lundi 29 octobre 2012

Le monde arabe hait les femmes


Mona Eltahawy 

éditorialiste égypto-américaine 

Excision, violences domestiques, négation des droits civiques… Certains vous diront que c’est notre «culture» et notre «religion» de faire ceci ou cela aux femmes. Sachez bien que celui qui en a décidé ainsi n’a jamais été une femme.

Dans Distant View of a Minaret, feu Alifa Rifaat, auteure égyptienne trop peu connue, commence sa nouvelle par l’histoire d’une femme si indifférente aux relations sexuelles avec son mari qu’elle observe une toile d’araignée au plafond à balayer plus tard pendant qu’il se concentre uniquement sur son plaisir à lui. Elle a le temps de ruminer sur ses refus répétés de prolonger le rapport jusqu’à ce qu’elle aussi atteigne l’orgasme, «comme s’il voulait la priver exprès». Au moment même où son mari refuse de la faire jouir, l’appel à la prière interrompt son orgasme à lui, et il sort. Après s’être lavée, elle se perd en prière—tellement plus épanouissante qu’elle a hâte qu’arrive l’heure de la prochaine— et se met au balcon pour regarder dans la rue. Elle interrompt sa rêverie pour préparer consciencieusement le café de son mari, qu’il boira après sa sieste. Elle l’apporte dans la chambre afin de le verser devant lui, comme il aime, et constate qu’il est mort. Elle envoie leur fils chercher un médecin.

«Elle retourna au salon et versa le café pour elle. Son propre calme l’étonnait

En juste trois pages et demie, Rifaat déroule un tiercé de sexe, de mort et de religion, un bulldozer qui écrase le déni et toute velléité défensive pour viser au cœur de la misogynie dans le monde arabe. Il n’y a pas à dorer la pilule. Ils ne nous haïssent pas à cause de nos libertés, comme le voudrait le cliché américain usé post-11-Septembre. Nous n’avons pas de libertés parce qu’ils nous haïssent, comme le dit si puissamment cette femme arabe.
Oui: ils nous haïssent. Il faut que cela soit dit.
Certains me demanderont peut-être pourquoi j’aborde le sujet maintenant, au moment où la région se soulève, nourrie pour une fois non par la haine habituelle de l’Amérique et d’Israël mais par une exigence commune de liberté. Après tout, est-ce que tout le monde ne devrait pas d’abord obtenir les droits de base, avant que les femmes n’exigent des traitements particuliers? Et qu’est-ce que le genre, ou le sexe d’ailleurs, a à voir avec le Printemps arabe?

 

Notre révolution n'a pas commencé

Mais je ne parle pas du sexe caché dans des coins sombres ou dans des chambres fermées. Un système politique et économique dans son intégralité —qui traite la moitié de l’humanité comme des animaux— doit être détruit en même temps que les tyrannies plus ostensibles qui étouffent l’avenir de la région. Tant que la colère ne se sera pas déplacée des oppresseurs de nos palais présidentiels aux oppresseurs dans nos rues et nos maisons, notre révolution n’aura pas commencé.
Alors: c’est vrai, les femmes du monde entier ont des problèmes; c’est vrai, les États-Unis n’ont pas encore élu une femme président; et oui, les femmes continuent d’être traitées en objet dans beaucoup de pays «occidentaux» (je vis dans l’un d’entre eux). C’est généralement là-dessus que la conversation se termine quand vous essayez de discuter des raisons pour lesquelles les sociétés arabes haïssent les femmes.
Mais mettons de côté ce que les États-Unis font ou ne font pas aux femmes. Citez-moi un nom de pays arabe, et je vous réciterai une litanie de mauvais traitements, attisés par un mélange toxique de culture et de religion, que peu semblent vouloir ou pouvoir démêler de peur de blasphémer ou de choquer.

 

Imaginez... C'est 1.000 fois pire

Quand plus de 90% des femmes mariées en Egypte —y compris ma mère et cinq de ses six sœurs— ont subi une mutilation génitale au nom de la décence, alors sûrement, il est nécessaire que tous, nous blasphémions. Quand les femmes égyptiennes sont soumises à d’humiliants «tests de virginité» uniquement parce qu’elle ont osé prendre la parole, il n’est pas temps de se taire. Quand un article du code pénal dit que si une femme a été battue par son mari «avec de bonnes intentions» aucuns dommages-intérêts exemplaires ne peuvent être demandés, alors au diable le politiquement correct. Et dites-moi, s’il vous plaît, ce que sont de «bonnes intentions»? Légalement, elles sont censées comprendre toute raclée qui ne soit «pas violente» ou «dirigée vers le visage».
Ce que tout cela signifie, c’est que quand on en vient au statut de la femme dans le monde arabe, la situation n’est pas meilleure que ce que vous pensiez. En fait elle est mille fois pire. Même après ces «révolutions», on considère que tout va à peu près pour le mieux dans le meilleur des mondes tant que les femmes restent voilées, prisonnières de leur foyer, qu’on leur refuse la simple mobilité de monter dans leurs propres voitures, qu’elles sont obligées de demander aux hommes la permission de voyager et qu’elles sont incapables de se marier, ou de divorcer, sans la bénédiction d’un mâle responsable d’elles.
Aucun pays arabe ne figure parmi les 100 premiers du Rapport mondial sur l'inégalité entre les sexes du Forum économique mondial, ce qui place toute la région dans son ensemble parmi les bons derniers de la planète. Pauvres ou riches, nous détestons tous nos femmes.

