vendredi 31 janvier 2014

L’Isie dans la gueule du loup


Le Centre national de l’informatique est dirigé par un PDG et un SG nommés par le parti islamiste et acquis au mouvement Ennahdha. L’actuelle Isie est pourtant en pourparlers avec le centre en vue de lui confier la sous-traitance des données informatiques en relation avec les élections. Il y a péril en la demeure !

Le jeudi 23 janvier, Chafik Sarsar, président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections, accompagné de son vice-président, Mourad Ben Moula, ainsi que du responsable informatique de l’instance, Riadh Bouhouchi, effectuaient une visite de travail au Centre national de l’informatique (CNI). La réunion qui a duré quelques heures, avait pour objectif  de renouveler la collaboration entre les deux structures. Un partenariat qui a commencé en 2011, lors de la préparation des premières élections tunisiennes ayant suivi la chute du régime de Ben Ali. On clôt la réunion sur un accord : le CNI met en place une équipe de travail sur le prochain rendez-vous électoral. En attendant, l’Isie lui précisera les services dont elle aura besoin en matière de traitement des données informatiques.

Face à ce projet bilatéral dont on ne connaît pas encore les contours et le périmètre (il peut s’étendre encore plus qu’en 2011, jusqu’au dépouillement et au traitement des résultats du scrutin), des craintes, des doutes et des soupçons sont exprimés par des cadres travaillant au sein même du CNI. « Le président-directeur général, Mohamed Menif, et son secrétaire général, Safia Zebidi, nommés par les deux derniers gouvernements dominés par le mouvement Ennahda, sont loin de l’impartialité et de la neutralité requises pour garantir la fiabilité de la gestion des bases de données électorales », affirme un cadre du CNI, témoignant sous le couvert de l’anonymat.

Il tire la sonnette d’alarme : « Le nouveau chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, a promis de réviser les nominations partisanes en relation avec l’échiquier électoral. Urgent : il devrait commencer à partir de notre centre. C’est là que l’instrumentalisation des prochaines échéances électorales  se déroulera! ».

« Toutes les manipulations sont possibles ! »

Très curieux semble le parcours de la dame de fer du CNI, dont le pouvoir aujourd’hui dépasse de loin, selon plusieurs témoignages, celui de son PDG. Ingénieure principale, âgée de 46 ans, de sensibilité islamiste depuis toujours, enseignante à ses heures de loisirs dans une école coranique à Halfaouine,  Safia Zebidi était simple chef de division il y a encore quelques mois. Le parti Ennahda la propose, la soutient et défend bec et ongles sa candidature en tant que représentante des ingénieurs au sein de la nouvelle Isie. 

Entre-temps, le poste de SG du CNI est vacant pour départ à la retraire de  l’ancien responsable. On fait poiroter les trois postulants à cette fonction, tous des directeurs compétents et chevronnés…jusqu’à la sélection finale des représentants de l’instance dirigée aujourd’hui par Chafik Sarsar. Le nom de Safia Zebidi ne paraît pas sur la liste de l’équipe de l’instance des élections. « Trop proche d’Ennahdha », a estimé la commission de sélection de l’ANC. En contrepartie, le ministre des Technologies de l’Information et de la Communication et, surtout, son chef de cabinet, Mongi Thameur, membre du Conseil de la choura, faisant fi du principe de la méritocratie, la promeuvent et l’imposent, contre toute attente SG du CNI ! 

« Je crains le pire. Pourquoi ? 
- Tout simplement parce que le CNI dispose du fichier des électeurs, constitué sur la base de recoupements de plusieurs sources, qu’il sera amené à épurer et à actualiser. 
- Il lui revient également d’affecter les électeurs dans les bureaux de vote et de connecter ces bureaux à l’Isie. 
- Le moindre vice de forme peut porter atteinte à l’intégrité des élections. 
- De plus, toutes ces données peuvent être gérées et manipulées à merci ! 
- Imaginez en plus si dans la prochaine demande de prestation de services qui nous sera transmise dans les prochains jours, on incluait le dépouillement des résultats du scrutin…», 
soutient notre source.

Scénarios catastrophe

A défaut de la garantie d’un CNI neutre, Moez Bouraoui, président d’Atid, échafaude un scénario inspiré de l’ambiance actuelle de crise de confiance généralisée qui règne dans le pays  : « Si la liste des électeurs tombait entre les mains d’un parti, il pourrait en disposer à sa guise, en achetant des voix, en influençant d’autres et même en démarchant des électeurs à domicile, notamment ceux qui sont dans le besoin ».

Ancien PDG du CNI dans les années 2000, sans incarner un des « azlem » (les hommes de l’ancien système) de Ben Ali, puisqu’il était directeur de l’informatique de l’ancienne Isie, Mongi Miled, actuel président de l’Ordre des ingénieurs, situe les possibilités de trafic sur un autre niveau : « Puisqu’il revient au CNI d’affecter les électeurs dans les centres de vote, il y a moyen de répartir les électeurs inscrits entre les bureaux de vote de façon à optimiser le nombre de voix recueillies  par le parti qui a une influence sur le CNI ».

Mais qu’est-ce qui oblige l’Isie à recourir aux services du Centre national de l’informatique ?
« Rien », réplique Kamel Jendoubi, président de l’ancienne instance électorale. 
« En plus, répond-il, la nouvelle loi, selon le principe de la transparence, oblige l’Isie à publier un appel d’offres public concernant la gestion du volet informatique. Cela n’a  pas eu lieu à mon avis. Il n’est pas dit que le CNI soit le meilleur vis-à-vis de l’Instance, surtout si des soupçons pèsent sur sa neutralité. 

