lundi 27 juillet 2015

Nidaa Tounes est-il encore crédible ?

LA SOLUTION NIDAA, DEVIENT LE PROBLÈME
Elle est vertigineuse la vitesse avec laquelle le parti Nidaa Tounes est passé du statut d’une prospective de solution aux menaces qui pesaient sur l’avenir du pays du fait de la politique de la Troïka et surtout du parti Ennahdha, au statut de principal problème sur la voie de la concrétisation de la transition démocratique et progressiste en Tunisie.
La trahison des engagements du début de l’existence du Nidaa, ceux de la campagne électorale (malicieux par ailleurs) et ceux pris avec la masse des cadres et militants ( supérieurs en nombre à ceux de Nidaa) et qui constituaient la force de frappe, de mobilisation, d’encadrement et de sympathie en faveur de Nidaa d’avant même la mobilisation pour al-rahil (dégages !) et jusqu’aux élections d’Octobre et de Novembre 2014… Le Nidaa, par sa trahison des engagements, a confirmé cet adage réactionnaire et rétrograde qui dit qu’en politique, les engagements n’engagent que ceux qui ont voulu bien y croire…
Cela dit et après cette expérience douteuse que le Nidaa a engagé depuis les élections législatives, (et qui mérite une analyse approfondie), une question politique et stratégique (à la lumière se son importance) se pose : Faut-il sauver ou participer au sauvetage de Nidaa de sa décomposition politique, idéologique (ce serait trop) et morale, ou bien faut-il engager une réflexion critique et pratique (ensuite) pour le dépasser ? La réponse à cette question est capitale ! Certaines tentatives sont en cours et il semble que cette tendance va en s’amplifiant qualitativement dans l’avenir immédiat.
Faut-il sauver le soldat Nidaa ?
1) Quand il a été constitué, le Nidaa se voulait une force de rééquilibrage du paysage politique tunisien face à « l’hégémonie » de la Troïka et principalement celle d’Ennahdha. Il a choisi une formule intelligente de sa composition qui consiste à fédérer trois courants de pensées politiques (Les nationalistes d’extraction destourienne, des militants et activistes indépendants issus de la société civile et des militants ayant eu des expériences dans les mouvements politiques de gauche mêlant à la fois d’ex communistes, des gauchistes et des nationalistes arabes). L’option était bonne (et elle le reste) son application l’était moins comme on le verra par la suite.
L’autre caractéristique de Nidaa réside dans le fait que l’assemblage des différents courants et militants qui composent la plate forme de sa naissance s’est faite sur un seul fait majeur, le personnage et le rôle de son chef politique : Béji Caïd Essebsi.
Point donc de vision politique élaborée, point de programme politique d’une alternative, point de stratégie d’action, d’autant plus que l’improvisation au niveau organisationnel a engendré une image d’un parti médiatique plus que celle d’un parti de masse, de cadres ou de militants. Parti d’une initiative très particulière, sa naissance et son existence étaient très datées. La conjoncture politique lui était extraordinairement favorable et qu’il n’a pas su mettre à son profit au maximum, mais son évolution a hérité de ces aspects particuliers qui devinrent petit à petit des inconvénients presque … indépassables.
2) L’autre facteur qui a joué en faveur de Nidaa et qui a gonflé - à terme - son évolution et son succès électoral, réside dans la perception qu’avait eu un large courant d’opinion publique (électeurs, militants politiques et associatifs, cadres, associations, intellectuels, syndicalistes…) et qui s’est représenté le parti Nidaa comme un mouvement politique démocrate, capable d’être le barrage politique contre l’évolution dictatoriale rampante de l’islamisme politique d’Ennahdha et de ses alliés; et capable d’être le fer de lance de la lutte contre les tensions en plus des autres tâches politiques de redressement national après les quatre années de catastrophes sur tous les niveaux de la vie publique et nationale. Mieux encore, ce large courant de l’opinion publique s’est représenté le parti Nidaa comme la force de défense du projet de société moderne et démocratique menacé par l’islamisme politique.
