnés et fortunés.
Certaines amies enseignantes me confirment que cette pratique s'est généralisée parmi leurs collègues pour leur permettre de boucler les fins de mois à cause d'un salaire de misère m'affirment-elles.
Et malgré la corruption généralisée qui a touché tous les secteurs dont celui de l’éducation nationale, les parents se saignaient souvent aux quatre veines pour payer des cours particuliers à leurs enfants dans l’espoir de leur assurer un meilleur avenir que le leur.
Les plus nantis, conscients du niveau auquel l’éducation nationale est parvenue sous le régime de ZABA, envoyaient leurs gosses dans des écoles et des universités privés dont le système a conservé les programmes et les méthodes de l’époque Bourguiba. Ou mieux ils les envoyaient acquérir un savoir de qualité dans les meilleures écoles et universités du monde.

Voilà comment le niveau est devenu de jour en jour plus médiocre dans tous les domaines.

3° / et bientôt victimes de l'islamisme ? 
Ghannouchi obtiendra, en effet, en ce domaine un résultat encore pire que ZABA, puisqu'il envisage de revenir :
-  à l'école coranique, qui pour les filles constituera la limite de leur savoir !
- à l'université religieuse, puisqu'il envisage de transformer notre auguste Zitouna en lieu de savoir universel islamique où l'on étudiera :
° L'architecture islamique ! Sans doute celle des tours des Emirats du Golf et d’Arabie !
° La médecine islamique ! Sans doute celle des belles cliniques des Emirats du Golfe tenues par des étrangers !
° La finance islamique ! Sans doute celle pratiquée par l’Emir du Qatar qui investit et spécule en Occident, y compris dans des sociétés d’armements comme Lagardère !
° La justice islamique, dont Ghannouchi veut réactiver « la cellule à fatouas », lois arbitraires  au-dessus des lois civiles, souvent à la demande et pour servir un chef, dont ne se privent d'ailleurs pas l’émir du Qatar et le roi d’Arabie ! Alors que dans le même temps il ne cesse de répéter qu’il ne touchera pas au code civil; sauf que Jebali son chef du gouvernement affirmait qu’il abrogera toute lois de ce code civil qui ne serait pas conforme à la chariâa !

Evidemment surtout pas la philosophie, cette science qui fait penser , réfléchir… et qui de ce fait est la bête noire des salafistes !

Pauvre Tunisie, dont les institutions sont mises à mal par une bande d'utopistes qui veulent ramener les tunisiens des siècles en arrière !

Alors qu’en réalité, si la Tunisie veut garder sa place et même l’améliorer, il n’ y a qu’une solution : 
- redonner à l’éducation sa priorité dans les budgets de l’Etat,
- exiger la qualité d’un enseignement ouvert sur le monde, et
- revaloriser le métier d'enseignant.

Rachid Barnat


Lire l'article de : Saida Aroua Maître-assistante, sciences de l’éducation (spécialité ‘‘Didactique de la biologie’’), Faculté des Sciences de Tunis, Université El-Manar Tunis.


Anouar Limem (Professeur de lycée) : lance un cri de détresse...
" A partir de ma page FB ..Je lance un fort cri de détresse qui concerne le niveau de plus en plus bas de nos élèves des collèges et des lycées dans notre pays ...ça fait 15 ans que j'enseigne ( professeur de SVT ) et année après année je remarque avec beaucoup de tristesse et d'inquiétude la chute rapide du niveau de notre enseignement..les causes sont multiples et l'analyse de ce phénomène nécessite des livres, et pas un article sur FB ..
JE DIS QUE NOTRE SYSTÈME D'ENSEIGNEMENT NE NÉCESSITE PAS UNE ÉNIÈME REFORME ... IL NÉCESSITE UNE RÉVOLUTION !

UNE NOUVELLE CONSTITUTION ? Est-ce bien nécessaire ?

Samir Tlili dit tout haut ce que beaucoup tunisiens pensent tout bas depuis les désolants spectacles que nous donnent à voir nos apprentis constituants; et ce depuis leur investiture.
Avions-nous sérieusement besoin de changer de constitution ?
Celle de 1959 est parfaite : il suffisait de la lifter de tous les rajouts "sur mesure" pour satisfaire les ego de nos deux premiers présidents.
Or qui avait intérêt à changer notre constitution, si ce n'est Ghannouchi qui espérait la remplacer tout simplement par la chariâa. Ce qu'il n'a pas manqué de tenter de faire, bien qu'il assurait tous les sceptiques qu'il ne touchera pas au Code Civil ! C'est ainsi que lors de la révolte de "Casbah II", les manifestants ont été manipulés par ses hommes pour réclamer  et scander "une nouvelle constitution". 

