mercredi 27 février 2013

Ghannouchi, le théocrate machiavélien


Professeur de science politique

Le leader islamiste Ghannouchi, fondateur d’Ennahdha, est certainement une énigme en politique. Il est un idéologue wahabo-salafiste et théocrate de par ses écrits et son itinéraire politique ; démocrate par pure stratégie et sens tactique ; et finalement réaliste machiavélien sur le terrain. Il est tout cela à la fois. Et on ne peut saisir son profil politique qu’à travers ces trois caractéristiques. Si on n’en prend qu’une seule, on risque de n’avoir qu’une part de la réalité du personnage. Ces trois traits expliquent d’ailleurs ses tiraillements et tergiversations et son double, voire triple, langage qu’il tient sans discontinuité.
Actuellement, il gouverne la vie politique, derrière les acteurs formels, mais devant eux sur le plan décisionnel. En tant que chef du parti majoritaire, il a reçu des mains de l’assemblée constituante les clefs du pouvoir. N’ayant pas voulu diriger lui-même le gouvernement au vu de son âge, de son tempérament et de son profil, étant plus idéologue et théoricien que gestionnaire, il a préféré confier les destinées du parti à un autre dirigeant de confiance d’Ennahdha qui a le profil de l’emploi, Hamadi Jebali.

"C’est l’islam politique, proche des Frères Musulmans de Hassan El Banna, qui constitue la raison d’être du combat de Ghannouchi"

Ghannouchi n’omet pas de paraître démocrate, surtout après la chute d’une dictature, et après une révolution pour la liberté et la dignité, ne serait-ce que  pour sauver les apparences. Ben Ali aussi, ne l’oublions pas, avait tout fait après le 7 novembre pour paraître démocrate et avait résolu d’en finir avec le pouvoir à vie et l’autoritarisme.
Ghannouchi doit aussi rassurer l’opinion interne et internationale. Mais, on le voit, quand il parle de démocratie, il a rarement la verve ou la flamme. Ce n’est aucunement une conviction profonde qui vient des tripes. Ce n’est pas le moteur de son combat ou action spiritualo-politique. Durant toutes ces années de clandestinité et d’exil, c’est l’islam politique, proche des Frères Musulmans de Hassan El Banna, qui constitue la raison d’être de son combat, tant contre Bourguiba, que contre Ben Ali. Le combat contre la dictature ou la tyrannie passe en second lieu, nécessaire plutôt pour supporter l’autre combat principal, celui de Dieu.
Mais, pour gouverner actuellement, il lui faut, sur le terrain, être non pas démocrate, mais surtout machiavélien. Les adversaires, il y en a maintenant plus d’un. Autrefois, il faisait face aux autocrates seuls, à présent, il doit affronter plus d’une centaine de partis, des médias, des sociétés civiles bien différenciées et une élite savante, qui le considèrent d’ailleurs tous comme un contre-modèle.

"Ghannouchi est loin d’être le maître absolu du pays comme le croit l’opinion commune"

Ghannouchi est un théocrate machiavélien. Il n’a jamais été écrit que le machiavélisme est le monopole du pouvoir laïc. Les religieux enturbannés aussi savent s’en accommoder, des chiites iraniens jusqu’aux nahdhaouis et Frères Musulmans égyptiens en passant par les Talibans. A ce titre, machiavélien, il ne lésine nullement à aller jusqu’au bout de la logique de l’action politique.
Le pouvoir, il en a été privé 50 ans durant, il est résolu à prendre sa revanche des laïco-modernistes et à décrocher son heure de gloire. Cela frôle parfois la maladresse, comme lorsqu’il a déclaré que « les islamistes ne lâcheront jamais le pouvoir ». On est libre de le prendre ou pas sur parole. Mais beaucoup d’éléments de sa stratégie et plusieurs actions politiques d’Ennahdha, depuis sa victoire aux élections, vont dans ce sens : stratégie d’islamisation de la société civile, création d’associations charitables, monopolisation et manipulation des mosquées en collaboration avec les frères-ennemis salafistes, nominations nombreuses et accélérées de partisans aux postes de direction dans l’administration, avancée de l’islamisation des institutions et pratiques bancaires, mainmise sur les chaînes de télévision nationale et création d’autres médias d’obédience nahdhaoui, procès politiques contre les membres de l’élite moderniste, création de milices, comme les ligues de protection de la révolution, toujours prêtes à agresser les ennemis politiques ou les sérieux concurrents qui risquent de le détrôner.
Comme Machiavel, il est en train de nous démontrer que la fin justifie les moyens. Comme le croit Machiavel, la religion, pour lui aussi, peut-être exploitée pour des objectifs proprement politiques, et non seulement spirituels, lorsqu’elle sert le prince théocrate et le pouvoir. Mais Machiavel, lui, ne prône ni la religiosité du pouvoir, ni la politique métaphysique.
Il est certain que Ghannouchi est aujourd’hui totalement maître de son parti, comme le prouvent les péripéties de la sortie de Jebali du gouvernement et la désignation de Ali Laârayedh tendant à créer un nouveau gouvernement mi-ancien, mi-nouveau. Mais il est loin d’être le maître absolu du pays comme le croit l’opinion commune.
Il a ainsi reculé plusieurs fois, tant pour le projet de constitution que pour les autres questions politiques, lorsqu’il s’est heurté à des pressions provenant de la rue, des médias, de l’UGTT ou de l’opposition. C’est son côté réaliste, il avance jusqu’à ce qu’il trouve une opposition forte qui le bloque. Si personne ne l’en empêche, il continue à frayer imperturbablement sa voie.
C’est ce réalisme féroce face à la puissance qui explique sa crainte, voire sa phobie, d’un concurrent politique aussi puissant que lui pour l’instant, Béji Caïd Essebsi et son parti Nidaa Tounès. Les hommes de pouvoir ne craignent que les véritables contre-pouvoirs.