Cette perception est la clef fondamentale de l’explication du succès électoral de Nidaa. Mais celui-ci a vite mis en miettes cette perception. BCE est apparu rapidement après son élection en tant que Président, dégagé de ses engagements d’avant les élections et a rapidement perdu la main du commandement au sein de Nidaa. Ce dernier, après la victoire, a immédiatement rompu le contrat moral avec ses bases, ses alliés et ses électeurs en engageant une alliance avec le parti Ennahdha. Les décideurs (épars et ennemis parfois entre eux, au sein de Nidaa) se sont plus occupés de la distribution et de la consommation des parts du gâteau de la victoire électorale, que d’élaborer une vision et un programme politique pour le sauvetage du pays des crises politiques, socio-économique après un chaos gouvernemental depuis janvier 2011.
La descente aux enfers de Nidaa
Le parti Nidaa a rapidement (en un temps record) changé d'image : D’un parti sauveur à un parti traître. Il a perdu son âme puisqu’il a laissé tomber sa cause de départ. Ses dirigeants ont rapidement pris le costume des arrivistes arrivés… sans odeur ni saveur et sans couleur. 
Les ennemis de l’intégrisme se sont mus en ses défenseurs plus ou moins zélés au nom du réalisme (bien-sur), le fameux réalisme qui cache tout … ce qui est nauséabond. Le manque d’expérience et le manque de préparation en plus de l’opportunisme ont déclenché un processus d’improvisation très effrénée au niveau de l’action gouvernementale (non pilotée par un vrai parti dominant). Cette improvisation touche tous les secteurs et imprègne la politique nationale d’une marque de médiocrité rare. Exemples : Enseignement primaire et secondaire, santé, coût de la vie, réformes économiques, sans oublier les secteurs où le bât blesse le plus, à savoir la stratégie de lutte contre le terrorisme et la diplomatie…Le parti Nidaa n’ayant ni vision politique générale à long terme, ni un projet politique ou un programme, ni une direction digne de ce nom après le départ de son fondateur,  n’a pas alimenté un gouvernement ... écartelé entre quatre partis que rien n’unit et que tout lie !
L’opinion publique et les divers acteurs ont aujourd’hui l'impression de vivre une crise nationale et gouvernementale née de la crise qui a rongé le parti Nidaa.
  • Au delà de la perception que l’on peut avoir du parti Nidaa, à le voir évoluer comme il le fait actuellement, il est plus important de repérer les facettes multiples de ses faiblesses, qui à coup sûr, sont à l’origine de la défection de la sympathie populaire et élitaire à son égard.
  • BCE, une fois élu et malgré son souci d’assurer sa succession à la tête du parti par un proche (qui serait son propre fils) se détourne quelque peu du parti et le laisse à ses démons. A moins que cette attitude soit une méthode pour réaliser ses propres plans. Mais les choses évoluent dans d’autres directions.
  • La direction effective du parti (un quarteron avec alliés) se mobilise pour prendre en otage les structures et les moyens du parti, en livrant des guerres de positions contre tous les concurrents actuels et éventuels …
  • Les destouriens (avec deux têtes), divisés, dominés et marginalisés sont conscients qu’ils n’ont servi qu’à assurer la victoire de leurs adversaires au sein du parti.
  • Le courant des militants associatifs et de gauche qui n’ont pas partie liée avec le noyau dirigeant (pour cause de conflits d’ambitions personnelles), ronge son frein face à leur marginalisation rampante.
  • Les structures régionales (tansikiyet) sont en proie à la division et au dédoublement au point que les militants déserteurs deviennent supérieurs en nombre à ceux qui restent dans le rang.
  • Nombre de ministres et de députés du Nidaa sont dans une perspective de positionnement par rapport à cette guerre de tous contre tous qui domine les structures dirigeantes (BE, BP).
  • Tout ce beau monde a les yeux rivés sur le congrès constitutif hypothétique et qui sera à la lumière de cette réalité une guerre sans merci ou un non événement.
  • Le parti Nidaa, dépourvu de projet politique et de vision stratégique ne saura pas réaliser une unité politique et organisationnelle sur des bases saines; et il ne réalisera - s’il ne se réforme pas radicalement - qu’un assemblage provisoire d’ambitions personnelles. C’est là où réside la perte et la défaite. Tout le bricolage, mis en branle ces dernières semaines (surtout après la fameuse haraka tasshihiya) ne saurait résoudre les vrais problèmes que le parti Nidaa affronte dans la peine et surtout celle de ses militants engouffrés dans un désespoir certain. Il est possible qu’il n’est plus question de sauver le soldat Nidaa.