On s’est précipité sur le centre soi-disant pour gagner du temps. Alors qu’il existe d’autres boîtes en Tunisie capables de faire le boulot. D’ailleurs la démarche de l’appel d’offres permet de choisir la proposition, qui garantit le mieux la fiabilité des données et une efficacité économique optimale. Libre alors au CNI de se positionner parmi les candidats ! ».

Certes, les élections d’octobre 2011 se sont déroulées, comme le rappelle Souad Triki, vice-présidente de l’ancienne Isie, dans un contexte différent, moins marqué de méfiance et d’incertitude : « Le gouvernement dirigé par Béji Caïed Essebsi, point concerné par les enjeux politiques de l’époque, voulait faire réussir coûte que coûte ce premier rendez-vous des Tunisiens avec une pratique démocratique. L’administration nous a beaucoup soutenus ». 

Or, selon Kamel Jendoubi,  pour que l’Isie soit réellement indépendante et libre, il faudrait qu’elle arrête de sous-traiter ses bases de données, et qu’elle soit en possession directe de  son software : fichiers, bases de données, sources, registres électoraux. 
« Pourquoi ne pas créer un service informatique au sein de l’instance électorale en possession de tous ces éléments ? », s’interroge celui qui a assuré les premières élections libres en Tunisie.

Un constituant fait l'éloge du consensus !

CONSENSUS, CONSENSUS ... MAIS A QUEL PRIX !

Faut-il rappeler les reculades de l'opposition sur les conditions qu'elle posait pour légitimer des constituants dont le mandat est caduque depuis le 23 octobre 2012 ?
Faut-il rappeler les meurtres et les assassinats politiques dont celui de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi ... toujours pas élucidés ??
R.B

Député Nida Tounès à l’ANC (circonscription France Nord)


Constitution, ISIE, Gouvernement et consensus : Trois succès, une leçon !