"Les hommes les plus intéressants d’Ennahdha ne suivent pas le courant salafiste de Ghannouchi"

Son pouvoir nous paraît surdimensionné à double titre : d’abord dans la mesure où il détient environ 70% de pouvoir effectif dans le pays, alors qu’il en vaut 30% électoralement ; ensuite parce que l’opinion le mythifie un peu trop en étant persuadée qu’il est partout, derrière toutes les combines et les affaires de l’Etat et de la société, une sorte de manitou pervers, du sommet jusqu’à la base. Son profil d’homme de l’ombre conforte cette attitude psychologique des Tunisiens. Alors qu’il ressort des élections de la constituante que son parti a été suivi par juste un million et demi d’électeurs Tunisiens sur huit millions d’électeurs potentiels.
Ghannouchi ne peut incarner l’unité nationale, comme l’a incarnée jadis Bourguiba, son véritable ennemi politique et doctrinal. Il n’incarne pas non plus la Tunisie, il est trop sectaire pour cela. D’ailleurs, son parti et lui conjuguent auprès de la population déception après déception, en raison de la violence autorisée et légitimée par lui dans la vie politique à chaque occasion. Son combat « démocratique » paraît déloyal pour la société civile et l’opposition. Aux manifestations et réunions politiques pacifiques des partis et société civile, il répond par la violence des milices.
Ce faisant, il voudrait compenser ses déficits d’audience populaire ou médiatique par la violence spectaculaire, propre à attiédir les velléités politiques de tous les audacieux. Néanmoins, il ne fait que raviver la flamme de l’audace oppositionnelle des Tunisiens. On l’a vu en Tunisie avec l’assassinat de Chokri Belaïd, la population n’a pas hésité une seconde à désigner du doigt Ennahdha, car Chokri Balaïd était un farouche opposant à ce parti et à l’islamisme. En politique, il est en effet très maladroit de provoquer la société civile.
Pouvoir surdimensionné certes, par rapport, disons-nous, à la force électorale qu’il représente. Mais, il a certainement le dessus sur les autres institutions politiques actuelles. Le Président de la République avalise très souvent ses résolutions, et il ne peut faire autrement. Il en va de même pour le Président de l’assemblée constituante, encore plus effacé que le Président de la République face à Ghannouchi. Ces deux derniers peuvent gesticuler en vue de dissuader le maître des lieux, la locomotive Ghannouchi passera en priorité.
En revanche, Ghannouchi a très peu de pouvoir vis-à-vis de la société civile. La rue, l’élite, Facebook, les médias, l’opposition et l’UGTT le puissant syndicat, toujours solidaires avec la société civile, sont un réel pouvoir dans le pays, alors même qu’Ennahdha n’a toujours pas constitué sa propre élite. Ni élite savante, ni élite politique, ni de médias influents. Le parti a juste des militants rodés à la manipulation des mosquées et des milices violentes chargées de terroriser la population à défaut d’influence morale et politique sur elle. Ce qui veut dire que Ghannouchi va vite user son équipe réduite. Il a peu d’hommes politiques valables. Les hommes les plus intéressants d’Ennahdha ne suivent pas le courant salafiste de Ghannouchi, mais plutôt le courant modéré et moderniste. Minoritaire pour l’heure, ce courant n’en incarne pas moins l’avenir politique le plus ambitieux pour ses représentants en quête d’une carrière encore longue.

"Le machiavélisme pour appuyer la théocratie et la théocratie pour justifier le machiavélisme"

Ghannouchi est très impopulaire auprès de la population tunisienne, qui n’apprécie pas beaucoup son profil de cheikh passéiste dans un pays moderneni son côté obscur et peu transparent d’homme de l’ombre. En démocratie, un leader doit être un homme public qui sait aller vers le peuple. Ghannouchi n’est pas non plus un homme de communication, dans tous les sens du terme. Electoralement, tout comme il est rentré au pouvoir, il peut toujours en sortir.
Ennahdha n’a pas la majorité absolue dans le pays, mais juste la majorité relative. Ce qui veut dire qu’elle ne peut pour l’instant gouverner seule, elle est obligée de s’appuyer sur d’autres partis afin d’avoir une majorité confortable dans l’assemblée, et faire passer ses projets essentiels à son propre maintien au pouvoir. Bien que Ghannouchi préfère s’appuyer surtout sur des petits partis ou des groupuscules, qui ne chercheraient pas à lui forcer la main. Habileté machiavélique certaine. En tout cas, les rapports de force sont loin de pencher pour son parti dans les derniers sondages.
C’est encore son machiavélisme qui le fait tendre vers le régime parlementaire dans la discussion du projet de constitution. Il ne peut être président, il ne veut pas gouverner directement. Le régime parlementaire lui permet alors de rester à l’écart et de manipuler, comme il le fait actuellement, le gouvernement. Un régime présidentiel risque de donner plus d’indépendance  et de marge politique au président, fut-il le candidat d’Ennahdha.
Ainsi, le vrai Ghannouchi nous paraît être non pas le démocrate ou le politique pur, ni le théoricien dogmatique, mais plutôt le théocrate débordé par le machiavélisme. Le machiavélisme pour appuyer la théocratie et la théocratie pour justifier le machiavélisme. Une sorte de Machiavel divinisé, un profil qui aurait certainement déplu à Machiavel lui-même qui pensait, de son côté, la politique dans toute sa pureté, comme une sphère trop terre à terre, loin de toute considération métaphysique.

UN GRAND SAGE NOUS A QUITTE !

Photo : Stéphane Hessel en tounsi

12 Mars 2011, hôtel Sheraton de Tunis. Colloque « Passions, pouvoirs et institutions ».

Stéphane Hessel n'est plus !

