jeudi 3 juillet 2014

Un billet d'humeur

Jean Daniel " Le défaitisme, et j’ai pu en faire l’expérience toute ma vie, a quelque chose de hideux, comme un affaissement avant la chute.
Mais le raisonnement le plus réaliste, le plus modeste, est de toute façon qu’il faut tenir pour sacrée la devise selon laquelle la division c’est la mort. 

Autrement dit, voulez-vous éviter la mort de la gauche ? Évitez la division, toujours et partout, quoi qu’il en coûte. 
Simplement parce qu’il n’y a aucun salut sans le rassemblement, sans l’union, sans l’unité. C’est ce qu’écrivait déjà Ibn Khaldoun, philosophe arabe du XIVe siècle ".
R.B

Nizar Bahloul  

Oui, la gauche peut mourir


Enfin une bonne nouvelle. Depuis le départ de la Troïka du pouvoir, le pays n’en a pas eu vraiment. Nos deux compatriotes Laâroussi Gantassi et Mohamed Ben Cheïkh, otages des Libyens, ont été libérés hier et sont rentrés parmi nous. Il fallait une prise d’otage qui s’achève bien pour que l’on souffle un peu et que l’on dise « nous avons enfin de bonnes nouvelles ».
Sinon, et mise à part cette parenthèse joyeuse, la situation demeure inchangée. Le dinar est en chute libre, l’économie chancelante, le président de la République fait sa campagne avec l’argent du contribuable, les Islamistes travaillent la leur comme des fourmis disciplinées et silencieuses et la gauche fait la sienne à coups de peaux de bananes et de crêpage de chignons. Ah oui, j’ai failli oublier, l’été pointe son nez et Ramadan est déjà arrivé. Pour la gauche dite moderniste, cela signifie trois mois de vacances, de congés, de festivals et de farniente. Rendez-vous en septembre les cigales.

Il y a quinze jours, le Premier ministre français Manuel Valls a prononcé une prophétie. C’était devant le conseil national du Parti socialiste (son parti) lorsqu’il déclare devant ses camarades : « Oui, la gauche peut mourir ». Le contexte : le risque de voir arriver Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2017.
Commentant cette prophétie, Jean Daniel, directeur du Nouvel Obs, a écrit dans l’avant-dernier de son magazine : « Si on prenait à la lettre Manuel Valls, qui relève à la fois du prince charmant et du héros intrépide, on pourrait croire que l’on ne puisse plus faire appel qu’à la peur pour s’en tirer. C’est un terrain glissant aujourd’hui où le pessimisme français explose, et où, lorsqu’on regarde à l’extérieur, le contexte mondial ne permet guère d’espérance. (…) 
Maintenant, si vous me demandez dans quelle mesure cette mort de la gauche est inévitable, je vous répondrai que dans tous les cas le défaitisme, et j’ai pu en faire l’expérience toute ma vie, a quelque chose de hideux, comme un affaissement avant la chute.
Bien sûr, cela ne doit pas nous conduire à faire n’importe quoi. Mais le raisonnement le plus réaliste, le plus modeste, est de toute façon qu’il faut tenir pour sacrée la devise selon laquelle la division c’est la mort. Autrement dit, voulez-vous éviter la mort de la gauche ? Evitez la division, toujours et partout, quoi qu’il en coûte. Simplement parce qu’il n’y a aucun salut sans le rassemblement, sans l’union, sans l’unité. C’est ce qu’écrivait déjà Ibn Khaldoun, philosophe arabe du XIVe siècle.
 »

Vous l’avez compris, et malgré des contextes en apparence différents, la réalité de la gauche française ne diffère pas trop de celle tunisienne. Ici et là, il y a un repli identitaire et un refus de ce monde extérieur qui nous menace par son hégémonie, ses lois et ses incertitudes.
Jean Daniel cite Ibn Khladoun pour appeler au rassemblent des siens. Chez nous, sur cette terre qui l’a enfanté, nous avons oublié notre Ibn Khaldoun. Nul n’est prophète en son pays.
La gauche française souffre de divisions et la gauche tunisienne de même. La droite française souffre également de quelques scandales. La droite tunisienne, si on peut l’appeler ainsi, n’y échappe pas. Il suffit de voir le CPR, son implosion et les scandales de ses dirigeants. Restent les extrêmes. Le Front national en France, Ennahdha en Tunisie. Marine Le Pen a beau crier sur tous les toits qu’elle n’est pas extrémiste, qu’elle n’est pas comme son père, rien n’y fait, elle ne réussit pas à obtenir grâce auprès de l’élite bien pensante, celles des médias et des politiques.
Idem en Tunisie. Rached Ghannouchi a beau crier sur tous les toits que son mouvement n’a plus rien à voir avec les attentats et atrocités des années 80-90, qu’il a changé et qu'il est profondément républicain et civil, rien n’y fait. Celle qui se considère comme élite le rejette.
Mais ce qui est valable pour Marine Le Pen est également valable pour Rached Ghannouchi, la masse populaire leur est acquise. Cette même masse que « l’élite » (entre guillemets) taxe d’irréfléchie et d’irresponsable.

Que faire alors ? La solution est simple. Elle a été dite par Ibn Khaldoun, elle vient d’être rappelée par Jean Daniel. Qu’on n’écoute pas l’élite d’aujourd’hui, puisqu’on met en doute son élitisme. Soit ! Mais qu’on écoute l’élite d’hier, celle qui a inscrit en lettres d’or son nom dans l’Histoire. Leaders de la gauche, unissez-vous et asseyez-vous sur vos égos ! Si le parti islamiste l’emporte, c’en est fini de la Tunisie, telle que nous l’avons toujours connue. Il n’y aura plus que deux choix si Ennahdha l’emporte, une fin à l’iranienne ou une fin à l’égyptienne.
Le spectre d’une telle fin ne vous fait-il pas peur ? Quand on voit le comportement des différents leaders des partis de gauche, allant de Nidaa au Massar en passant par Al Joumhouri, je ne peux que donner raison à Jean Daniel lorsqu’il parle de l’actualité de son pays : « on pourrait croire que l’on ne puisse plus faire appel qu’à la peur pour s’en tirer ».
 

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