Les hommes politiques les plus aguerris, dont Béji Caid Essebsi, ne voyaient aucune nécessité d'en changer ... mais se sont tus devant la "foule" pour se plier à ses revendications et donc à la "volonté du peuple" ! 
Ceux-là mêmes constatent après coup, qu'ils avaient raison. Mais qui pouvaient contrer la volonté d'un peuple en période révolutionnaire, même s'il a été manipulé ?

Donc on peut à nouveau se poser légitimement la question si une nouvelle constitution est utile, et s'il ne faut pas en confier la rédaction à un collège de constitutionnalistes qui en deux mois au maximum, selon certains spécialistes, nous remettent une constitution où les garanties contre tout retour possible à la dictature d'un parti ou d'un président, seraient assurées; puisque c'était la raison première invoquée pour justifier d'une constituante.

Ce qui est certain, c'est que les constituants ne respectent plus le mandat qui leur a été accordé : la rédaction d'une constitution; puisque 7 mois après leur investiture ils semblent oublier ce pourquoi ils ont été élus, au point de demander une "rallonge" pour la rédaction de la constitution. Ce qui est un comble, pour se moquer ainsi des tunisiens !

Dés lors, sont-ils encore légitimes ? Le gouvernement sorti de leur rang, l'est-il autant ? 
Alors que son rôle premier est d'assurer la sécurité des tunisiens et de leurs biens, il semble incapable de le faire. Pire, il semble même laisser se développer l'insécurité dans un but électoraliste puisque les salafistes fauteurs de troubles et de violences restent toujours impunis !

Rachid Barnat


Mais puisque "Kasbah 2" en a décidé autrement, en réclamant une nouvelle constitution, autant que celle-ci aille dans le sens d'un "plus" par rapport à l'actuelle de 1959 ! Et soit "révolutionnaire" pour répondre aux désirs des révolutionnaires du 14 janvier 2011 !

Qu’est-ce que les Tunisiens devraient attendre
de la prochaine Constitution ?

Je ne suis pas constitutionnaliste, mais je sais que la Tunisie compte de nombreux universitaires spécialistes de cette question et ils donneront leurs avis éclairés. Je n’aborderai donc pas les aspects techniques des mécanismes constitutionnels. Je rappellerai cependant, qu’il y a eu trop souvent derrière des Constitutions, qui à les lire paraissaient parfaites, des pratiques qui l’étaient beaucoup moins.
Il faudra donc avant tout que la Constitution crée elle-même des mécanismes destinés à en assurer le respect.
Comme toute Constitution, celle-ci devra, tout d’abord, rappeler et de manière claire et nette (ici l’ambiguïté n’est pas de mise) les principes selon lesquels les Tunisiens veulent être gouvernés et qui ont été le moteur de la révolution.

Il est clair que les Tunisiens, privés trop longtemps de liberté, veulent que les libertés fondamentales sur lesquelles ils n’entendent pas revenir, soient rappelées et assurées dans l’avenir :
- Liberté d’opinion, liberté d’expression, liberté de l’internet, liberté d’association et des syndicats, liberté de la presse.
- Ils veulent, dans leur très grande majorité que soit assurée la liberté des hommes et des femmes.
- Ils veulent aussi la liberté politique qui, outre les libertés déjà précisées, exige la liberté de créer des partis politiques et la liberté d’action de ces partis, l’organisation régulière d’élections démocratiques pour les organes de l’Etat et pour les collectivités territoriales.

Quant au choix du régime politique : parlementaire, présidentiel, semi-présidentiel … je dirai, dans le fond, qu’il importe peu, sous réserve d’assurer quelques exigences essentielles.

Il est tout d’abord nécessaire que la Constitution permette l’exercice du pouvoir par une majorité forte et stable. Rien ne serait plus dommageable que des majorités émiettées source de division, de surenchère et, en définitive, d’impuissance.