Il fut de l'équipe qui a rédigé la charte des droits universels de l'homme !
Il a lutté contre toutes les exclusions.

Il a lancé l'injonction " indignez-vous !" aux jeunes européens pour qu'ils restent maîtres de leur destin ... 


Je l'ai rencontré à Tunis et me souviens de son regard jubilatoire à l'idée que la jeunesse tunisienne fut, à la grande surprise du monde entier, la premiere à s'être indignée !

Et dont l'indignation s'est transformée très vite en révolution, donnant l'exemple à la jeunesse du monde entier puisque d'autres indignation, d'autres révolteset d'autres révolutions ont eu lieu de par le monde !

Stéphane Hessel et Youssef Seddik le 12 Mars 2011, à l'hôtel Sheraton de Tunis. 
Colloque « Passions, pouvoirs et institutions ».

Sa crainte déjà, était que les jeunes ne se fassent voler leur révolution ... car disait-il, souvent ceux qui finissent les révolutions ne sont pas nécessairement ceux qui les ont commencées !
La jeunesse tunisienne démentira-t-elle l'Histoire, une fois de plus ?
Stéphane Hessel restera une référence pour tous les indignés du monde !

mardi 26 février 2013

ENNAHDHA : RECHERCHE DESESPEREMENT UNE LEGITIMITE !

Les islamistes ont su accaparer une révolution à laquelle ils n'ont pas participée, pour la dévoyer des objectifs que des jeunes scandaient durant toutes leurs manifestations : LIBERTE, DIGNITE, TRAVAIL ! Comme ils ont su accaparer tous les débats politiques par des questions qui n'ont jamais posé question aux tunisiens : 
- l'identité ethnique, et
- l'identité religieuse !
pour mieux caser leur projet et fourguer aux tunisiens l'identité "saoudo-wahhabite" en guise d'identité "arabo musulmane" qu'ils auraient perdue, disent les tartufes marchands du temple !
Piége dans lequel tomberont tous ceux de l'opposition ... puisque les nahdhaouis imposeront les thémes des débats et leur tempo à tous les participants !

Maintenant que la supercherie est découverte, et que tout le monde a compris le but de l'instrumentalisation de la religion n'était que pour l'introduction du wahhabisme en lieu et place du malékisme ancestral des tunisiens; les nahdhaouis jamais en manque d'idée pour accaparer la scéne politique et médiatique, tentent d'exploiter leur militantisme et leur martyr durant l'ère ZABA !

D'abord en monnayant leur militantisme puisqu'ils ont eu l'audace de s'attrribuer des dédommagements financiers alors que la pauvreté galopante touche de nombreuses couches sociales. Les constituants issus d'Ennahdha, majoritaires, n'ont pas eu de difficulté de faire passer une loi spéciale en ce sens ! On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Comme si cela ne suffisait pas, à tour de rôle ils viendront raconter leur martyr par le menu détail sur Watania TV Nationale, avec  des décors évoquant des chaînes, des cellules, des barreaux et des mises en scénes simulacres des sévices corporels qu'ils disent avoir subis, comme pour mieux marquer les esprit ... nageant dans un populisme douteux ! Pourquoi ? Pour se donner une légitimité par le martyr, n'ayant pas celle d'avoir participé à la révolution pour justifier qu'ils se l'approprient !

Certains comme Habib Ellouz reste marqué par la prison et semble vouer une haine incommensurable pour les tunisiens ... qui ne lui ont rien demandé !
Ce qui explique son extrémisme et son goût pour les châtiments corporels. C'est lui qui réclamait le plus sérieusement du monde de démembrer les membres opposés à toute personne qui manifesterait contre Ennahdha ! Rien que çà !!
Quand à Ghannouchi, sa fille Soumaya, épouse Bouchlaka, annonce carrément menaçante aux tunisiens, son père ayant souffert, c'est à leur tour de souffrir !

Voilà le type de malade mental qu'Ennahdha installe au pouvoir pour les dédommager du sacrifice qu'il ont payé à leur cause ! Prenant en otage la destinée de la Tunisie en remettant le sort des tunisiens entre les mains de gens qui n'ont pas les compétences requises pour occuper de tels postes mais dont le seul mérite est d'avoir bien servi leur parti !

Il est indéniable que bon nombre d'entre eux présentent des trouble psychologique ! Or pour cela il y a des médecins spécialisés qui pourraient les prendre en charge !

L'étalage impudique et l'exploitation qu'ils font de leur militantisme choque plus d'un !
A commencer par Hamma Hammami militant communiste authentique qui juge indécent ce type de comportement en rappelant aux nahdhaouis que ce qu'il a enduré durant ses années de militantisme, il l'avait fait par conviction idéologique et nullement pour en tirer un quelconque profit ... et sûrement pas matériels !

De son coté, mon pére Haj Boubaker Barnat, grand résistant, a payé de sa jeunesse et de sa santé la lutte pour l'indépendance de son pays, mais n'a jamais fait étalage de son militantisme encore moins de ses fréquents séjours dans les prisons françaises dispersées entre la Tunisie et l'Algérie ... ni de sa condamnation à mort par le gouverneur de l'époque dont il doit à un grand résistant qu'elle ne fut pas exécutée, puisque le général De Gaulle l'avait grâcié ! Il avait le sens de la dignité pour apitoyer qui que ce soit sur les souffrances physiques et psychologiques qu'il a endurées !
A l'indépendance, non plus il n'a rien réclamé, heureux tout simplement que son combat fut couronné par l'indépendance de son pays.

Mais voilà les chaînes de TV tunisiennes (Watania) et celles des pétromonarques (Aljazeera), diffusent en boucles les nahdhaouis racontant leur vécu sous ZABA, faisant du populisme avec leur martyr dans un but électoraliste !
Comme quoi tout est bon pour les tartufes, pour conserver le pouvoir : de marchands du temple vendant le wahhabisme, les voilà aussi marchands de martyrs.
Mais ce à quoi seront sensibles les tunisiens, ce sont les réalisations de ce pouvoir !
Car leur passé, quelqu'il soit, ne pourra justifier un échec économique et social.