La Tunisie a incontestablement marqué des points ces dernières semaines sur le plan de la reconquête de sa crédibilité sur la scène internationale, même si la situation demeure difficile au plan intérieur en matière économique et sociale et toujours incertaine sur le volet sécuritaire, malgré une accalmie que l'on voudrait espérer durable.
La donne a en effet changé avec l'adoption de la Constitution, qui plus est à une large majorité de 200 voix sur 216 et avec un contenu souvent jugé comme offrant de solides garanties en matière démocratique et de droits de l'Homme. Mais il y a aussi eu la mise en place de l'ISIE qui permet d'espérer des élections fin 2014, et, enfin, l'investiture du gouvernement de M. Mehdi Jomâa qui, avec 149 voix obtenues, se paye même le luxe de dépasser de 6 voix le score de son prédécesseur.
Consensus après les crises
La réussite de ce triple examen, qui s'est beaucoup fait attendre, était en effet la condition nécessaire pour que la Tunisie se donne une chance de sortir les voyants du rouge. C'est ce qu'attendaient ses partenaires potentiels et les acteurs économiques pour disposer de plus de lisibilité avant de s'engager sur des investissements ou une coopération plus approfondie.
Or, ces trois dernières réalisations ont un point commun essentiel: la capacité nouvelle de la classe politique tunisienne à parvenir au consensus, y compris quand il apparait irréalisable ou après de graves crises comme celles ayant suivi les assassinats de Chokri Bélaïd et Mohamed Brahmi. Autrement dit, si le consensus n'est jamais facile à atteindre lorsque les antagonismes sont forts, cette expérience montre qu'il reste le meilleur gage de restauration de la crédibilité internationale d'un pays en transition démocratique comme la Tunisie, comme de la confiance de sa population qui attend toujours un impact concret et positif sur son quotidien.
Dans ces conditions - et étant précisé qu'on ne négocie qu'entre adversaires - la méthode qui a fait ses preuve ne devrait-elle pas logiquement devenir celle à homologuer pour l'avenir?
Car à regarder de plus près comment se sont construits ces trois succès, on voit que chacun des processus est passé par une grave crise qui s'est au final avérée salutaire, puisqu'à chaque fois un consensus relativement large était au rendez-vous. Le tout sur fond de dialogue national chapeauté par le Quartet UGTT/UTICA/LTDH/Ordre des avocats parallèlement aux négociations entre forces en présence à l'ANC avec une représentation non négligeable du "front du refus" du dialogue national. Ce dernier ne manquera pas de susciter quelques fausses notes et démonstrations de force d'Ennahdha et ses alliés, d'ailleurs interchangeables au gré des situations. La modification du règlement intérieur de l'ANC, passée en force avant que le Quartet n'en impose le retrait, en est un bon exemple.
En effet, dans l'ordre de réalisation, l'élection de l'ISIE, avant d'aboutir à porter à sa tête le Professeur Chafik Sarsar, avait connu un premier blocage prolongé en raison de l'hostilité d'Ennahdha à celui qu'elle acceptera finalement de porter à sa présidence, en raison du soutien peut-être trop appuyé que lui apportait l'opposition, ceci bien qu'il s'agisse d'une personnalité unanimement reconnue pour sa compétence académique et son indépendance politique. S'ajoutait à cela un blocage persistant sur un des neufs sièges à pourvoir et la démission d'un des candidats fraîchement élus.
Puis, le processus sera gelé avec le retrait des députés de l'opposition de l'ANC, dont le retour en commission de tri des candidatures de l'ISIE trois mois plus tard, dans un contexte encore très tendu et sans que ne soit encore levé leur boycott des séances et autres commissions de l'ANC, a tout de même fini par aboutir à un accord entre blocs opposés sur les noms restants.
Négociation en amont et pragmatisme
Sur la Constitution aussi, le score final de 200 voix sur 217 était loin d'être acquis au départ, vu notamment les fortes crispations autour du volet de la justice, de la place de la religion dans l'ordre constitutionnel et du blocage révélé d'entrée entre partisans d'un régime parlementaire autour d'Ennahdha et ceux d'un régime mixte ralliant l'opposition et les deux autres partis de la troïka.
Encore une fois, c'est la négociation préalable qui a favorisé la solution plutôt à l'avantage de... l'opposition! Un scénario inespéré au vu du rapport de force de départ et du contenu de la copie finale. On peut alors se demander pour quelle raison Ennahdha, qui a largement prouvé sa capacité à dominer l'ANC par le jeu d'alliances interchangeables, pouvait céder autant par rapport à ses positions de départ dans le cadre d'une négociation entre quatre murs tout en faisant preuve d'une intransigeance absolue lors des votes en séance plénière. Peut-être en raison de son refus de "perdre la face" publiquement devant l'opinion en plénière retransmise en direct afin de continuer d'être vue comme une force dominante? L'opposition a en tous cas compris l'intérêt de négocier en amont pour se donner plus de chances de faire prévaloir ses positions. Il en a notamment était ainsi dans le "sprint final" sur le fameux article 6 et la difficile recherche d'équilibre entre interdiction du "takfir" (excommunication) et protection du sacré où, après d'âpres négociations et bien des remous, un texte a fini par être largement adopté en plénière.
Enfin, pour l'investiture du gouvernement Jomâa, qui doit aussi être vue comme l'aboutissement de la sortie de crise résultant de l'assassinat de Mohamed Brahmi, une crise d'un autre type est venue s'inviter lors de la séance d'investiture avec des accusations portées contre certains candidats qui auraient pu faire basculer le vote. Le chef du gouvernement proposé devait en effet déjà compter avec l'hostilité du "front du refus du dialogue national" et de plusieurs composantes de l'opposition dénonçant justement l'absence de réel consensus dans sa désignation. S'ajoutait à cela les doutes provoqués chez bon nombre d'élus, surtout indépendants, sur quatre ministres potentiels, et principalement les attaques portées contre la candidate au ministère du Tourisme, accusée de s'être rendue en Israël.
En effet, à défaut d'une explication claire et convaincante que le chef du gouvernement finira par apporter, ce point est très vite apparu au cours des débats comme le véritable talon d'Achille de cette équipe, bien plus que la mise en cause du candidat au ministère de la Justice pour avoir entretenu une certaine proximité avec le régime de Ben Ali, ou l'hostilité au code du statut personnel attribuée au ministre proposé pour les Affaires religieuse, ou encore le bilan du ministre de l'Intérieur dont la reconduction était proposée. En effet, une "coalition des contre" aurait pu coûter son investiture à ce gouvernement. Mais, encore une fois, le pragmatisme l'a sans doute emporté quand une large majorité de députés, malgré de réelles réserves, a sans doute préféré écarter le risque pour la Tunisie de rester sans gouvernement, tout en gardant à l'esprit qu'un ministre indésirable ou inefficace au sein de cette équipe reconnue comme comportant de grandes compétences, pouvait toujours être censuré par la suite, même si la majorité requise avait été portée aux 3/5èmes des élus de l'ANC au lieu de la majorité simple.
Si cette expérience confirme que les consensus se dégagent quasiment toujours dans la douleur sur les questions conflictuelles, elle apporte aussi une belle leçon de pragmatisme sans doute déjà prometteuse pour l'avenir de la Tunisie pour lequel on pourrait peut-être enfin se dire raisonnablement optimistes.

jeudi 30 janvier 2014

La Constitution est une chose, son application en est une autre

Les journalistes occidentaux trop optimistes ...
Heureusement qu'il y a des spécialistes pour tempérer leur enthousiasme (suspect) !

R.B


Pierre Vermeren
Professeur à l'Université Paris 1 et spécialiste du Maghreb.
Que faut-il retenir de la Constitution tunisienne? 

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On a souvent comparé la révolution tunisienne à d'autres. Il n'existe pas de règle en Histoire, mais, comme lors de la Révolution française, il a fallu à peu près trois ans pour aboutir au vote d'une Constitution. Ce processus, qui a été beaucoup critiqué, est parvenu à son terme: le texte constitutionnel a été signé, adopté puis célébré dans la joie par la classe politique tout entière. C'est d'abord un grand événement historique.  
En deuxième lieu, ce texte est le fruit d'un compromis entre des forces politiques antagonistes, avec, d'un côté, un camp libéral et laïc qui s'est renforcé, et de l'autre, un camp islamiste qui n'envisageait pas la politique comme un espace de négociation. Ces rivaux ont été obligés de s'entendre, par crainte et refus de la guerre civile. La société tunisienne n'a pas voulu sombrer dans la violence, comme naguère en Algérie ou aujourd'hui en Syrie. Même les islamistes, qui, dans un premier temps, avaient tenté de terroriser le camp d'en face, ont fini par combattre de l'intérieur leurs éléments les plus violents. La fierté nationaliste l'a finalement emporté.  