 

Eternelles mineures

L’Arabie saoudite et le Yémen voisins, par exemple, sont peut-être à des années-lumière l’un de l’autre en termes de PIB, mais quatre places seulement les séparent dans l’indice des inégalités, avec le royaume à la 131e position et le Yémen 135e sur 135. Le Maroc, dont la loi «progressiste» sur la famille est si souvent vantée (un rapport de 2005 par des «experts» occidentaux le qualifie «d’exemple pour les pays musulmans visant à l’intégration dans la société moderne») occupe la 129e place; selon le ministère de la Justice marocain, 41.098 filles de moins de 18 ans y ont été mariées en 2010.
On comprend facilement pourquoi le Yémen est le pays le plus mal noté, puisque 55% des femmes y sont illettrées, 79% ne travaillent pas et une seule femme siège au Parlement qui comprend 301 députés. Les abominables reportages sur des fillettes de 12 ans qui meurent en couches n’aident pas à y endiguer la vague des mariages d’enfants. A la place, les manifestations de soutien au mariage des enfants surpassent celles qui s’y opposent, alimentées par les déclarations du clergé claironnant que les opposants à la pédophilie approuvée par l’État sont des apostats car le prophète Mahomet, selon eux, aurait épousé sa deuxième femme Aïcha alors qu’elle n’était qu’une enfant.
Mais au moins les femmes yéménites ont-elles le droit de conduire. Cela n’a certainement pas mis un terme à leurs innombrables problèmes, mais c’est un symbole de liberté —et un tel symbolisme ne résonne nulle part ailleurs plus fort qu’en Arabie saoudite, où le mariage des enfants est également pratiqué et où les femmes sont d’éternelles mineures quel que soit leur âge ou leur niveau d’études. Les femmes saoudiennes, beaucoup plus nombreuses que les hommes sur les campus des universités, en sont pourtant réduites à regarder des hommes bien moins qualifiés qu’elles contrôler tous les aspects de leur vie.
Oui, l’Arabie saoudite, où la rescapée d’un viol collectif a été condamnée à de la prison pour avoir accepté de monter dans une voiture sans membre masculin de sa famille, et qui a dû recourir à la grâce royale; l’Arabie saoudite, où une femme qui bravé l’interdiction de conduire a été condamnée à 10 coups de fouets et a elle aussi dû implorer la grâce royale; l’Arabie saoudite, où les femmes n’ont toujours pas le droit ni de voter, ni de se présenter aux élections, et où un décret royal promettant de leur accorder le droit de vote pour des élections locales presque totalement symboliques en —vous allez rire— 2015 est considéré comme un «progrès».

 

Pourquoi nous haïssent-ils ?

La situation est tellement déplorable pour les femmes en Arabie saoudite que ces minuscules cadeaux paternalistes sont accueillis avec ravissement et que le monarque qui les octroie, le roi Abdallah, est salué comme un «réformateur» —même par ceux qui devraient avoir un peu plus de jugeote, comme Newsweek, qui en 2010 l’a fait figurer parmi les 11 dirigeants mondiaux les plus respectés.
Vous voulez savoir à quel point la situation y est navrante? La réaction du «réformateur» aux révolutions qui ont surgi dans toute la région a été d’engourdir son peuple à coups de davantage de subsides gouvernementaux —notamment à destination des fanatiques salafistes de qui la famille royale saoudienne tient sa légitimité. Le roi Abdallah a 87 ans. Attendez de voir le prochain sur la liste, le prince Nayef, un homme tout droit sorti du Moyen-Age. Sa misogynie et son fanatisme donnent au roi Abdallah des airs de Susan B. Anthony.
Alors pourquoi nous haïssent-ils? En grande partie pour une histoire de sexe, ou plus précisément d’hymen.
«La raison pour laquelle les extrémistes s’acharnent toujours sur les femmes reste un mystère pour moi», a récemment regretté la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton. «Mais ils semblent tous le faire. Peu importe le pays où ils vivent ou la religion qu’ils revendiquent. Ils veulent contrôler les femmes.» (Et pourtant Clinton représente une administration qui soutient ouvertement beaucoup de ces despotes misogynes.)
Si ces régimes exercent un tel contrôle, c’est souvent par conviction que dans le cas contraire, une femme n’est jamais qu’à quelques degrés de la nymphomanie. Voyez Youssef al-Qaradawi, le religieux populaire et animateur de télévision sur Al Jazeera, conservateur de longue date, qui a développé un penchant étonnant pour les révolutions du monde arabe —une fois qu’elles avaient commencé, bien entendu— car il avait compris sans doute que celles-ci allaient éliminer les tyrans qui avaient tourmenté et opprimé à la fois lui et le mouvement des Frères musulmans dont il est issu.

 

L'Insatiable Tentatrice

Je pourrais vous trouver une foule de cinglés débitant des laïus sur l’Insatiable Femme Tentatrice, mais je vais rester grand public avec Qaradawi, qui est suivi par un vaste auditoire sur les chaînes satellites et hors antenne. Bien qu’il affirme que la mutilation génitale des femmes (qu’il appelle la «circoncision», euphémisme courant qui tente de mettre cette pratique sur le même plan que la circoncision masculine) n’est pas «obligatoire», vous trouverez également cette inestimable observation dans un de ses livres: «Personnellement, je soutiens cette pratique vu les circonstances du monde moderne. Quiconque estime que la circoncision est le meilleur moyen de protéger ses filles devrait le faire», y a-t-il écrit, en ajoutant:
«L’opinion modérée favorise la pratique de la circoncision pour diminuer la tentation
Donc même chez les «modérés», les organes génitaux sont mutilés pour s’assurer que leur désir garde les lèvres cousues — cet hilarant jeu de mot est intentionnel bien sûr. Qaradawi a depuis émis une fatwa contre la mutilation génitale féminine, mais personne ne s’étonne que quand l’Egypte a interdit la pratique en 2008, certains législateurs des Frère musulmans se soient opposés à la loi. Et c’est toujours le cas — y compris une éminente députée, appelée Azza al-Garf.
Pourtant ce sont bien les hommes qui n’arrivent pas à se contrôler dans les rues, où, du Maroc au Yémen, le harcèlement sexuel est endémique, et c’est à cause des hommes que tant de femmes sont encouragées à se voiler. Au Caire, un wagon de métro est réservé aux femmes pour nous protéger des mains baladeuses et de pire encore; d’innombrables centres commerciaux saoudiens sont réservés aux familles, interdisant l’accès aux hommes seuls s’ils ne produisent pas la femme requise pour les accompagner.
Nous entendons souvent que les économies défaillantes du monde arabe empêchent de nombreux hommes de pouvoir se marier, et certains utilisent cet argument pour expliquer la hausse du niveau de harcèlement sexuel dans les rues. Un sondage de 2008 de l’Egyptian Center for Women's Rights révèle que plus de 80% des Egyptiennes déclarent avoir subi un harcèlement sexuel et plus de 60% des hommes admettent le pratiquer. En revanche, rien sur la manière dont un mariage plus tardif peut affecter les femmes. Les femmes ont-elles des besoins sexuels ou non? Apparemment, le monde arabe n’en est qu’à ses balbutiements en termes de rudiments de biologie humaine.