La Constitution devra donc faire en sorte que des mécanismes permettent de dégager une majorité nette et stable.
En contrepartie de cette stabilité nécessaire il faut qu’au bout d’un délai raisonnable, de nouvelles élections soient organisées de façon à permettre l’alternance qui est la véritable marque de la démocratie.
Enfin la démocratie n’est que formelle si la présence et la liberté de contre-pouvoirs n’existent pas : association, syndicat, société civile sous toutes ses formes.

Il faut aussi, et ce n’est pas le moindre, que la Constitution assure l’indépendance des Juges du fond, le parquet demeurant hiérarchisé et sous le contrôle du gouvernement

Enfin le tout devra être couronné par la création d’une Cour Suprême indépendante chargée de contrôler la Constitutionnalité des lois.

Si ces quelques principes sont inclus, de manière ou d’une autre, dans la prochaine Constitution, alors les Tunisiens auront gagné.

La démocratie non dans les mots mais dans les faits, sera au rendez-vous et contrairement à certaines idées fausses elle ne sera pas synonyme d’impuissance et de laisser aller.

mardi 22 mai 2012

LE PARADIS PERDU DES SALAFISTES

Article paru dans : Kapitalis
et dans :New English Review

( patio d'inspiration persane)

Après un petit séjour à Séville et à Grenade, quelques réflexions me viennent sur l’Andalousie que fantasment beaucoup de nostalgiques d’un âge d’or de la civilisation « arabo-musulmane » qu’ils n’ont connue qu’à travers les légendes qui, comme toutes les légendes, embellissent et falsifient l’histoire.


Bouabdil, dernier roi de Grenade

Quand Mohamed XII Abou Abd Allah, le Boabdil des chrétiens, dernier roi de Grenade quittait l’Alhambra, vaincu par Isabelle la Catholique, sa mère a prononcé selon la légende cette phrase définitive : «  Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su conserver comme un homme » !

Alhambra


Prise de Grenade, par Francisco Pradilla y Ortiz (1882): 
Boabdil se rend à Ferdinand et Isabelle de Castille


L'adieu du roi Boabdil à GrenadeAlfred Dehodencq musée d'Orsay, Paris

En réalité le déclin des arabes en Andalousie est une longue histoire commencée depuis longtemps et qui a vu  se développer des guerres entre les "arabes" eux-mêmes jusqu’à l’apparition des "Taifa" (multitude de petites principautés) pactisant souvent avec les rois catholiques contre leurs propres "frères musulmans" et qui signeront le début de la fin de la conquête de la péninsule ibérique.
Des conflits permanents pour chasser les sultans avec toujours la même technique éprouvée : leur reprocher de n’être point de bons musulmans. Comme ces régimes ne connaissaient aucune règles pour l’alternance du pouvoir, instaurant souvent le régime dynastique; la seule opposition politique que pratiquaient les salafistes, c’était l'islamisme ! Celui qui voulait prendre le pouvoir, développait toujours l’idée que celui qui le détenait était un « mauvais musulman » ! Et c’est ainsi que dès cette époque l’Islam a été instrumentalisé et utilisé à des fins politiques, pour conquérir le pouvoir. Ce que font les islamistes aujourd’hui.

Par conséquent l’idée, si souvent reprise par les islamistes, selon laquelle l’Andalousie a été perdue parce que les musulmans ont cessé d’être de « bons musulmans » est une vaste supercherie pour ne pas dire plaisanterie.
En réalité l’Andalousie a été perdue en raison des rivalités et des guerres auxquelles se livraient les différentes tribus et dynasties arabes puis berbères ; et la pratique bonne ou mauvaise de l’islam n’y a strictement rien à voir. Car la pratique de l’islam n’était en réalité que prétexte pour éliminer ses concurrents !
Quand Ghannouchi et ses hommes traitent leurs opposants de « Koffar » (mécréants), ils ne font rien d’autre, qu’instrumentaliser la religion pour conquérir et asseoir leur pouvoir, comme le faisaient les candidats au pouvoir en Andalousie !

Il faut ajouter que si la Chrétienté avec Isabelle la catholique a triomphé, c’est parce qu’elle a su unir divers pays européens et obtenir le concours déterminant du Pape, fort puissant à l’époque... et profiter des divisions qui régnaient au sein du monde musulman aussi bien en Espagne qu'ailleurs ... puisque les secours demandés n'arriveront pas ou en retard ! 
Il faut dire aussi que pendant une période, arabes, juifs et chrétiens ont partagé leur connaissance ce qui a permis le progrès qu’a connu leur société d’alors, jusqu’à atteindre un degré civilisationnel raffiné d’une Andalousie enviée dans une Europe empêtrée encore dans son moyen âge, et ayant connu son apogée à Cordoue.
Al-Andalus devint alors un foyer de haute culture au sein de l'Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel.