Après le vote de la Constitution et l'installation du nouveau gouvernement, composé de technocrates, le processus de transition démocratique est-il achevé ? Enfin, cette Constitution va plus loin que celle, déjà progressiste, de Habib Bourguiba, en 1959. Elle contient, certes, des ambiguïtés, mais elle est la première, dans le monde arabe, à proclamer la liberté de conscience. De même que l'égalité homme-femme en matière de droits civiques. Elle instaure un régime bicéphale, donc équilibré, dans lequel les pouvoirs sont partagés entre le gouvernement et le président de la République. Si l'on ajoute l'indépendance de la justice et la liberté de la presse, la Tunisie dispose désormais des instruments pour édifier un Etat de droit. C'est sans précédent ! 

Certainement pas. La rédaction de la Constitution est une chose, son application en est une autre. Les islamistes et les laïcs vont continuer à s'affronter sur son interprétation. La Tunisie est un Etat civil, mais sa religion est l'islam. Il peut y avoir des jurisprudences très divergentes. Avec 146 articles, ce long texte comporte de nombreuses niches où des ambiguïtés peuvent se loger. Le conflit peut surgir à tout moment. 

La crise politique, ouverte après les assassinats des députés d'opposition Chokri Belaïd et Mohamed Brami, est-elle terminée? 

Pas encore. Certes, la Tunisie a désormais un gouvernement de technocrates, mais il risque d'être rapidement contesté par une population qui subit de plein fouet la crise économique, sociale et sécuritaire. Les convulsions vont se poursuivre et se succéder, car la situation politique n'est pas stabilisée. Les leaders de chaque camp sont âgés. Les islamistes sont, pour l'instant, tenus par la personnalité de Rached Ghannouchi, mais sa succession risque de poser des problèmes internes. Même s'il est discrédité, le président Moncef Marzouki, de son côté, n'a pas rendu les armes. Quant à la gauche, beaucoup de ses représentants préfèrent rester dans l'opposition. Les élections à venir permettront de faire émerger peu à peu une nouvelle élite politique.  

Le parti Ennahda a fait beaucoup de concessions et le Premier ministre, issu de ses rangs, a fini par démissionner. Les islamistes sont-ils pour autant affaiblis? 

Non. Car les islamistes raisonnent à long terme. Rappelons d'où ils viennent: leur accession au pouvoir, après les élections de 2011, était inespérée. A l'époque, ils sortaient tout juste des geôles de Ben Ali. Ce qui s'est passé en Egypte, où l'armée a repris le pouvoir par la force et jeté en prison des milliers de Frères musulmans, a fait peur aux leaders d'Ennahda, qui craignaient d'être renvoyés derrière les barreaux. 

Aujourd'hui, le plus important pour eux est de conserver un pied dans l'appareil d'Etat pour mener à bien leur projet de réislamisation de la société. La signature, par le Premier ministre, Ali Larayedh, du texte constitutionnel a permis de donner au parti une dimension historique à son action, malgré un bilan gouvernemental très contesté.  
Les islamistes restent le premier groupe politique au Parlement jusqu'aux nouvelles élections et, donc, des acteurs incontournables de la transition. Leur modération sur la fin de leur mandat porte ses fruits: Ennahda est repassé en tête des intentions de vote dans les sondages. Même s'ils arrivent en tête lors du prochain scrutin, ils n'auront pas la majorité absolue et seront obligés de composer. Cet équilibre des forces devrait sauver la Tunisie. 

Propos recueillis par ,
Pour l'express  

Et si la Constitution tunisienne n'était qu'un cheval de Troie?