Rachid Barnat

lundi 25 février 2013

TEMPETE DANS UN VERRE D'EAU !

Article paru dans : 
Kapitalis
Courrier International

Le grand poète arabe Al-Moutanabbi disait : 

" Va quérir la dignité en enfer s'il le faut ! Et refuse l'humiliation, même au paradis." !


Il a suffit à la jeunesse tunisienne de dire, à travers la danse Harlem shake, son ras le bol du marasme qu'elle vit au quotidien et de la sinistrose introduite en Tunisie depuis le retour de son exil doré londonien de Ghannouchi avec dans ses bagages le wahhabisme ... pour que cela fasse bouger les "autorités" et qu'une nouvelle tempête médiatico politique éclate en Tunisie et à l'étranger puisqu'en dansant de manière bien innocente, cette jeunesse s'est vue stigmatisée par Abdellatif Abid le ministre de l'éducation nationale, avec une célérité déconcertante; alors qu'il n'a vu, dit-il, qu'un tout petit extrait de la vidéo incriminant cette danse ... d'une durée totale 45 secondes :
- Ce qui ne l'a pas empêché de faire une déclaration tonitruante condamnant des pratiques scandaleuses, 
- ne se rendant même pas compte du ridicule de sa positon quand il s'incline devant le diktat de jeunes arriérés salafistes soutenus par Ennahdha, 
- réaction qui rappelle celles de ses collègues de la culture Mehdi Mabrouk et des affaires religieuses Noureddine Khadmi qui ont condamné sans les avoir vus, des tableaux "touchant au sacré" exposés à la galerie Abdellia à la Marsa, qui ont mis le feu au pays ... mais qui s'avèrent exposés à l'étranger !
- il demande l'arrestation de la directrice du lycée pour outrage à sa majesté, parceque des jeunes se sont déguisés en émir du Qatar, 
- menace d'ouvrir une enquête dans les lycées pour traquer les organisateurs de manifestation dansante dans la cour de leurs établissements,
- haro des nahdhaouis sur la jeunesse tunisienne qu'ils jugent "dépravée"... pour n'avoir pas respecter le wahhabisme qui interdit danses et chants, manifestations sataniques selon cette obédience,
- Souad Abderrahim, constituante nahdhaouie, gênée que son fils ait participé aux danses sataniques puisque des photos de lui ont circulé sur les réseaux sociaux, s'est crue obligée de s'en excuser pour lui et pour la jeunesse ignorante, réclamant l'indulgence pour les élèves mais soutenant qu'il faille une enquête pour en trouver les responsable des établissements qui ont permis cette chose "impie" !

Où étaient-ils tous ces tartufes et "responsables politiques" au pouvoir :
- quand le drapeau tunisien était outragé,
- quand les facultés étaient saccagées par les salafistes,
- quand les lycées et écoles se transformaient en locaux pour meetings "politiques" pour des groupuscules salafistes,
- quand des salafistes et des imams wahhabites appelaient au meurtre dans nos mosquées et ailleurs, 
- quand des banderoles et des bannières noires étaient accrochés et hissées dans les écoles, lieux en principe "neutres", et autres lieux publics comme les mosquées,
- quand les salles de classes et les cours des écoles et des universités devenaient lieux de priére ostentatoire avec la violence qui accompagne ce genre de manifestation politique publique !
- quand on organise dans les écoles et lycées de la république, l'endoctrinement et le recrutement de futurs jihadistes qui seront expédiés comme chaire à canon en Syrie, au Mali ...
- quand se multiplient les écoles maternelles islamisées où des fillettes portent déjà le voile,
- quand une centaine de mausolées, monuments de notre patrimoine culturel, sont détruits,
- quand Chokri Belaïd fut assassiné ... et que pour seule réponse qu'ils aient trouvée à la manifestation du deuil général accompagnant le défunt, ils n'aient rien trouvé de mieux que d'organiser une contre manifestation pour redire la légitimité d'un pouvoir qui a perdu toute légitimité depuis le 23 octobre 2012 et qui a perdu celle que l'opposition lui a accordée pour avoir assassiné un opposant politique à Ghannouchi ??

Tout ceci confirme bien que ces "responsables" au pouvoir sont au service de Ghannouchi et de son maître qatari qui veulent coloniser l'esprit de nos jeunes par le poison de leur wahhabisme ... avant la colonisation du pays tout court !

L'outrage à l'émir sera probablement sanctionné, car il ne peut en être autrement, sinon il fera les gros yeux à Ghannouchi ... alors que l'outrage au drapeau l'avait laissé de marbre ! 

Heureusement que la belle jeunesse tunisienne n'a pas l'intention de s'incliner devant cet obscurantisme que l'on veut lui imposer ! On ne peut que l'inviter effectivement à aller danser devant tous les lycées, devant toutes les facs pour bien montrer que personne ne touchera à ses libertés. Faut-il rappeler à ses détracteurs qu'ils lui doivent d'avoir recouvrer leur liberté grâce à leur révolution ? !

Si Ghannouchi n'aime pas les Tunisiens ni leur façon de vivre, il n'a qu'à retourner à Londres; ou mieux, s'expatrier au Qatar ... sinon au Soudan dont il possède le passeport ! Mais qu'il foute la paix aux tunisiens qui ne lui demandent rien !

Et dire que Ghannouchi ose dénoncer l'ingérence de la France parceque son ministre de l'intérieur a pointé du doigt le danger de l'islamisme .... alors que l'ingérence du Qatar choque et scandalise tous les tunisiens ... quand l'émir lui dicte jusqu'à la politique intérieure et étrangère pour la Tunisie dont son gendre Bouchlaka n'est que le porte parole pour défendre les intérêts du Qatar en lieu et place de ceux de la Tunisie ! 