Il faut donc tordre le cou à cette thèse de la perte de l’Andalousie par un mauvais comportement religieux ! Revenir à la pratique de l’Islam de cette période, ne rendra pas aux musulmans un pouvoir qu’ils ont perdu. Ils doivent se rendre compte que le monde a bougé, qu’il a progressé et que ce n’est pas en se complaisant dans une nostalgie rêvée de l’Andalousie, qu’ils redeviendront forts.

Les civilisations, qu’on le veuille ou non, évoluent et Paul Valery a dit d’elles, qu’elles sont mortelles : certaines progressent quand elles donnent la priorité à l’éducation, à la recherche scientifique, aux arts ; et d’autres régressent quand elles se contentent de rêver à une époque révolue et à bannir tout ce qui est innovation et recherche, pour soutenir qu’il faut revenir à une pratique moyen âgeuse de l’Islam ... c'est à dire à ses débuts, quand il était dans sa phase conquérante !

Si l’Andalousie peut encore aujourd’hui donner des leçons au monde, c’est uniquement dans le fait que ce « paradis » n’a existé, pendant quelques temps, que lorsque la tolérance régnait et que les trois religions du Livre ont pu cohabiter en paix.
Ce n’est donc pas un repliement sur un Islam arriéré et fermé, que certains voudraient imposer, qui va  nous conduire à de nouvelles « Andalousies ».

Les salafistes, par leur intolérance et leur rejet de tout savoir, ont été à l’origine du déclin de l’Andalousie. Youssef Chahine dans son film prémonitoire "Destin", sur les méfaits de l’islamisme radical dans les sociétés arabophones, que vivent actuellement les pays du "printemps arabe", nous raconte comment les salafistes s’en sont pris au calife, ami des intellectuels; au point de le contraindre à « lâcher » son ami Abou al-Walid Ibn Rochd (Averroès), le philosophe commentateur d'Aristote, mais aussi le mathématicien, le physicien, qui maîtrisait la médecine, l'astrologie, un grand exégète du Coran, qui fut cadi de Cordoue, dont ils demandaient la tête, mais qui partira en exil pendant qu’ils faisaient un autodafé de sa riche bibliothèque, source de tous les maux de la société de l’époque selon eux.
Faut-il rappeler que Youssef Chahine lui-même a été menacé de mort et connu la censure des fondamentalistes musulmans que sont les "Frères musulmans", pour qui les intellectuels sont des ennemis à abattre !

Or que font les salafistes d’aujourd’hui ? Ils s’attaquent au savoir, aux livres à la création artistique et aux lieux du savoir.
En Tunisie, ils se sont attaqués aux facultés des Lettres (de Sousse, de Kairouan, de Mannouba…) au théâtre, au cinéma, à la diffusion du film Persépolis sur Nessma TV, aux livres et à la presse. Tout ce qui est liberté de l’esprit leur est insupportable car cela entraînerait le peuple à réfléchir et dès lors à mettre en cause leur pouvoir.


Procession des pénitents à Séville

En Espagne la foi/spectacle est si courante qu’elle devient folklorique. Séville détient la plus spectaculaire manifestation dans ce domaine. Quelle en est l’origine ? Après la reconquista par les rois catholiques, Isabelle donna le choix aux musulmans et aux juifs de rester en Espagne en se convertissant au catholicisme sinon de quitter le pays. Elle a même instauré les tribunaux de l’inquisition pour dénoncer les fausses conversions.
Ce qui va inciter à plus d’hypocrisie, puisqu’il fallait donner des gages du « bon croyant » à la société et à l'Inquisition; cela entraînera une débauche dans la foi ostentatoire, puisqu’il fallait montrer qu’on était plus croyant que son voisin, et lever tout doute possible sur une possible pratique "cachée" de l'islam ou du judaïsme interdits. Cette ostentation grandissante de la foi, où l'hypocrisie a pris sa place sous la pression de la société, va marquer tout un peuple au point de devenir de nos jours dans ce pays apaisé, le folklore majeure des espagnols, dont Séville détient la plus belle manifestation avec la procession impressionnante des pénitents.