Quasi-unanimement, les médias ont accueilli la nouvelle Constitution tunisienne comme une révolution copernicienne en matière de démocratie, de liberté et de respect des droits de l'homme. À croire que cette Constitution a été faite beaucoup plus pour susciter ce genre d'unanimisme que pour répondre aux revendications réelles du peuple tunisien, qui ne s'est pas insurgé pour avoir une nouvelle Constitution, ni même une assemblée constituante, mais pour conquérir la justice sociale et obtenir le droit au travail, condition sine qua non de la dignité et de la liberté. Les Tunisiens aspiraient à des "droits objectifs", mais ont leur a offert des "droits subjectifs", pour emprunter ces catégories à la terminologie marxiste.
Dans cette nouvelle euphorie médiatique, après celle du "printemps arabe" qui a tourné au cauchemar islamiste, ce n'est plus la Turquie d'Erdogan qui est le modèle archétypal de l'islamisme "modéré", mais la Tunisie de Ghannouchi. Ternie par la vague de répression et par la corruption qui gangrène son système politique et économique, la Turquie aux ambitions néo-ottomanes a été déclassée au profit de l'idéal-type tunisien, qu'on a érigé en modèle idoine sans prendre la peine d'établir le bilan social, politique, économique et sécuritaire des trois années écoulées, ni même d'analyser dans leur clair-obscur les 149 articles de cette Constitution interminable et bien trop syncrétique et hétérogène pour être authentiquement libérale. De l'État qui soutient le sport (article 43) à l'écologie (article 45), en passant par le dialogue des civilisations (article 42), le développement durable (article 12) ou l'obligation de l'État à "enraciner l'identité arabo-musulmane" (article 39), tout y est dans cette ratatouille constitutionnelle afin que tout le monde puisse s'y retrouver, y compris nos partenaires occidentaux.
Tout y est sauf l'essentiel qui fonde un État de droit civilisé et sécularisé, à l'éthique et à la normativité sinon résolument laïques, du moins compatibles avec le positivisme juridique et l'humanisme universaliste. Cet essentiel se résume à trois mesures qui auraient alors justifié l'unanimisme médiatique: l'inscription de la Charte universelle des droits de l'homme dans le préambule de la Constitution, l'abolition de la peine de mort, et la distinction, pour ne pas dire la séparation, du religieux et du politique, impératif de la sécularisation, signe de la modernité et condition nécessaire d'une démocratie saine, fiable et à l'abri des tentations théocratiques.
Certes, la nouvelle Constitution aurait pu être bien pire. Galvanisé par une victoire électorale qui n'a pas encore livré tous ses secrets, le chef des Frères musulmans tunisiens avait déclaré dès 2011 que la charia sera l'une des sources de la Constitution. Il a dû par la suite revoir à la baisse son inclination théocratique, non guère parce que les islamistes tunisiens sont pour le monde arabe ce que les démocrates chrétiens sont pour l'Europe, ou que l'islamisme est soluble dans la démocratie, comme l'affirme une certaine légende médiatique, mais parce que la société civile, principalement sa composante féministe, s'est mobilisée pour défendre ses acquis hérités de l'ère Bourguiba, que son successeur a eu le mérite de maintenir et de consolider.
D'où mon étonnement et ma consternation de lire dans certains grands quotidiens parisiens que la nouvelle Constitution tunisienne est un chef d'œuvre démocratique et une avancée exceptionnelle au sein du monde arabe, parce qu'elle stipule que "Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs" (article 21). On feint d'ignorer ainsi, ou on oublie que la Tunisie était, en effet, une exception arabe et islamique depuis 1956, année de la proclamation par décret beylical de l'égalité entre l'homme et la femme et de l'abolition de la polygamie. On occulte le fait indéniable que c'est à l'aube de l'indépendance et grâce au génie réformateur de Bourguiba, qui n'était alors que Premier ministre, que cette égalité s'est imposée à une société soumise, par atavisme culturel et ignorance, aux injonctions d'une chaste religieuse réactionnaire et polygame. Bourguiba avait eu la clairvoyance et l'audace politique de traduire en acte les aspirations des réformistes tunisiens, notamment Tahar haddad qui, dès 1930, publiait son célèbre essai "Notre femme dans la charia et dans la société".
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On a également magnifié cette Constitution parce qu'elle "garantit la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes" (article 6). On oublie là aussi que dans son article 5, la Constitution du 1er juin 1959 stipulait que "La République tunisienne garantit l'inviolabilité de la personne humaine et la liberté de conscience et protège le libre exercice des cultes". Mieux encore, si les zélotes de l'islamisme "modéré" avaient pris la peine de consulter l'histoire d'un pays dont ils se disent spécialistes, ils auraient appris que la liberté de conscience et de culte était déjà inscrite dans la Constitution du 26 avril 1861!
Ce qui a en revanche échappé aux zélateurs de cette Constitution "exceptionnelle", c'est l'article premier qui laisse planer l’ambiguïté sur l'islam comme religion du pays ou de l'État. C'est aussi la première phrase de l'article 6, à savoir que "L'État est gardien de la religion", mission sacerdotale qui n'existait point dans la Constitution de 1959 et qui est en parfaite contradiction avec le préambule de la nouvelle Constitution qui indique que "l'État est civil"! Est-ce la vocation d'un État civil de protéger la religion, qui plus est s'engage "à protéger les sacrés et à interdire d'y porter atteinte"? Et que les essentialistes et les culturalistes ne justifient pas ce paradoxe criant en invoquant hypocritement la sacro-sainte spécificité identitaire tunisienne. Non, l'islam n'a pas besoin de gardien, que celui-ci soit un individu, un parti, une institution religieuse ou, encore moins, un État. Et ce n'est pas un philosophe égaré dans les Lumières qui le dit mais Allah lui-même: "Nous avons fait descendre le Coran et Nous en sommes les gardiens exclusifs" (sourate 9)! Toute alliance du religieux et du politique, du spirituel et du temporel, du sacré et du profane, mène à moyen et long termes à la disparition du religieux et la destruction du politique. Comme l'avait si justement écrit Tocqueville, "En s'unissant aux différentes puissances politiques, la religion ne saurait contracter qu'une alliance onéreuse. Elle n'a pas besoin de leur secours pour vivre, et en les servant elle peut mourir".
Nonobstant tous ses artifices libéraux et ses oxymores progressistes, tout indique que la nouvelle Constitution tunisienne a été faite pour anesthésier les Tunisiens et séduire les occidentaux. Le plus troublant dans cette Constitution, c'est son inclination à la perfection. Or, en politique comme en philosophie, ce qui est parfait est intrinsèquement totalitaire ! Le Coran aussi est un corpus parfait et cette perfection est même considérée comme un dogme islamique. Et pourtant, certains obscurantistes ont fait du Coran un manuel de barbarie et un guide pour terroristes ; alors que d'autres, depuis l'aube de l'islam, en avaient extrait un hymne à la tolérance, à la haute spiritualité et à l'humanisme. Tout est donc question d'interprétation et de praxis, et cela vaut aussi bien pour le Coran que pour la nouvelle Constitution tunisienne.
"Notre Constitution est le Coran", telle est la devise fondatrice et l'essence même de l'idéologie des Frères musulmans dès leur création en 1928, une idéologie fondamentalement théocratique et totalitaire. Son représentant tunisien le sait si bien que lors d'une rencontre en octobre 2012 avec ses partisans salafistes, qui redoutaient une Constitution non conforme à la charia, il a eu cette phrase symptomatique pour leur expliquer sa stratégie: "Quand est-ce que les textes constitutionnels ont-ils ligoté les États"? En d'autres termes, faisons aux laïcs et aux femmes toutes les concessions, répondons à toutes les attentes de l'Occident, et lorsque nous serons suffisamment forts et à l'abri d'un retournement de situation à l'égyptienne, nous réaliserons notre projet islamiste. Une stratégie que l'on pourrait confondre avec le gradualisme gramscien ou la politique des étapes chère à Bourguiba, mais qui est en fait une tactique propre à la secte des Frères musulmans et qui s'articule autour de la duplicité, du secret et de la taquiyya.
Comme le dit si bien Ghannouchi, les textes constitutionnels n'ont jamais ligoté les États. Les dérives autoritaires ou totalitaires des États n'étaient pas des dérives de leurs constitutions, qui étaient d'ailleurs souvent parfaites, mais des déviations des hommes au pouvoir. Les constitutions ne sont que l'énonciation de principes généraux et fondamentaux qui sont censés se traduire par la suite en lois, en règles de droit et en actions politiques. Selon Carl Schmitt, l'éminent juriste allemand dont la "Théorie de la Constitution" offrait une doctrine systématique de l'État de droit démocratique et parlementaire et dont la théorisation de l'inviolabilité de la Constitution n'a pas empêché de se fourvoyer par la suite dans l'apologie de l'État hitlérien, "la constitution de Weimar fut belle, presque parfaite juridiquement, mais trop belle encore pour être politique". C'est cette Constitution là qui a permis la transition graduelle de la République de Weimar au Troisième Reich et qui a fourni à un malade mental l'occasion d'usurper démocratiquement le pouvoir.