En tous les cas bravo à nos jeunes de dire m ... à leur manière au modèle sociétal que veut leur imposer Ghannouchi ! Chantez ! Dansez jeunesses ! Ne vous laissez pas coloniser par les vautours noirs auxquels Ghannouchi livre la Tunisie !!


Rachid Barnat

LE WAHHABISME AU SERVICE DU COLONIALISME ... ET DU SIONISME

Article paru dans : 
Kapitalis
Agoravox


Les américains n'ont fait que reprendre une formule qui marche. 
S'ils soutiennent les pétromonarques wahhabites ce n'est pas pour leurs beaux yeux !
Ils ont compris le rôle politico-religieux du  wahhabisme et son utilité pour eux !

Les premiers à avoir compris l'intérêt du wahhabisme, ce sont les anglais. Ils ont aidé à sa diffusion pour s'en servir comme moyen de démantèlement de l'empire Ottoman. Thomas Edward Lawrence des services secrets de sa majesté le roi d'Angleterre, s'en servira pour mobiliser les tribus bédouines d'Arabie pour enlever la Mecque à la tutelle du calife ottoman, et l'affaiblir en tant que chef spirituel en s'attaquant au premier symbole de l'Islam ! Avec la promesse que le Califat reviendra aux arabes ... mais l'Angleterre avait d'autres projets pour colonialistes ! 
Le film Lawrence d'Arabie de David Lean, le démontre parfaitement ! 
Ibn Saoud qui s'affuble du titre de "protecteur des deux lieux saints" de l'islam 
La Mecque & Medine; à moins que ce soit
... Washington & Tel-Aviv !

Si les américains soutiennent le wahhabisme, c'est parce qu'il leur évite à avoir à déployer toute une armée pour protéger la manne de pétrole en Arabie et dans les pays du Golfe : il leur suffit de soutenir et de maintenir en place les pétro monarques wahhabites qui se chargent de soumettre les peuples par le simple fait de leur conversion (par la force s'il le faut !) à cette obédience !
Les sionistes se serviront aussi du wahhabisme.

Si Barack Obama soutient les "frères musulmans", c'est que le but affiché de cette confrérie pan islamiste, est de reconstituer l'Oumma islamique et revenir au temps des premiers califats, c'est à dire au moyen âge. Et pour arriver à leur fin, Sayid Qotb leur "idéologue" a bien compris l’intérêt du wahhabisme comme système politique pour accéder au pouvoir et dominer les peuples !
Ce qui "résoudrait" la question palestinienne une fois pour toute et assurerait la pérennité d'Israël définitivement !

Ce que développait déjà le jeune Benjamin Netanyahu alors âgé de 28 ans, dans une 
thèse géopolitique pour confirmer l'Etat d’Israël sur tout le territoire palestinien puisque dans la Oumma des "frères", il n'y a plus de nationalité, ni de frontières dans le monde dit "arabe" ... donc plus de nationalité palestinienne et plus de palestiniens tout court ... puisqu'ils seront "dissous" dans la
Oumma !

C'est l'erreur que font les médias occidentaux et beaucoup de journalistes, qui par ignorance à moins que ce ne soit intentionnel, reprennent l'idée sioniste, que le monde "arabe" est monolithique; quand ils amalgament les peuples du monde musulman sous des formules réductrices du genre : "Le monde arabe", "Le monde arabo-musulman" !


C'est un pilier de la stratégie sioniste que de parler d´Une nation arabe ou d'Une Oumma islamique, pour dire que les palestiniens n'ont pas besoin de pays, ni de drapeau, ni d’identité nationale, comme ils n'ont pas besoin de s'ancrer dans l'histoire ... puisqu'ils font partie de la Oumma ! Il faut juste les "reloger" !


Et pour cela la Oumma s'en chargera : Dans les années 80-90 la Jordanie était un candidat potentiel pour les installer sur son territoire. 
D'autres contrées désertiques peuvent faire l'affaire "des bédouins nomades sans terre", comme disent les sionistes. Puisque pour se faire "accorder" La Palestine par l'ONU, ils ont prétendu occuper un territoire "non peuplé", qu'ils réclament pour "un peuple sans terre, sur une terre sans peuple", pour les juifs d'Europe, après la Shoah !!


Barack Obama pense au Sinaï en Egypte, que le "frère" Mohamed Morsi était prêt à lui vendre ... pour caser ce peuple devenu encombrant pour les sionistes et source de tentions dans le monde depuis la création de l'Etat d’Israël en 1948.

Si Netanyahu s'est rapproché du Qatar et de ses protégés les "Frères musulmans", c'est parce qu'ils  œuvrent dans le sens de sa thèse !
Netanyahu n'attendrait-il pas de François Hollande un coup de pouce pour réaliser son rêve du grand Israël ? D'ailleurs Bernard Henri Lévy & Laurent Fabius n’œuvrent-ils pas dans le même sens, en soutenant les "jihadistes" mercenaires des pétromonarques ? !

Photo

Les américains ont formé et soutenu Ben Laden, et depuis tous les jihadistes de tout poil : 

tous ayant pour fondement le wahhabisme !


Et voilà comment une fois de plus le wahhabisme vient au secours du colonialisme ... cette fois-ci, celui des sionistes !!

Le wahhabisme est donc une obédience au service du  colonialisme ! Servi par des "Frères musulmans" qui ont su tout instrumentaliser : la religion, la pauvreté des gens, les femmes dont ils feront cyniquement leur porte étendard en les affublant de hijab, de burqa et de niqab, alors qu'ils les exècrent ... il en va de même de la cause palestinienne, elle aussi !! 
Quand on pense à l'hypocrisie des journalistes d'Al jazeera, voix de son maître et de celle des "frères musulmans", on ne peut qu'être choqués d'entendre leurs discours quand ils se lamentent sur le sort des palestiniens et sur celui de la Palestine ... alors que l'émir investit jusque dans les nouvelles colonies israéliennes dans des projets immobiliers, poignardant dans le dos les palestiniens ... tout comme son frère ennemi, le roi Ibn Saoud !!