 

La vénération d'un Dieu misogyne

C’est là qu’intervient l’appel à la prière et la sublimation par la religion que Rifaat introduit si brillamment dans son récit. Tout comme les religieux nommés par le régime bercent les pauvres avec des promesses de justice — et de vierges nubiles — dans l’au-delà au lieu de reconnaître la corruption et le népotisme du dictateur dans cette vie, de même les femmes sont réduites au silence par une association mortelle d’hommes qui les détestent tout en leur affirmant que Dieu est fermement de leur côté, à eux.
Je reviens à l’Arabie saoudite, et pas seulement parce quand j’ai rencontré ce pays à l’âge de 15 ans, le traumatisme m’a propulsée dans le féminisme — il n’y a pas d’autre moyen de le décrire — mais parce que le royaume assume ouvertement sa vénération d’un Dieu misogyne et qu’il n’a jamais à en payer les conséquences, grâce à son maudit double avantage d’avoir du pétrole et d’abriter les deux sites les plus sacrés de l’islam, la Mecque et Médine.
A l’époque — dans les années 1980 et 1990 — comme aujourd’hui, les religieux qui passaient à la télévision saoudienne étaient obsédés par les femmes et leurs orifices, et surtout par ce qui en sortait. Je n’oublierai jamais la fois où j’ai entendu que si un bébé mâle vous urinait dessus, vous pouviez garder vos vêtements pour prier, alors que si c’était une fille, il fallait vous changer. Mais qu’est-ce qui pouvait bien vous rendre impur dans l’urine de fillette? m’étais-je demandé.
La haine des femmes.
Voulez-vous savoir à quel point l’Arabie saoudite déteste les femmes? Au point que 15 filles sont mortes dans l’incendie de leur école à la Mecque en 2002, quand la «police des mœurs» les a empêchées de fuir le bâtiment en feu — et empêché les pompiers de les secourir — parce qu’elles ne portaient pas les voiles et les manteaux obligatoires en public. Et il n’y a eu aucune conséquence. Personne n’a été jugé. Les parents ont été réduits au silence. L’unique concession faite à l’horreur par Abdallah, le prince royal de l’époque, a été de soustraire l’éducation des filles aux fanatiques salafistes qui ont néanmoins réussi à maintenir largement leur main de fer sur le système éducatif du royaume.

 

Haine en Arabie saoudite, haine en Tunisie, haine en Libye...

Il ne s’agit pas là d’un phénomène exclusivement saoudien, d’une curiosité odieuse dans ce désert riche et isolé. La haine islamiste des femmes se consume ardemment dans toute la région —aujourd’hui plus que jamais.
Au Koweït, où pendant des années les islamistes ont combattu le droit de vote des femmes, ceux-ci ont harcelé les quatre femmes qui avaient réussi à accéder au parlement, exigeant que les deux qui ne couvraient pas leurs cheveux portent des hijabs. Quand le parlement koweitien a été dissout en décembre dernier, un député islamiste a exigé que la nouvelle chambre — où ne siégeait plus la moindre femme — discute cette loi sur «la tenue décente
En Tunisie, longtemps considérée comme ce qui se rapprochait le plus d’un exemple de tolérance à suivre dans la région, les femmes ont retenu leur respiration à l’automne dernier quand le parti islamiste Ennahda a remporté la majorité des voix lors des élections de l’Assemblée constituante. Les dirigeants du parti se sont engagés à respecter le Code du statut personnel de 1956, qui déclare «le principe d’égalité entre hommes et femmes» en tant que citoyens et interdit la polygamie. Mais des enseignantes d’université et des étudiantes se sont plaintes depuis d’avoir subi des agressions et des intimidations de la part d’islamistes parce qu’elles ne portaient pas de hijabs, tandis que de nombreux activistes du droit des femmes se demandent comment des débats sur la loi islamiste vont réellement affecter la loi réelle sous laquelle elles devront vivre dans la Tunisie post-révolution.
En Libye, la première chose que le chef du gouvernement par intérim, Moustafa Abdel Jalil, promit de faire fut de lever les restrictions du tyran mort concernant la polygamie. Avant d’imaginer Mouammar al-Kadhafi comme un féministe, souvenez-vous que sous son règne, les filles et les femmes qui avaient survécu à des agressions sexuelles ou étaient soupçonnées de «crimes moraux» étaient jetées dans des «centres de réhabilitation sociale», des prisons en réalité, d’où elles ne pouvaient sortir tant qu’un homme n’acceptait pas de les épouser ou que leurs familles ne les reprenaient pas.
Et puis il y a l’Egypte, où moins d’un mois après le retrait du président Hosni Moubarak, la junte militaire qui le remplaçait, officiellement pour «protéger la révolution», nous a involontairement rappelé les deux révolutions dont nous, les femmes, avons besoin.