Les salafistes dont le mouvement politique instrumentalise la religion et prenant exemple sur le Calife Omar le premier à avoir pris le pouvoir par l'épée, vont trouver dans le wahhabisme un outil « politique » pour mieux se maintenir au pouvoir. Le but de cette obédience étant de dévier le croyant de tout ce qui peut le « distraire » de dieu, des « consignes » précises touchant au « halal » (licite) et au « haram » (illicite) vont réguler désormais sa vie quotidienne. Sa pratique devient ainsi réglée comme un spectacle auquel le croyant doit s’adonner complètement. D’où l’ostentation de certains pour que l’on ne doute point de leur bonne foi !
Car en imposant l’ostentation de la foi par la violence, les salafistes s’assurent la soumission et le contrôle d’un peuple. D’où les prières dans les rues, les codes vestimentaires, capillaires et langagiers. Des signes « visibles » d’une religiosité « accrue » qu’exportent saoudiens et qataris : voile et burqa pour les femmes ; kamis, sceau frontal et barbe pour les hommes ; un langage « codé » avec citation de texte coranique ou de hadith….
Des tribunaux religieux expéditifs pratiquant le "takfir", jugent les mauvais musulmans et condamnent à mort les apostats avec des mises en scène populaire dans un concert de "takbir" ("allalhou akbar") tel un cri de guerre; comme faisaient les tribunaux de l’Inquisition qui envoyaient aux bûchers les mécréants et les apostats avec des mises en scènes populaires pour marquer les esprits et impressionner ceux qui refuseraient la religion du roi et critiqueraient son pouvoir. 
C'est ainsi que les "rois catholiques" d'Espagne ont instauré la règle ; " un roi, une religion, celle du roi", qui sera reprise en Europe par d'autres monarques; dont certains se prétendront d'essence divine. Car il n'y a pas de place à d'autres confessions qu'à celle du roi dans une monarchie absolutiste !
Ce que fait le roi Ibn Saoud et grâce à quoi cette tribu conserve le pouvoir, en adoptant le wahhabisme, auquel il veut soumettre toute la Oumma !

Ces pratiques choquent les tunisiens, malékites depuis des siècles, pour qui l’ostentation dans la foi relève de l’hypocrisie, parcequ'ils estiment qu’il n’y a que dieu qui juge de la foi d’un croyant et admettent qu’il ne peut y avoir de contrainte en Islam !

Les salafistes invoquent donc souvent l’âge d’or de l’Andalousie pour dire l’apogée qu’a pu atteindre la civilisation « arabo musulmane »; mais ils oublient de préciser qu’ils en ont été les fossoyeursAlors il faut qu’ils cessent de travestir l’Histoire et de duper les peuples.

Il faut aujourd’hui les empêcher de recommencer et, force est de constater qu’ils n’ont rien appris et qu’ils sont toujours aussi arriérés qu’au moment où Bourguiba faisait, contre eux, entrer la Tunisie dans la modernité. La lecture de la lettre qu’il adressa le 25 mai 1951 à Salah Ben Youssef est intéressante et toujours d’actualité en ce qu’elle montre le combat d’un homme politique pour la modernité contre les islamistes arriérés de la Zitouna.
Si Bourguiba a pu trouver un homme lettré et éclairé en la personne de Fadhel Ben Achour, dans la Zitouna d’aujourd’hui il n’y en a, hélas, plus ; quand on voit les prétendus oulémas de cette auguste institution accepter sa wahhabisation par Ghannouchi et ses hommes ; et par de-là, admettre que la société tunisienne perde son identité forgée par des siècles de malékisme au profit d’une obédience que leurs prédécesseurs ont rejetée, la qualifiant de dangereuse et inadaptée au caractère des tunisiens.

Ce que confirme l'historien Hichem Djait, auteur de "La grande discorde".
Selon lui, « le mouvement islamiste n'a ni dimension religieuse profonde, ni dimension culturelle et intellectuelle marquée du sceau de la religion, car ses bases intellectuelles sont faibles ». 

Rachid Barnat


PS : Un aperçu de l'histoire de l'Espagne musulmane :

L'invasion des Maures en 711 provoque un effondrement immédiat et total du Royaume Wisigothique. 