L'ANC N'A PLUS DE RAISON D’ÊTRE !

Article paru dans : 
Kapitalis
Agoravox

LES CONSTITUANTS DOIVENT RENDRE LEUR TABLIER
Le 23 octobre 2011, les tunisiens ont été appelés aux urnes pour la constitution d'une ANC ! Le mandat accordé aux constituants était clair : rédiger une nouvelle constitution ! Ils viennent de rendre avec beaucoup de retard leur copie et depuis l'adoption de la nouvelle constitution, leur mandat est terminé : ils doivent rendre leur tablier et l'ANC doit être purement et simplement dissoute !
La démocratie c'est aussi respecter la volonté du peuple et que les élus respectent le mandat qu'il leur accorde !!
Faut-il rappeler que les constituants ont perdu leur légitimité le 23 octobre 2012, qui correspondait à la fin du mandat de un an que les tunisiens leur avaient accordé !
Leur mission est terminée depuis le 28 janvier 2014, après l'adoption du texte définitif de la constitution !

Le maintien de l'ANC, constitue un danger pour la démocratie en Tunisie.
L'ANC n'a plus de raison d'être après le vote de confiance au gouvernement de Mehdi Jomaa et l'adoption de la Constitution.
La gestion du pays sans parlement, se fera de la même manière que lors de la phase de transition gouvernée par Béji Caïd Essebsi ! 
Il s'agit de quelques mois, le temps d'organiser les élections législative et présidentielle !!
Le pays survivra sans ANC comme il a survécu à deux années de gouvernances catastrophiques par les frères musulmans nahdhaouis qui domine l'ANC et la troïka du gouvernement !!

Béji Caïd Essebsi a gouverné par ordonnances et a confié à un comité consensuel l'organisation des élections et la rédaction de la loi électorale ! Mehdi Jomaa peut faire de même !!
Le "consensus des partis", le "quartet", le "dialogue national" ... servent à çà aussi et pas uniquement à servir Ghannouchi !!
Ce qui aura le mérite :
- de ne plus laisser des constituants illégitimes, parasiter le gouvernement de leur incompétence,
- et surtout de soustraire le pays à la main mise de Ghannouchi qui continuera à faire la pluie et le beau temps en Tunisie jouant d'une légitimité accordée par l'opposition et nullement par le peuple !!! 

Il faut que l'Opposition et la société civile cessent leur suivisme derrière un Ghannouchi toujours aussi vindicatif et aussi arrogant !
Car il faut être naïf pour ne pas comprendre pourquoi Ghannouchi exige le maintient de l'ANC : il y détient la majorité et veut s'en servir ! Comme il exige le maintien de Lotfi Ben Jeddou au ministère de l'intérieur qu'il a infiltré de ses hommes ... alors que logiquement ce ministre doit partir pour avoir failli et pour avoir fait parti d'un gouvernement qui a failli !! S'il y tient tant, c'est qu'il a des idées derrière la tête : manipuler les scrutins à venir, en reprenant des pratiques d'avant le 14 janvier 2011 ! Et l'opposition pourra dire adieu à la "neutralité du gouvernement de technocrates" qu'elle n'a cessé d'exiger car il sera sous le contrôle de Ghannouchi ... et donc forcément POLITIQUE !

Il y a d'ailleurs un test absolument essentiel et qui devrait nous éclairer rapidement :
- si le gouvernement ne revient pas sur certaines nominations, par exemple les gouverneurs à la botte d'Ennahdha,
- s'il ne dissout pas rapidement les Ligues dites de "protection de la révoltions";
alors les tunisiens doivent comprendre que les élections ne seront pas transparentes.

On a mis en évidence les liens existant entre l'ISIE et le Centre Informatique, lequel est noyauté par les nahdhaouis ! Pensez-vous sérieusement dans ces conditions que l'on aura des élections libres, honnêtes et transparentes ?