 

Même la voix est une tentation

Après avoir débarrassé la place Tahrir des manifestants, l’armée a arrêté des dizaines d’activistes, hommes et femmes. Les tyrans oppriment, battent et torturent tout le monde. Ça nous le savons. Mais ces officiers réservent les «tests de virginité» aux activistes femmes: un viol sous la forme d’un médecin qui insère ses doigts dans le vagin à la recherche de l’hymen (le médecin a été poursuivi et finalement acquitté en mars).
Quel espoir peut-il y avoir pour les femmes dans le nouveau parlement égyptien, dominé comme il l’est par des hommes bloqués au VIIe siècle? Un quart de ces sièges parlementaires sont désormais occupés par des salafistes, qui estiment que singer les us et coutumes de l’époque du prophète Mahomet est une prescription appropriée à la vie moderne. A l’automne dernier, en présentant des candidates aux élections [parce que la législation l’y obligeait], le parti salafiste égyptien Al-Nour a remplacé le visage de chaque femme par une fleur. Les femmes ne doivent être ni vues, ni entendues — même leur voix est une tentation — elles siègent donc au parlement égyptien, couvertes de noir des pieds à la tête et toujours absolument muettes.
Et nous sommes au beau milieu d’une révolution en Egypte! C’est une révolution au cours de laquelle des femmes sont mortes, ont été battues, mitraillées et agressées sexuellement en luttant aux côtés des hommes pour débarrasser notre pays de ce patriarche majuscule — Moubarak — et pourtant tant de patriarches minuscules nous oppriment encore.
Les Frères musulmans, avec presque la moitié de tous les sièges de notre nouveau parlement révolutionnaire, ne croient pas que les femmes (ou les chrétiens d’ailleurs) puissent être présidentes. Celle qui dirige le «comité des femmes» du parti politique des Frères musulmans a récemment déclaré que les femmes ne devraient ni défiler ni manifester car il est plus «digne» de laisser leurs maris et leurs frères le faire pour elles.
La haine des femmes va loin dans la société égyptienne. Celles d’entre nous qui ont défilé et manifesté ont dû négocier un champ de mines d’agressions sexuelles commises à la fois par le régime et ses laquais, et, malheureusement, parfois par ceux qui font la révolution à nos côtés.

 

Celui qui a décidé ainsi n'a jamais été une femme

Le jour de novembre où j’ai été victime d’une agression sexuelle dans la rue Mohamed Mahmoud près de la place Tahrir, par au moins quatre membres de la police anti-émeutes égyptienne, j’avais d’abord été pelotée par un homme sur la place même. Alors que nous dénonçons avec empressement les agressions commises par le régime, quand nous nous faisons violenter par des civils comme nous, nous imaginons immédiatement que ce sont des agents du régime ou des voyous car nous ne voulons pas ternir l’image de la révolution.
Quelles solutions?
D’abord, arrêtons de faire semblant. Reconnaissons la haine pour ce qu’elle est. Résistons au relativisme culturel et sachons que même dans des pays qui connaissent des révolutions et des soulèvements, les femmes resteront toujours la cinquième roue du carrosse. On vous dira — à vous, le monde extérieur — que c’est notre «culture» et notre «religion» de faire ceci ou cela aux femmes. Sachez bien que celui qui en a décidé ainsi n’a jamais été une femme. Les soulèvements arabes ont peut-être été déclenchés par un homme arabe — Mohamed Bouazizi, le vendeur des rues tunisiens qui s’est brûlé vif par désespoir — mais ils seront terminés par les femmes arabes.

 

N'attendons pas que nos Bouazizi meurent

Amina Filali — la jeune marocaine de 16 ans qui s’est empoisonnée après avoir été forcée à épouser son violeur, qui la battait — est notre Bouazizi. Salwa el-Husseini, la première femme égyptienne à s’ériger publiquement contre les «tests de virginité»; Samira Ibrahim, la première à être allée devant les tribunaux; et Rasha Abdel Rahman, qui a témoigné à ses côtés —elles sont nos Bouazizi. Il ne faut pas attendre qu’elles meurent pour le devenir. Manal al-Sharif, qui a passé neuf jours en prison pour avoir enfreint la loi de son pays interdisant aux femmes de conduire, est la Bouazizi d’Arabie saoudite. Elle est à elle seule une force révolutionnaire qui s’oppose à un océan de misogynie.
Nos révolutions politiques ne réussiront pas si elles ne sont pas accompagnées de révolutions de la pensée — des révolutions sociales, sexuelles et culturelles qui renverseront les Moubarak dans nos esprits autant que dans nos chambres à coucher.
«Vous savez pourquoi ils nous ont soumises à des tests de virginité?», m’a demandé Samira Ibrahim après que nous avons défilé des heures en l’honneur de la journée internationale de la femme au Caire le 8 mars.
«Ils veulent nous faire taire; ils veulent chasser les femmes pour qu’elles retournent à la maison. Mais nous ne bougerons pas
Nous ne nous réduisons pas à nos foulards et à nos hymens. Ecoutez celles d’entre nous qui se battent. Amplifiez les voix de la région et regardez de près la haine dans ses yeux. Il y eut un temps où être islamiste était la position politique la plus vulnérable en Égypte et en Tunisie. Sachez qu’aujourd’hui, ce pourrait bien être celle de la femme. Comme ça l’a toujours été.

Traduit par Bérengère Viennot




samedi 27 octobre 2012

LE TEMPÉTUEUX MINISTRE DU CULTE !