A l'inverse du malékisme et du soufisme qui ont servi comme moyen de résistance au colonialisme; et ce depuis des siècles : Sidi Bou Saïd el Béji a joué un grand rôle dans la résistance à l'invasion espagnole jusqu'à les bouter de Tunis ...
Le soufi émir Abdel Kader, sera le père fondateur du nationalisme arabe, qui a servi comme moyen de lutte contre le colonialisme jusqu'à l'indépendance de l'Algérie !

Mais l'aveuglement, l'obscurantisme et le manque de patriotisme, guident Ghannouchi gui a sa revanche à prendre sur les tunisiens ... puisque sa famille adepte du Kharijisme (très proche du wahhabisme !), était marginalisée .... d'où le complexe du complexé Rached El Ghannouchi, alias Farid el Kherriji de son vrai nom ... qu'il veut soigner en prenant les tunisiens en otage de sa folie vengeresse !

C'est aux peuples de défendre leurs intérêts ! Ce que font les américains et européens en exploitant le wahhabisme pour leurs compte et en soutenant les partis politiques islamistes que fonde cette doctrine ... pour protéger la manne d'hydrocarbure, carburant nécessaire à leur économie mais aussi pour protéger leur "protégé" dans la "région", à savoir l'Etat d’Israël !
Qui le leur reprocherait ?

Depuis la nuit des temps les rapports entre les peuples sont basés avant tout sur des intérêts économiques ! Comme le dit le pragmatique Churchill : " Entre les pays il n'y a pas d'amitié, il n'y a que des intérêts !".
A chaque peuple de défendre les siens.

Donc il revient aux Tunisiens de bouter hors de Tunisie le poison colonialiste qu'est le WAHHABISME ... et de DÉGAGER ceux qui veulent l'implanter en ce pays malékite depuis des lustres, à savoir l'émir du Qatar et son valet Ghannouchi ! 
Leurs ancêtres l'avaient déjà fait !


Rachid Barnat

PS : Al Qaida, Daech, Boco Haram, les Frères musulmans .... les noms des partis islamistes changent mais ont une doctrine commune : le wahhabisme, systéme politico-religieux qui assure le trône des pétromonarques qui les soutiennent.



dimanche 24 février 2013

IL FAUT EN FINIR AVEC TOUTES LES JÉRÉMIADES


IL FAUT EN FINIR AVEC TOUTES LES JÉRÉMIADES UNE BONNE FOIS POUR TOUTE ! 
Il ne sert à rien de discuter, dénoncer critiquer .... les chiens aboient et la caravane passe est la devise de Ghannouchi et celle de ses hommes !
Les palabres ne leur servent qu'a gagner du temps pour permettre à Ghannouchi de mettre la main sur les rouage de l'Etat !
Il y arrive petit à petit mais sûrement !

Or il y a un fait que tout le monde semble oublier ou fait semblant d'oublier, et  sur lequel jouent Ghannouchi et ses hommes : la légitimité !

Mais la légitimité est terminé avec la fin du mandat que les tunisiens ont accordé aux constituants lors des élections du 23 octobre 2012 !

Quand au vide juridique c'est une supercherie monumentale de la part de l'opposition ... comme si les tunisiens se sont posé cette question en premier pour dégager celui qui les opprimait !

Les tunisiens plutôt que de perdre leur temps et leur énergie dans des manifestations minimalistes  qui, dans le fond ne dérangent pas  Nadha, devraient penser à une seule et bien organisée pour dire une bonne fois pour toute leur rejet de ceux qui les méprisent, qui leur ont volé leur révolution pour en dévoyer les objectifs en leur imposant un modéle sociétal "saoudo-wahhabite" en guise d'identité "arabo musulmane" qu'ils auraient perdue ... comme s'ils avaient fait leur révolution parcequ'ils doutaient de leur identité !

Ghannouchi se fout des tunisiens !
IMPERTURBABLE, GHANNOUCHI APPLIQUE A LA LETTRE LES METHODES DES FRERES MUSULMANS, son objectif étant la wahhabisation de la société tunisienne !

Faut-il rappeler que les révoltes qui ont fini par éjecter ZABA, n'étaient que le fait des tunisiens eux-mêmes ! Ils n'étaient cadrés ni n'ont attendu l'aide de quelques partis que ce soit !!
Alors il leur faut une nouvelle fois compter sur eux-même et DEGAGER la dictature que Ghannouchi met en place ... car plus tard ce sera trop tard !

QUAND LES APPELS AUX MANIFESTATIONS DEVIENNENT ANARCHIQUES ... la lassitude guette et les découragements aussi !

Plutôt que de multiplier les manifs, ne vaut-il pas mieux les regouper toutes :
- en une seule et gigantesque,
- regroupant les force progressistes de la société civile et politique,
- avec un seul motif fédérateur exprimant le ras le bol des tunisiens,
- avec en un seul slogan unificateur,
- et surtout bien organisée pour plus d'efficacité !

Rachid Barnat

vendredi 22 février 2013

Pour en finir avec l'islamisme


Comment se déploie le paysage politique en Tunisie après le choc ressenti par une société entière réagissant au premier assassinat politique depuis l’indépendance, le second de l’histoire contemporaine après celui du leader syndicaliste nationaliste, Farhat Hached, qui a été perpétré en décembre 1952, aux tout derniers souffles du Protectorat ? Ainsi les noms de Chokri Belaïd et de Farhat Hached seront inscrits sous la même rubrique. L’un et l’autre auront connu un sort semblable : ils ont été abattus le matin au sortir de leur domicile par des forces de l’ombre qui désespèrent de ne pouvoir infléchir l’irrévocable cours de l’histoire dont le flux s’oppose à leur conviction idéologique et à leur dessein politique. 