Pour ceux qui naïvement font mine de croire que les islamistes sont devenus raisonnables et ont admis certains principes de la démocratie comme ceux des droits de l'homme, qu'ils n'oublient pas qu'ils ont affaire à l'organisation des Frères musulmans ! Leur recul n'est que stratégique et il faut s'attendre à tout de ces gens là !!
Faut-il que les peuples dits "arabes" se voient imposer le totalitarisme islamiste par les américains, eux qui ont combattu les totalitarismes fasciste et communiste ... jusqu'à l'obsession pour ce dernier avec le Maccarthysme ! Et que l'Union Européenne, "suiviste", en fasse autant ? 

L'Opposition doit cesser de jouer le jeu de Ghannouchi ... 
A moins que son jeu ne cache autre chose !


Rachid Barnat

mercredi 29 janvier 2014

Quand les incompétents jugent des compétents

La constitution a été finalisée, votée et signée. Ouf !
Elle vaut ce qu’elle vaut, mais on revient de loin au vue de la première ébauche de juin 2012.
Certes elle représente toutes les tendances et en cela elle est remarquable, mais certains articles et notamment l’article 6 sur la protection du sacré, restent assez équivoques.
Tout est dans l’interprétation qu’on en fera car avec Ennahdha et son double langage, rien n’est sûr.


Gouvernement Jomaa: en finir avec un provisoire qui n'a que trop duré
Mardi c’était au tour du nouveau gouvernement de passer sur le grill.
Après des heures d’auditions, de palabres en tous genres, d’élucubrations, notre célèbre cirque Ammar (ANC) a enfin approuvé le nouveau gouvernement.
Il est assez risible de voir nos incompétences nationales juger nos compétences internationales.
En effet le CV professionnel des nouveaux ministres n’est en aucune mesure comparable à celui de leur prédécesseurs, que dire de celui des députés de l’ANC qui à part une minorité, ne passeraient même pas le cap d’une sélection pour postuler à un poste de laveur de vitres.
Conscients de ce décalage, les députés complexés par cette supériorité intellectuelle et professionnelle voulurent faire comprendre à ces pointures dans leurs domaines, que même si eux ne connaissaient que les pointures de leurs chaussures, ils avaient malgré tout la capacité de les refuser.

Sûr de leur pouvoir, ils se délectèrent à chercher des poux dans la tête de personnes qui, sommes toutes et contrairement à eux, n’avaient jamais rien demandé.
Bien au contraire, évoluant dans les sphères internationales ou étant des élites dans leur milieu professionnel en Tunisie, ces personnes ont été sollicitées pour aider leur pays, mettant entre parenthèse leur activité professionnelle pour quelques mois.
Mais pour un Ibrahim Kassas, louagiste de son état, ou pour une Samia Abbou la Thénardière droit sortie du roman de Victor Hugo « Les misérables », le contraste était si flagrant qu’il fallait rabaisser le caquet de ses impertinents.
Le CV long comme un bras de ces nouveaux Ministres bardés de diplômes des plus prestigieuses universités, donnaient des sueurs froides à nos artistes du cirque, qui pour les comprendre devaient les faire passer par la barre Google translation pour traduire des termes qui n’ont jamais fait partis de leurs vocabulaires.
D’un air hautain ils toisaient ces nouveaux venus qui par leur seule présence, allaient leur voler la vedette en mettant en avant leur incompétence sans rien avoir à faire, justes en énumérant leurs seules qualités connues et reconnues.

Ce nouveau gouvernement tout beau, tout neuf (à l’exception d’un) tout propre sur lui, provoqua un tel choc en comparaison de l’ancien et surtout des députés de l’ANC, que même les plus septiques se mirent à les soutenir.
Comparé à eux, l’ANC ressemblait plus à la cour des miracles qu’à une assemblée de députés.
Conscient de la supériorité de ces technocrates, l’ANC se devait coûte que coûte leur signifiait que leur sort dépendait d’elle.
Elle leur fit passer un entretien d’embauche, comme s’il s’agissait de simples vendeurs de fripes.
Sauf qu’en l’occurrence c’était les plus mauvais qui étaient chargés d’approuver les meilleurs.
Et cela leur a prit des heures et des heures.
Bien sur on a eu droit aux nouvelles clowneries de Kassas qui avec son bac moins douze se sentait plus que capable de juger des "bacs plus douze".

Comme toujours les tunisiens nageant à contre courant de l’ANC, soutinrent ce gouvernement qui ne les emballait pas de primes abords, le premier Ministre ayant été approuvée par le grand gourou de la secte des frères musulmans, Rached Ghannouchi.
Mais ce qu'Ennahdha ne veut pas, le peuple le veut et vice versa.

Pour ne pas déroger à leur habitude, le vote d’approbation pour ce gouvernement ne passa qu’à 1 heure du matin, obligeant les tunisiens à veiller une fois de plus.
L’ANC faisant passer les lois relatives à leur financement généralement tard dans la nuit, il valait mieux rester réveillé, on ne sait jamais, des fois qu’ils auraient voulu s’augmenter (leurs salaires) encore une fois ou se voter une nouvelle prime pour les heures supplémentaires qu’ils ont effectué cette semaine.

Enfin, nous avons une nouvelle constitution, un nouveau gouvernement, mais le peuple n’est pas sorti en liesse dans les rues pour fêter çà ! 