Article publié par : Kapitalis et El Kasbah News

Lors d’un débat politique sur la chaîne nationale "Watania 1", dans l’émission "Siasa Show", l’animateur était surpris et agacé à la fois, vers la fin de son émission par un « invité » qui voulait par téléphone s’imposer pour faire une déclaration "importante" rectificative, assurait-il en colère !

L’invité surprise n’était autre que Noureddine Khedmi, ministre du culte, qui depuis l’Arabie où il effectue un pèlerinage en famille, tenait à rectifier les informations que les médias tunisiens répandaient à propos d’incidents graves "supposés survenus" aux pèlerins tunisiens.

Il affirme que tout se passe bien et que les autorités saoudiennes sont au petit soins pour les tunisiens… Qu’il en remercie le monarque et sa famille pour tant de sollicitude envers nos pèlerins tunisiens ….

L’animateur, voulant reprendre la parole, s’est fait presque grondé par le ministre en colère qui lui rappelle que ce   " rectificatif " est beaucoup plus important que le reste. Car il y va des relations de la Tunisie avec les Saoudiens … et d’en remettre une louche pour les autorités saoudiennes, qu’il lui tient à cœur, de ne pas fâcher !

Devant tant d’arrogance de la part de ce ministre salafiste ancien imam de la mosquée "El Fath" à Tunis, connu pour ses discours outranciers ; Oum Ziad présente sur le plateau était choquée et a dénoncé qu’un ministre du gouvernement Ghannouchi, se croit chez lui dans un médias national pour prendre la parole quand il veut et avec autorité pour perturber une émission … au nom de la religion !

Devant le tohu-bohu que des vidéos des "incidents" ont provoqué sur les réseaux sociaux, la chaîne nationale  "a tenu" à rectifier le tir, probablement sur ordre venant d’Ennahdha, puisque ce matin l’imam Zouhair el Jandoubi, lui-même animateur d’une émission religieuse sur "Watania 1", et présent sur les lieux pour raison de pèlerinage, confirmait les incidents et en donnait les détails !

Il dénonçait la négligence des autorités saoudiennes et leur manque d’organisation qui ont affecté gravement certains pèlerins tunisiens. Il déplorait les réactions inhumaines et violentes de la police saoudiennes et des organisateurs envers nos pèlerins…

Intègre, il reconnaît que par honnêteté intellectuelle il ne pouvait laisser affirmer par son ministre de tutelle des choses qu’il n’a pas vues étant dans une délégation officielle, mais que lui a pu voir du fait de sa proximité avec les tunisiens ordinaires !

Or ce ministre ne s’en cache plus, il est admiratif du model saoudien. Ayant fait ses études en Arabie financées par une bourse saoudienne … ceci expliquerait-il cela ?
En tout cas depuis son ministère il réorganise « l’Islam en Tunisie » !
Entendez, il "wahhabise" la société à tout va : ouverture anarchique d’école coranique, où les petites filles sont séparées des garçons, avec port de voile, voir de burqa obligatoire pour certaines écoles ….
Restructuration de l’université "Zitouna" et ré-actualisation de la section des "fatwas" …
Encadrement de la sociétés par des "bénévoles" formés pour diffuser "les bonnes pratiques" et dénoncer "les mauvaises pratiques"  de la foi musulmane ; autrement dit de décrier les pratiques ancestrales malékites, chafiites des tunisiens et de promouvoir le wahhabisme !
Et ce, à propos de tout ce qui touche le tunisien depuis sa naissance jusqu’à sa mort.
Ainsi ces bénévoles encadrent et les organisent : les fêtes de naissance, de circoncision, de fiançailles, de mariage, de pèlerinage, de funérailles …. pour introduire les "bonnes" pratiques du "bon musulman" conformément à ce qui se pratique chez les saoudiens !

Et voilà comment sous couvert de faire recouvrer leur identité "arabo musulmane" aux tunisiens qu’ils auraient perdue, on leur colle une nouvelle identité :
- saoudienne en guise d’identité arabe, et
- wahhabite en guise d’identité musulmane ! 
Ce qui s’apparente à un colonialisme qui ne dit pas son nom : "le colonialisme religieux" !  


Les martyres de la révolutions se retourneraient dans leur tombe de savoir que ce pourquoi ils se sont sacrifiés, est dévoyé par des tartufes qui veulent wahhabiser la Tunisie, les uns selon le model qatari, les autres selon le model saoudien ... 

Exit donc les objectifs initiaux de la révolution : LIBERTÉ, DIGNITÉ, TRAVAIL !  


Les tunisiens, fiers de leur malékisme ancestral qui a façonné leur « tunisianité », doivent lutter par tous les moyens contre ce colonialisme religieux de la même manière que leurs parents ont lutté contre le colonialisme français car, il n’ y a pas de différence entre les colonialismes.

Que ceux qui admirent le Wahabisme aillent le pratiquer en Arabie et dans les pays du Golfe, car faut-il le rappeler, les responsables religieux et politiques en leur temps avaient déjà rejeté le wahhabisme qu’ils jugeaient trop dangereux pour les peuples d’Afrique du Nord.
Ce fut le cas de Hammouda Pacha le grand réformateur tunisien, qui a dit NON à Mohamed Abdelwahhab après concertation des oulémas de la Zitouna !

Rachid Barnat



vendredi 26 octobre 2012

PARADOXE DE L’ÉMIR OU PARADOXE DES OCCIDENTAUX ?



Le paradoxe de cet émir, c'est son double jeu : 
- il joue les modernistes avec ses "amis" occidentaux, et 
- soutient les extrémistes chez les orientaux .... 
mais probablement avec l'approbation de ses amis
 occidentaux, les pétrodollars de l'émir servant à faire passer la pilule du paradoxe !