- L'Espagne musulmane du VIIIème au XIIIème siècle (les Maures): En 711, quelques douze mille Maures menés par Tariq ibn Ziyad franchissent le détroit de Gibraltar. Les Maures écrasent les Wisigoths (menés par leur dernier roi Rodéric) lors de la bataille de Guadalete (non loin de Cadix). Cette défaite militaire provoque l'effondrement du royaume Wisigoth. Deux ans plus tard, pratiquement toute la péninsule est occupée; elle fait désormais partie du califat. L'expansion Maure est cependant arrêtée en 722 dans les Asturies à Covadonga par des chrétiens conduits par Pélage (Asturies et Pays basque). En 732, c'est Charles Martel qui stoppe l'avancée des arabes à Poitiers. Après cette date, les Maures se replient de l'autre côté des Pyrénées. Seuls de petits royaumes au nord de la Péninsule échappent à la domination musulmane (monts Cantabriques, Pyrénées occidentales). En 756, le prince de la dynastie omeyade Ab-al-Rahman Ier est détrôné par les Abbassides. Il trouve refuge en Espagne où il fonde l'émirat indépendant de Cordoue. Abd-al-Rahman III prend le titre de calife en 929. Le califat de Cordoue dure jusqu'en 1031. Ses institutions très élaborées (administration centralisée, législations judiciaire et financière) contrastent alors avec le morcellement féodal des États chrétiens d'Occident et lui assurent une grande prospérité économique. Sa marine domine la Méditerranée. L'irrigation est étendue, de nouvelles cultures (canne à sucre, riz, mûrier) sont introduites. Un important artisanat urbain (soie, cuir, métaux) se développe. Pendant la domination arabe, de nombreux chrétiens ont conservé leur religion : cette partie de la population est qualifiée de Mozarabe. Le califat de Cordoue a engendré une brillante civilisation matérielle et culturelle : la grande mosquée de Cordoue, dont la construction a été entreprise en 785, a longtemps joué le rôle de centre religieux et intellectuel. Au XIème siècle, l'Espagne musulmane se fragmente en une vingtaine de royaumes maures indépendants, les "royaumes de taifas " (Malaga, Grenade, Badajoz, Saragosse, Almería, Tolède, Valence et Séville).

La Reconquista

Certains territoires du nord de la Péninsule (Galice, Asturies, Navarre, Aragon) ont toujours échappé à la domination maure. Outre la victoire semi-légendaire de Covadonga en 722 dans les Asturies, la première contre-attaque sérieuse contre la progression maure est due à Charlemagne qui a établi la Marche d'Espagne (Catalogne). C'est pendant cette guerre (785-811) que se situe l'épisode légendaire de Roncevaux, au cours duquel l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne fut attaquée et Roland tué. 

750 : Les forces d'Alphonse Ier le Catholique, roi des Asturies, occupent la Galice abandonnée par les Berbères. 778 : Une partie de l'armée de Charlemagne est défaite à la bataille de Roncevaux par les Vascons ; mort de Roland. 785 : Les Francs prennent Gérone. 

801 : Les Francs prennent Pampelune. 

929 : L'émir de Cordoue prend le titre de calife. 
Au Xème siècle, l'essor de l'Emirat de Cordoue empêche l'expansion des royaumes chrétiens du nord. 

997 : Al Mansour détruit Saint-Jacques de Compostelle, un symbole de la résistance chrétienne. Le fleuve Douro sert un temps de frontière entre les deux civilisations et se hérisse de forteresses. Après la mort d'Al Mansour (1002 apr. JC), le Califat de Cordoue éclate en une vingtaine de petits royaumes de "Taifas"; ceux-ci font appel à la tribu des Almoravides qui installent leur domination sur l'Espagne musulmane. 

1064 : Croisade de Barbastro : des troupes venues de France - commandées par Guillaume VIII d'Aquitaine - et d'Italie interviennent à l'appel du pape; la ville de Barbastro est prise en juin mais redevient musulmane l'année suivante. 

25 mai 1085 : Alphonse VI de León prend Tolède qui devient sa capitale.
1086 : Les renforts des berbères almoravides permettent de vaincre Alphonse VI de León à la bataille de Sagrajas. 1094 : Le célèbre Cid Campeador conquiert Valence. Le Cid, devenu un des héros légendaires de l'Espagne, s'est en réalité crée un royaume au détriment des petit potentats musulmans. 