Non le peuple ne descendra dans la rue pour fêter sa joie, que le jour où on fermera définitivement les portes du Cirque Ammar et qu’on renverra ses artistes chez eux afin qu’on ne les voit plus.

Les islamistes : les morts-nés du "printemps arabe" ?

Les islamistes perdent du terrain : les peuples "arabo musulmans" après
avoir goûté à leur islamisme, commencent à les rejeter !!
R.B.

Ecole centrale de Paris

S'il y avait encore un dernier doute sur une candidature du courant islamiste à l'élection présidentielle d'avril, il est désormais levé. L'annonce, le 25 janvier, par le Mouvement pour la société et la paix (MSP, principal parti islamiste) du boycott de ce scrutin a définitivement clos le débat timoré de la participation des partis islamistes à ce rendez-vous électoral.
Le parti d'Abderrazak Makri, qui a fréquenté les allées du pouvoir sous la présidence de son ancien patron, Bouguerra Soltani [qui avait apporté un soutien inconditionnel à la candidature de Bouteflika en 2009], a emboîté le pas à une autre formation islamiste, Ennahda ["La Renaissance", parti formé en 1989] de Djaballah qui avait ouvert le premier les hostilités contre le prochain scrutin.
Ces réactions en solo ont fait oublier l'attelage islamiste de l'Alliance verte composée de certains partis islamistes, dont le MSP. Une coalition que ses animateurs ont présentée comme un foudre de guerre, et qui a disparu des radars depuis les élections législatives [mai 2012], où le courant islamiste avait été laminé.
L'arrivée d'Abderrazak Makri [en mai 2013] à la tête du MSP, qui a recadré les positions idéologiques et politiques du parti en le situant dans le camp de l'opposition, avait laissé penser que ce parti s'était affranchi de la tutelle du gouvernement pour mieux sauter et se lancer à l'assaut du pouvoir. Et se poser comme le fer de lance et le creuset de l'opposition avec ce secret espoir de mobiliser, au-delà de sa famille naturelle, les autres forces et sensibilités plurielles opposées au régime.
Mais il reste que les tendances lourdes de la nouvelle carte politique, qui se sont dessinées ces dernières années, font apparaître un courant islamiste éclaté, divisé et doutant comme jamais auparavant de sa capacité de mobilisation et de son étoile pour gouverner.

Le tsunami des "printemps arabes"
Le forfait déclaré par le courant islamiste avec toutes ses sensibilités participe-t-il d'une analyse froide et objective des réalités politiques du pays, qui n'encouragent pas les acteurs politiques à se jeter dans la bataille électorale parce que l'on considère que les dés sont pipés, encore une fois ? L'argument, bien que partagé par d'autres courants politiques dont les forces démocratiques, cache mal les véritables raisons du climat de fronde électorale dans lequel s'est installé le courant islamiste.
La décrue du projet islamiste, qui avait commencé avec la disqualification du parti dissous responsable de la décennie noire [Front islamique du salut (FIS), dissous en 1991] s'est poursuivie avec l'entrisme des partis islamistes qui se sont fourvoyés avec le pouvoir en acceptant de jouer le rôle de faire-valoir et de gage virtuel de la cohésion politique et sociale retrouvée, en contrepartie de postes au sein de l'exécutif et dans les institutions élues. Le tsunami des "printemps arabes" qui a porté au pinacle les islamistes arrivés au pouvoir à la faveur d'élections régulières et libres dans certains cas, comme en Tunisie et en Egypte avant que la rue ne se retourne contre ses "libérateurs", a fait le reste.
Les modèles tunisien, égyptien et, avant eux, l'expérience turque qui fait office de projet de société référentielle pour le courant islamiste dit modéré dont se réclament les islamistes qui s'inscrivent dans la dynamique républicaine, ne font plus recette. Dans ces pays, les courants islamistes qui sont parvenus au pouvoir à la faveur de votes protestataires contre les régimes autocratiques en place n'ont pas eu le temps de savourer leur victoire qu'ils sont déjà contestés et combattus farouchement par les mêmes électeurs qui leur ont accordé leurs suffrages. Les dérives totalitaires par lesquelles se sont distingués ces nouveaux raïs ont remis au goût du jour les interrogations et les inquiétudes sur le processus politique et démocratique qui s'opère, dans ces pays, lentement et dans la douleur.

Des dirigeants aphones
Alors, le boycottage par les partis islamistes du prochain scrutin présidentiel en Algérie procède-t-il d'un choix tactique lié à la conjoncture interne et régionale, défavorable à ce courant, dans laquelle se tiendra cette élection ? Une chose est certaine, c'est que le solde négatif frisant l'insolvabilité qu'affiche le courant islamiste dans le contexte de ce scrutin est à la fois le résultat d'une gouvernance interne à cette mouvance et de facteurs exogènes.
Les bouleversements politiques que connaissent certains pays arabes ont complètement changé les termes du débat sur la transition politique dans ces pays et dans les capitales étrangères. L'Algérie n'est pas en reste de ces mutations politiques profondes qui agitent la région. Le courant islamiste que l'on a présenté comme une réalité sociétale, politique incontournable qu'on ne peut exclure du processus politique et du pouvoir, voire comme un facteur de légitimation du pouvoir, n'est plus appréhendé avec les mêmes présupposés politiques et le même intérêt qu'hier, chez nous et à l'extérieur. Signe des temps, même certains dirigeants de l'ancien parti dissous, qui s'invitaient par le passé à distance dans le débat électoral, sont aujourd'hui aphones.