A moins que son "jeu" entre dans la stratégie des EU : neutraliser les extrémistes de "l'intérieur", tout en les soustrayant à une probable récupération iranienne chiite !
Ce que vient de faire l'émir du Qatar avec le Hamas de la bande de Gaza qui flirtait avec le régime des Ayatollah et soutenait Bachar el Assad l’autre « ami » des iraniens.

Et permettre une reprise du dialogue entre les palestiniens et les israéliens à fin qu'Obama (s'il est réélu !), concrétise son beau discours-programme lors de sa prise du pouvoir : en finir avec un problème qui empoisonne les relations internationales depuis plus de 60 ans !
D'autant que le Qatar, avec l'Egypte, sont les rares dirigeants "arabes" à reconnaître Israël et à entretenir avec ce pays de bonnes relations.

QATAR Une diplomatie au service de l’Amérique


Avec au passage une "reconnaissance" de la part du monde dit "arabe" au Qatar pour sa contribution à la résolution du "problème" palestinien, et pour avoir neutraliser les Ibn Saoud et leur nuisance dont le monde entier "découvre" le réel danger d'une dynastie moyenâgeuse qui ne doit son salut qu'au wahhabisme obscurantiste et rétrograde ; et qui est "tenue" de l'exporter et d'en faire le prosélytisme pour respecter le deal avec Ibn Abdelwahhab, qui lui avait accordé le pouvoir temporel sur la Oumma !

Mais comme cet émir veut faire de l'ombre à son frère ennemi Ibn Saoud, celui-ci tente de "parasiter" son jeu par une exportation massive du "wahhabisme saoudien", plus violent et totalement rétrograde, pour neutraliser le wahhabisme qui se veut "éclairé" de l'émir !

L'autre paradoxe, et celui-là il est occidental, illustré par l'attitude de la France face à un "ami" encombrant à certains égards : 
Le gouvernement français, qui entend combattre l'islamisme radical sur son territoire, a pour partenaire privilégié l'émir du Qatar, doté d'un statut fiscal avantageux, à la tête d'une monarchie absolue au modernisme tapageur, mais trompeur, qui soutient partout les Frères musulmans et les salafistes armés !

Peut être le gouvernement français se réveillera-t-il après le renvoi de la mission française pour raison d’ingérence de l’émir dans le choix des livres jugés « haram » (illicites) pour les conformer à la doctrine wahhabite ? Preuve s'il en est besoin que ces monarques exporte leur modèle sociétal, wahhabisme compris !
Les français souhaitent équilibrer leurs liens avec les pétro monarques en se rapprochant des Ibn Saoud frères ennemis de l’émir du Qatar, mais là encore c’est un rapprochement avec un régime fonctionnant sur le même modèle que celui du Qatar, pratiquant le wahhabisme comme système politico-religieux, en plus obscurantiste chez les saoudiens ! Mais peut on faire autrement ?
Il est tout de même anormal qu’au nom de la real politique, on collabore avec des régimes qui soutiennent les islamistes les plus radicaux ! Viendra, hélas, le jour du retour du boomerang, car ces régimes seront probablement un jour les victimes de leurs créatures « les salafistes jihadistes » !!

Si on réfléchit bien, l’émir du Qatar est logique avec lui-même !
Il sert uniquement ses intérêts et protège ses arrières : étant  à la tête d’un état pas plus grand que la Corse, très pauvre vivant de la pêche perlière qui très vite a été concurrencée par les perles de cultures développées par les japonais, ne devant sa richesse subite qu’au gisement de gaz  au large de ses côtes …mais conscient qu’une telle manne n’est pas inépuisable, investit et place ses pétrodollars dans le monde entier en achetant des actions, de l’immobilier, des terres ….aussi bien en Occident que dans le monde arabe ! Comme la Tunisie sur laquelle il a jeté son dévolue depuis Ben Ali, mais que grâce à son protégé Ghannouchi, il va pouvoir avoir pour une bouchée de pain !

S’il s’est invité dans les révolutions du « printemps arabe », ce n’est nullement par altruisme : il fera tout pour les avorter car le risque est trop grand pour lui, qu’elles contaminent les pétromonarchies.
Et que de mieux que de diffuser le wahhabisme parmi ces peuples en révolte, pour les neutraliser; système politico religieux parfait, qui maintient sur leur trône des pétro monarques au pouvoir absolu et incontesté comme le leur accorde l’imam Mohamed Abdelwahhab fondateur du wahhabisme !

Qui aurait cru à la générosité de l’émir qui le conduise à aider ses frères arabes du Hamas à Gaza ?
Derrière cette aide se cache des intentions politiques et économiques plus terre à terre.
Des experts ont découvert récemment des gisements importants de gaz sur lesquels l’émir veut mettre la main. Son alliance avec Hamas, coupe les liens incestueux qu’il entretenait avec l’Iran chiite, voisin et ennemi héréditaire de l’émir dont il craint toujours la puissance ! Et sa « présence » à Gaza, lui assure le « contrôle » du voisin égyptien toujours imprévisible et qui prétend lui aussi au leadership du monde « arabe » comme le Qatar et l’Arabie …

Le réel paradoxe est celui des occidentaux qui n’ignorent rien des intentions de l’émir et de sa capacité de nuisance aux peuples qui aspirent à la démocratie, mais pour lequel ils ferment les yeux par calculs géopolitique et par intérêts économiques !

Toutes ces puissances "démocratiques" ou "financières", ne jouent-elles pas avec le feu au détriment de peuples qui ne leur demandent rien ? D’autant que de laisser se propager le wahhabisme chez les peuples en révolte, finira tôt ou tard de les atteindre de gré ou de force, les jihadiste salafistes ne reculant devant rien ! Le 11 septembre n’aura donc pas servis de leçon ?