Pour Farhat Hached, l’énigme du crime demeure après plus de soixante ans des faits. Mais, au-delà de toute identification précise, il va de soi que c’est le lobby colonialiste qui est en cause. Et ce lobby avait sa bande armée, une organisation secrète dénommée « la main rouge » qui, à la seconde où la nouvelle de l’assassinat a  été diffusée, fut désignée par les doigts accusateurs.

Comme pour Chokri Belaïd, dont on ne connaîtra peut-être jamais les assassins. Mais immédiatement après l’acte funeste, c’est la mouvance islamiste qui s’est trouvée sur le banc des accusés. Celle-ci veut imposer son ordre à une société rétive, sourde à son message. En effet, la responsabilité du crime a été instantanément attribuée au parti islamiste Ennahda, sinon rien qu’en lui-même, du moins en raison de sa complaisance à l’égard des salafistes chez qui circule une liste noire d’ennemis à abattre sur laquelle figure le nom de la victime. S’y ajoute le document vidéo qui montre des illuminés hirsutes et barbus, dits salafistes, en tunique afghane, lançant l’anathème à partir de Zarzis contre des leaders et des militants politiques, parmi lesquels est cité Chokri Belaïd. Un autre document audiovisuel montre le ministre islamiste de l’Intérieur, un des chefs d’Ennahda, accablant dans une diatribe, Belaïd, le rendant responsable des troubles sociaux que connaît le pays, d’est en ouest, du sud au nord, faisant de lui un agent perturbateur omniscient, le situant à la place de l’homme qui empêche le projet islamiste d’éclore, appelant implicitement à l’élimination d’un obstacle qui obstrue leur chemin.  

C’est donc toute une atmosphère idéologique qui a préparé les conditions d’un tel assassinat. Pensez aussi à l’organisation quasi secrète des ligues de défense de la Révolution, milice émanant du parti islamiste d’Ennahda. Ces ligues sont l’équivalent de ce que fut « la main rouge » à la fin du Protectorat, elle-même annonciatrice de la fameuse OAS qui avait sévi pendant la guerre d’Algérie. 

L’assassinat de Belaïd aurait pu enclencher le processus de violence qui aurait entraîné le pays vers la guerre civile. Certains en rêvaient. On nous dit même que des chefs islamistes ont ordonné aux milliers de Tunisiens qui combattent sur le front syrien et au Mali de rejoindre le sol natal. Il est entendu que ce radicalisme, assoiffé de sang, trouve écho jusque dans les rangs d’Ennahda. Telle menace est, en tout état de cause, utilisée comme moyen de pression ou instrument de coercition par Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste au pouvoir. 

Or, à l’occasion des funérailles de Chokri Belaïd, quasiment une société entière a protesté et contre la virtualité de la guerre civile et contre le projet de société que veut imposer Ennahda à la communauté nationale. Plus d’un million de personnes sur une population de douze millions sont sorties dans la rue partout dans le pays pour donner libre cours à leur colère et affirmer leur refus de l’ordre islamiste, hurlant même la phobie que leur inspire le chef nahdawi Ghanouchi. Pratiquement un citoyen sur dix a rendu public son rejet et de la violence et de l’islamisme. Cette manifestation unanime montre simplement qu’historiquement le projet islamiste a peu de chance d’aboutir. Il est à contre-courant de l’énergie populaire qui produit l’histoire. Comme l’était le colonialisme face à l’inéluctable décolonisation qui consistait à recouvrer une souveraineté que l’occupation étrangère, n’ayant pu l’abolir, a maintenu en un suspens dont la levée a été maintes fois différée avant de s’imposer à travers la refondation de l’Etat postcolonial au moment des indépendances.

On est en droit d’estimer que la tentation islamiste a connu hier une circonstance historique qui l’a un temps favorisée et qu’elle rencontre aujourd’hui l’instant qui la contrarie. Instant précipité par l’incompétence des islamistes aux affaires car l’entretien des mirages et des chimères ne nourrit pas les hommes ni physiquement ni en esprit. De plus, leur façon d’agir, qui mêle ce qui appartient à la foi et ce qui est du domaine de la nécessité matérielle, abîme la religion et ruine la politique. Sans vouloir les accabler davantage, rappelons, dans le cas qui nous préoccupe, leur manquement à assumer la tâche pour laquelle ils ont été élus, à savoir la rédaction d’une constitution qui ne soit pas bancale et qui puisse satisfaire l’attente du peuple, sans temporiser, ni manipuler, ni ruser. Un peuple qui se sait musulman, qui ne ressent pas le besoin qu’on s’appesantisse sur son islamité ; un peuple qui veut, en son islam même, être en phase avec l’acquis des droits humains, de la liberté de conscience, en cohérence avec l’ère de l’individu éclairé par le libre-choix, débarrassé des assujettissements qui avaient été imposés à ses aïeux par une autocratie guidée par des normes théologico-politiques d’un autre âge. 

C’est dans ce paysage politique clarifié qu’est en train d’œuvrer la classe politique tunisienne sous l’œil vigilant de la société civile nationale et de la communauté internationale pour trouver une solution circonstanciée à la crise qui engourdit la gouvernance, solution qui devrait d’une part accorder place à tous les acteurs de l’arène politique ; remettre, d’autre part, au centre le pacte moral qui fonde la légitimité provisoire sortie des urnes le 23 octobre 2011 et qui donnait une année aux élus pour rédiger une constitution à partir de laquelle sera construite, par la médiation d’élections libres, la légitimité intégrale par quoi l’Etat connaîtrait une refondation qui régénèrera la nation. Alors, après avoir phagocyté l’islamisme, les forces vives du pays sauront porter sur les fonts baptismaux la 2e république tunisienne.
 