19 novembre 1096 : Pierre Ier d'Aragon remporte la bataille d'Alcoraz qui lui ouvre les portes de Huesca dont il fait sa nouvelle capitale. 

30 mai 1108 : Bataille d'Uclès, les troupes castillanes sont mises en pièce, l'infant Sancho, héritier unique trouve la mort. 

24 janvier 1110 : L'armée musulmane est écrasée à la bataille de Valtierra. 1117-1118 : Conquête du royaume de Saragosse par les Aragonais et leurs alliés Francs. 

1119 : Prise de Tudèle, Borja, Tarazona et Soria. 

1120 : Bataille de Cutanda remportée par les Aragonais et leurs alliés Francs face à une très forte armée musulmane. 

1125-1127 : Expédition du roi d'Aragon pour aider les Mozarabes de Grenade qui assiègent la ville mais il doit se replier, ramenant avec lui quelque 10 000 Mozarabes. 1137 : Alphonse VII de Castille et de León s'intitule " empereur d'Espagne ". 

1148 : Prise de Tortosa. 

1149 : Prise de Lérida. 

1151 : Traité de Tudilén entre Alphonse VII de Castille, roi de Galice, de León et de Castille, et Raimond-Bérenger IV de Barcelone pour partager les zones d'influence et la conquête du sud et du levant. 1156 : Création de l'ordre d'Alcántara. 

1158 : Création de l'ordre de Calatrava. 

1170 : Création de l'ordre de Santiago. 

1177 : Alphonse VIII de Castille prend Cuenca. 

1179 : Traité de Cazola entre la Castille et l'Aragon. 

1180 : Alphonse VIII de Castille s'empare de Plasencia (Estrémadure). 

1195 : Les Almohades, qui ont chassé les Almoravides, mettent un nouveau coup d'arrêt à la reconquête chrétienne grâce à leur victoire d'Alarcon. Les Almohades reprennent l'Estrémadure et ralentissent l'expansion vers le Guadiana et le Guadalquivir. 

Au début du XIIIème siècle, une coalition de princes espagnols et chrétiens écrasent les Almohades lors de la bataille de Las Navas de Tolosa (1212). Les musulmans ne détiennent plus que les provinces d'Andalousie, au sud de la Sierra Morena. 

16 juillet 1212 : La bataille de Las Navas de Tolosa est remportée par une coalition d'Aragonais, de Castillans, de Portugais, de Français et de Navarrais. 

1229 : Alphonse IX de León prend Cáceres. 

1229-1235 : Jacques Ier d'Aragon conquiert les Baléares. 

1230 : Alphonse IX de León prend Badajoz et Mérida (Estrémadure). Il meurt peu de temps après, permettant à son fils, Ferdinand III de Castille, d'unir définitivement les deux royaumes. 

1231-1288 : Protectorat aragonais sur Minorque. 

1236 : Ferdinand III de Castille conquiert le nord de l'Andalousie et Cordoue. 

1238 : Conquête du royaume de Valence par Jacques Ier d'Aragon. 

1243 : Ferdinand III de Castille impose un protectorat au royaume de Murcie. 

1237 : Les Aragonais remportent la bataille du Puig de Cebolla. 

1246 : Castillans et Léonais prennent Jaén. 

1248 : Ferdinand III de Castille conquiert prennent Séville. 

1248 : Soulèvement à Valence. 

1249 : le Portugal étend son emprise jusqu'au Guadiana 

1264 : Grande révolte mudéjar en Andalousie. 

1275 : Soulèvement à Valence. 

1480 : Inquisition espagnole. Le pouvoir musulman est réduit au petit royaume de Grenade qui recouvre les actuelles provinces de Malaga, Grenade et Almeria. Le royaume de Grenade survit jusqu'en 1492. Dès le XIIIème siècle, l'essentiel de la reconquête chrétienne est achevée, et c'est dans une expansion maritime et méditerranéenne que se lance la couronne d'Aragon. Ces longs siècles de lutte entre deux foyers de civilisation centrés autour de la religion chrétienne et de la religion musulmane ont façonné durablement la culture espagnole. 

2 janvier 1492 : les Rois Catholiques prennent Grenade, fin de la Reconquista.


NB : Le Dr. Hamed Bouazzi a cru devoir  répondre à mon article. 
J'ai pensé lui répondre, mais j'ai trouvé que ses lecteurs ont mieux répondu que je ne l'aurais fait. Merci à eux.