Seul un peuple éclairé peut déjouer ou du moins rejeter de telle ingérence !
Les tunisiens sauront-ils résister à cette ingérence et rejeter le "colonialisme religieux" qui la sou tend par l’exportation massive du wahhabisme des pétro monarques ?

Rachid Barnat

jeudi 25 octobre 2012

Qui est derrière les comités de protection de la révolution ?

Drôle de concept " gardiens de la révolution" que certains dirigeant s'arrogent le droit pour s'autoproclamer "gardiens" ... s'il n'y avait un précédent : Mussolini et ses "chemises brunes" et Hitler et ses "SS" !!
R.B



Depuis la mort de Lotfi Naguedh et la recrudescence de la violence politique, les controversés comités de protection de la révolution refont parler d’eux. De plus en plus de voix s’élèvent pour exiger leur dissolution, y compris désormais au sein du pouvoir nahdhaoui, jusqu’ici plutôt bienveillant à leur égard. Ils sont chapeautés par une Ligue nationale de protection de la révolution dont le président, Mohamed Maâlej, est méconnu du grand public. Nous l’avons rencontré hier 23 octobre. Qui sont ces ligues, et qu’en est-il de leurs liens polémiques avec l’actuel gouvernement ? Eléments de réponse.



Des comités de quartier à une organisation nationale opaque
C’est sur le tard, en juin 2012, que la ligue est fondée, comme en atteste le Journal officiel documentant le visa qui lui est accordé conformément au décret 88 de septembre 2011 relatif aux associations. Elle dispose d'un siège modeste situé dans une zone rurale de Ben Arous.
Elle est « constituée sur la base du bénévolat par des Tunisiens ayant pris part à la révolution et participé à la protection des vies et des biens, contribuant à la réussite de la transition démocratique », peut-on lire dans son manifeste. Dans le même texte, ses membres fondateurs s’autoproclament « représentants de l’âme de la révolution ».
Pourtant, les Tunisiens ayant eu à garder eux-mêmes leurs quartiers au lendemain de la révolution vous diront en règle générale qu’ils ne connaissent pas ceux qui aujourd’hui se revendiquent de cette époque (janvier 2011) au point de pérenniser une entité proche de la milice permanente.
Pour le premier anniversaire des élections de la constituante, la proposition de l’élu ultra religieux Sadok Chourou de constitutionnaliser le statut de ces comités vient confirmer la proximité du moins idéologique de ces entités avec l’islamisme le plus radical. Ce scénario de l’institutionnalisation, même s’il est improbable, ravive les craintes de l’instauration d’une dictature du même type que celles qui ont succédé à la plupart des révolutions de l’Histoire récente.

Des méthodes fascistes
Si au Bardo le 23 octobre fut une célébration unilatérale pour les militants d’Ennahdha ayant reçu « l’ordre de célébrer », sur place, nous avons pu constater l’omniprésence des comités de protection de la révolution, venus essentiellement des faubourgs de la capitale pour défiler en seconde vague.
Ce sont eux qui expulsent quelques journalistes et en menacent d’autres, à l’image d’Emin Mtiraoui (Nawaat) qui eut maille à partir avec les représentants de la Ligue du Kram : ayant pris part à l’attaque de l’ambassade US en septembre dernier, ils ont promis des représailles contre les médias qui les ont filmés en action.
Alors que l’un d’eux profère des obscénités entre deux chants religieux, le secrétaire général de la section Kram, Imed Dghibej, déclarera qu’il « ne fera la fête que le jour où des potences seront installées pour châtier les ennemis du peuple », une allusion à la magnanimité d’Ennahdha avec les symboles de l’ex régime. 

Des profils hétéroclites    
Mais le contraste est saisissant entre la sulfureuse réputation de barbouzes des membres des comités de protection de la révolution, et la quasi bonhomie de Mohamed Mâalej, le numéro 1 national de cet organisme plutôt obscur.
On sait peu de choses sur ce quinquagénaire discret, si ce n’est qu’il est docteur vétérinaire, consultant international, et qu’il dispose d’un bureau d’études reconnu dans sa spécialité.Alors que l’extrême gauche désavoue via Hamma Hammemi une ligue qui « n’a aucun rapport avec la révolution », Mâalej axe toutes ses réponses à nos questions sur le fait que les appels à la dissolution de sa ligue proviennent d’une même source, sous-entendu l’ex RCD et ses réincarnations.
Il nie en outre avoir reçu une convocation par les autorités en marge des récentes violences à Tataouine. Malgré le discours plus islamiste que révolutionnaire tenu par des militants moins aguerris que leur chef, les « lijén » gardent une certaine distance avec le parti au pouvoir. Ils entretiennent une ambiguïté, trahie cependant par une complicité visible lorsqu’ils s’isolent par exemple à l’abri des caméras en compagnie de cadres d’Ennahdha, avec lesquels ils s’échangent quelques tapes amicales sur l’épaule.
En attendant d’en savoir plus sur le sort que lui réservera ou non la Justice, Mohamed Mâalej annonce sur le ton du défi que « la Ligue aura très bientôt des sections dans l'ensemble des régions du pays ». Si cela se concrétise, elle se substituera davantage encore à la police de proximité et acquerra un peu plus le statut d’Etat dans l’Etat.