La Tunisie, en danger de démocratie.


Hamadi Redissi

professeur de sciences politiques à Tunis

La mort du camarade Chokri Belaïd plonge la Tunisie dans le désarroi. Ses assassins organisent la grande peur, celle qui pousse le peuple à se taire,  les intellectuels à quitter le pays, les libéraux à quitter la scène  et les petites gens à se terrer. Même le plus d’un million de personnes ayant pris part aux obsèques ne semble pas les en dissuader comme on en juge par la liste des prochaines cibles à abattre circulant depuis quelques jours sur le Net, les journaux et dans les médias.  A qui le tour ?  La révolution tunisienne est en danger. En danger de démocratie.
En effet, quel paradoxe qu’une révolution soit menacée par le but même qu’elle s’est assignée : la démocratie ! Au départ, elle est double : une révolution sociale et une révolution démocratique. Menée par des jeunes, l’ersatz  d’une classe sociale selon Karl Mannheim dans Le problème des générations, elle réunit d’un bout à l’autre les secteurs les plus reculés de la société et les plus avancés.  Lutte sociale et demande démocratique vont former une synergie qui impose un agenda disons social-démocrate bien rendu par le mot d’ordre « Pain, Dignité et  Liberté ». Mais l’enthousiasme a été de courte durée. Mise au défi électoral, la Tunisie se livre aux islamistes lors des premières élections d’une constituante tenues le 23 octobre 2011. Une machine infernale à deux vitesses se met en branle : une hégémonie politique arrogante  préparant  à terme une islamisation de la société. Ce à quoi on assiste, ce n’est ni une révolution à l’iranienne ni une évolution à la turque mais un régime hybride, un autoritarisme politiquement compétitif en vue d’islamiser la démocratie. Tel est le grand danger. Dans une de ses sorties mémorables, Chokri Belaid a même parlé de la contre-révolution au pouvoir !
Des faits récurrents montrent la volonté hégémonique de la Nahdha, y compris au sein de la troïka (outre la Nahdha, le Congrès Pour la République de Marzouki et le Forum de Ben Jaafar).  Elle s’installe dans la durée en formant un  gouvernement pléthorique (prés de 100 membres ayant rang de ministres ou de secrétaires d’Etat). Elle mène une campagne systématique contre ce qu’elle appelle les « médias de la honte ». Elle nomme partout et à tous les échelons de responsables y compris dans les ministères sensibles (les ministères de l’intérieur et de la justice). Elle traine dans la rédaction de la constitution fixée au départ pour une année mais non encore discutée en séance plénière. Du coup, nombre d’étapes corollaires sont en instance : en l’absence d’une loi électorale les prochaines élections sont  l’objet d’un renvoi sine die d’octobre 2012 à  juin 2013 (selon le premier ministre) voire en 2014 (selon le ministre de l’Enseignement supérieur) ou 2015 (selon un député). Et pour gagner encore plus de temps et en faire perdre à la Tunisie, la Nahdha décide de dissoudre  une ISIE (Instance Supérieure Indépendante des Elections) ayant fait ses preuves pour  créer une nouvelle institution contrôlée par les vainqueurs. Autant dire, la « dictature électorale » est en passe de devenir une  dictature tout court : des milices organisées dans Les Ligues de la Protection de la Révolution légalisées après les élections par le ministre de l’intérieur islamiste sèment la terreur. Elles finissent par assassiner début octobre le représentant régional (Tataouine) du principal parti d’opposition Nidaa Tounes. Et pour verrouiller le système, la troïka propose d’interdire aux responsables politiques durant  le règne de Ben Ali de participer à la vie politique pour dix ans.    
Entre temps une seconde dictature est en marche.  Enhardies par la victoire d’Ennahdha, des hordes salafistes paradent régulièrement dans les rues, agressent physiquement les plus vulnérables, les artistes, les intellectuels, les journalistes et les femmes. Rien qu’à l’Université, 35 incidents sont répertoriés en 2012. Récemment, elles se mettent à pallier à la défaillance de l’Etat en faisant la police dans les quartiers. L’espace public s’islamise. Quatre partis salafistes hostiles à une démocratie « impie » sont légalisés. Des associations religieuses prolifèrent (près de 300), y compris une association de la promotion de la vertu sur le modèle saoudien dirigée par Adel Almi, un ancien marchand de légumes.  La Tunisie accueille des prêcheurs étrangers. Ils font « la visite guidée » des mosquées. Ils  disent ce que la Nahada n’ose pas dire publiquement, la haine des femmes, des juifs et des laïcs.  En Tunisie révolutionnaire, des  jihadistes se proclamant ouvertement  d’al-Qaida, officient librement, accordent des interviews et tiennent des meetings. Au 15 septembre, encadrés par la police nationale,  des islamistes de tous bords attaquent l’ambassade des Etats Unis en protestation contre le film L’innocence des musulmans. Des communautés de vie salafistes se forment à la lisière du droit, dans des quartiers populaires et certaines régions. Les mœurs s’orientalisent à travers un nouveau « monde de la vie » : le niqab, les mariages groupés organisés par la Nahdha, les mariages extra-légaux salafistes, les jardins d’enfants religieux… La Tunisie se « wahhabise » comme en témoignent les destructions de 40 mausolées soufis dans l’indifférence généralisée, le dernier en date celui de Sidi Bou Saïd. Dans ces conditions, l’assassinat de Belaïd est  dans la logique des choses. Il cible le plus farouche des résistants. En danger, la révolution est prise en otage par  des politiciens amateurs, de mauvais experts d’idéologues velléitaires. Leur domination semble toucher à sa fin.