mercredi 24 octobre 2012

La souveraineté nationale en danger




La mort de la Révolution est programmée dans le plan totalitaire de Rached Ghannouchi destiné à étouffer l'aspiration à la liberté et à la dignité des peuples arabes par la mise en place d'une théocratie et pour cela, le «cheikh» et ses fidèles disposent de moyens colossaux accordés par les princes wahhabites. 
Un an après les élections du 23 octobre 2011, alors que le gouvernement a échoué dans la gestion de l'Etat, dans l'assainissement de l'économie et dans la transition démocratique, alors qu'il a superbement ignoré tous les grands dossiers nationaux dont les dossiers épineux de la justice et de la police transitionnelles, une seule frange de la population s'élève contre le délabrement de l'Etat et le délitement de la révolution : la société civile. C'est elle qui, au delà des partis et des considérations politiques primaires, s'est mobilisée à chaque fois que les valeurs essentielles de la Tunisie étaient en danger. C'est ainsi que le 14 janvier, le 20 mars, le 9 avril, le 1er mai, le 25 juillet, le 13 août et à chaque alerte sur les libertés fondamentales et les principes généraux de la République, la société civile est descendue en masse dans la rue, faisant reculer les tentatives liberticides et la tentation parfois totalitaire du gouvernement.
Mais le combat doit se poursuivre car Ennahdha poursuit son invasion de l'administration tunisienne en écartant les compétences pour les remplacer par des «fidèles» capables d'assurer, par la manipulation politique et administrative, son maintien au pouvoir. 
Le recul de la date de promulgation de la Constitution donne au parti au pouvoir un délai encore plus grand pour phagocyter l'Etat, au vu et au su de ses alliés progressistes de la Troïka. Ces alliés qui commencent à peine à réaliser qu'ils n'ont été que les simples faire-valoir, la façade démocratique d'un plan totalitaire secret de Rached Ghannouchi. Un plan que beaucoup de membres d'Ennahdha eux-mêmes ignoraient.


C'est en ce sens que le noble et nécessaire combat de toute la société civile tunisienne doit se poursuivre, atteindre les masses, et protéger la Tunisie des tentatives totalitaires instrumentalisées par les monarchies patrimoniales du Golfe dont le principal souci est de tuer dans l'œuf cette Révolution qui a failli les abattre toutes.
La mort de la Révolution est programmée dans le plan totalitaire de Rached Ghannouchi destiné à étouffer l'aspiration à la liberté et à la dignité des peuples arabes par la mise en place d'une théocratie et pour cela, le «cheikh» et ses fidèles disposent de moyens colossaux accordés par les princes wahhabites.
En clair, le combat de la société civile est aussi un combat pour la souveraineté nationale.
Il doit s'exprimer aujourd'hui avec plus de clarté pour convaincre tous les Tunisiens, toutes classes et tous partis politiques confondus que les véritables réformes qui assureront l'indépendance de la nation et la liberté et la dignité du peuple ont été écartées par l'ANC et le gouvernement.
Il s'agit de la mise en place d'une police et d'une justice républicaines indépendantes de la politique, et des mesures de sauvegarde de notre Etat et de notre économie nationale devant des poussées hégémoniques étrangères.
Il s'agit là de mesures  à prendre d’extrême urgence. Il en va de la sauvegarde de notre Nation, de son indépendance, et de sa souveraineté.



LA TROIKA POURSUIT SA POLITIQUE DE L'AUTRUCHE !!

Article publié dans : Agoravox

La troïka prétend que l'opposition a refusé de fêter le 23 octobre, parce qu'elle n'a toujours pas digéré sa défaite électorale !
Stupidité ou calculs politiques ?

Alors que le peuple lui même n'a pas participé à cette célébration parce qu'il n'a pas le cœur à la fête pour plusieurs raisons :

- Est-ce pour remercier le gouvernement Ghannouchi pour son échec à gouverner le pays ?
- Pour la violence devenue son pain quotidien ?
- Le premier assassinat politique de la révolution ?
- L'insécurité généralisée dans le pays ?
- Une constitution toujours en cours de rédaction ?
- Le refus des constituants nahdhaouis de faire référence à la charte universelle des droits de l’homme qui correspond plus aux aspirations des jeunes qui ont fait la révolution, plutôt qu’à la chariâa que veut leur imposer Ghannouchi ?
- L'ISIE qui n'a toujours pas été reconduite ?
- La justice toujours aux ordres ?
- La presse qu'Ennahdha veut mette sous sa botte ?
- L’effondrement de l'économie ?
- Le secteur du tourisme sinistré ?
- Ect …

Est-il décent d'appeler à la fête un peuple encore sous le choc et en deuil pour le meurtre du premier homme politique assassiné depuis le 14/1/11 après de nombreuses violences commises par les officines dont Ghannouchi dit qu'elles sont légitimes ?
Et pour les funérailles duquel aucun membre du gouvernement n’a daigné se déplacer ni envoyer le moindre message de condoléances à sa famille et aux 6 orphelins que sa milice à privé de leur père ? 

Comment ce gouvernement et les constituants de la troïka peuvent-ils avoir le cœur à fêter leur échec et leur faillite, pour n’avoir pas respecté le mandat des tunisiens : rédaction d’une constitution dans un délai de un an ! 
Et Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar osent fêter tout cela ??

Ou narguent-ils les tunisiens qu’ils s’incrustent au-delà du délai qu’ils leur ont accordé ?
Si les tunisiens n'ont plus confiance dans le gouvernement qui semble totalement sourd à leurs attentes et à leurs revendications premières et légitimes que sont leur sécurité et celle de leur bien; et dont ils déplorent l'impunité systématique de leur auteurs (salafistes et milice du "comité de protection de la révolution" composé en réalité des barbouzes d'Ennahdha); ils commencent à perdre confiance dans l'opposition !
Qui une fois de plus a cédé devant l’outrecuidance de Ghannouchi qui s’est accordé contre la volonté des tunisiens des "prolongations" dont ils n'auront plus la maîtrise !

Si Ghannouchi ne manque pas de culot, l'opposition une fois de plus s’est couchée devant cet individu qui se moque de la démocratie et des élections ... comme le révèle sa vidéo "fuitée" !
La naïveté de l'opposition est affligeante : la responsabilité des hommes politiques sensés plus aguerris que le peuple est grande !
Décidément l'opposition est un boulet pour la société civile !!

Rachid Barnat