La Tunisie, un pays arabe ?

Le tunisien aurait-il le complexe de l'arabité ? Pourtant certains se voudraient plus arabes que les arabes d'Arabie. Ce qui fait rire les arabes d'Arabie qui tiennent à la pureté de leur ethnie bédouine du désert d'Arabie et méprisent tout prétendu arabe.
R.B
sayah
Les Tunisiens, par on ne sait quel enchantement, semblent vouloir revenir sur leur passé pour se définir comme Arabes. Or, il semble extrêmement réducteur de réduire la culture tunisienne à l’arabité. Ce compromis artificiel repose sur le désir de se rattacher à un passé glorieux.
“ Nous les Arabes avons fait … Nous les Arabes avons inventé … Nous sommes fiers d’être Arabes… ! ”. Ces phrases semblent si artificielles dans la bouche d’un tunisien !
La culture tunisienne et les tunisiens sont-ils arabes ?
Certes, l’influence arabe a été grande dans la construction de la culture tunisienne. Suite aux invasions arabes du 7e siècle, les Arabes ont su éliminer de la culture tunisienne les vestiges de son passé païen et chrétien. La Tunisie, avant d’être arabe, a été successivement, phénicienne, carthaginoise ou punique, province romaine, chrétienne, siège de l’Église d’Afrique. Elle est ensuite passée sous domination vandale, puis byzantine pour être enfin conquise par les Arabes.
Les Arabes ont su imposer leur langue en Tunisie, ainsi que leur religion. En cela, la Tunisie a été profondément arabe pendant un millénaire, dans la période médiévale.
La conquête ottomane a permis à la Tunisie une certaine émancipation. La Tunisie ottomane est devenue, comme Istanbul, et d’autres cités ottomanes, une terre d’accueil, cosmopolite. La culture tunisienne a alors été redessinée, non seulement par l’influence turque, mais également à travers les innombrables vagues immigratoires de peuples étrangers vers la Tunisie. Tunis, notamment, était un véritable melting pot dès le 17e siècle. Y cohabitaient et s’y mêlaient des populations aux origines et aux langues diverses : arabes, juifs séfarades, berbères, maures, sénégalais, maliens, soudanais, espagnols, siciliens, italiens, sardes, maltais, français, grecs, chypriotes, turcs, géorgiens, abkhazes, circassiens et autres peuples du Caucase etc. En cela, la Tunisie était ottomane car elle ressemblait au reste de l’Empire ottoman : mosaïque pluriethnique, multiconfessionnelle et essentiellement méditerranéenne.
Ces nombreux peuples n’ont pas simplement transité par les terres tunisiennes. Ils s’y sont installés, y ont vécu, apportant avec eux leur culture et leur langue. Ainsi, la lange et la culture tunisiennes, qui n’étaient plus qu’arabes à la fin du Moyen-âge, se sont-elles enrichies de mille influences, pour devenir uniques, originales, et surtout méditerranéennes.
Cette Tunisie, à travers la mise en place du Beylicat et de sa stabilité, est restée ottomane et méditerranéenne. La dernière influence à s'ajouter à cette mosaïque : c'est la culture française, par l’instauration du Protectorat.
C’est le fruit de ce mélange qui constitue notre culture actuelle, sachant que la culture proprement tunisienne s’est formée pendant la période ottomane.
Certains Tunisiens, semblent vouloir revenir sur leur passé pour se définir comme Arabes. Or, il semble extrêmement réducteur de réduire la culture tunisienne à l’arabité. Ce compromis artificiel repose sur le désir de se rattacher à un passé glorieux, celui de Haroun El Rachid, de l’Empire Arabe qui s’est étendu de l’Espagne jusqu'en Inde… Mais vouloir s’attribuer une gloire qui nous est étrangère, et à laquelle nous n’avons pas participé, me semble être le symptôme d’un profond malaise. Et puis, il semble difficile de comprendre que l’on puisse être fier d’être Arabe (surtout quand on n’est pas arabe), c’est à dire de se rattacher à une culture et un peuple qui vit dans un obscur moyen-âge depuis le 16e siècle, et dont on a du mal à le voir en sortir.
On aurait pu trouver plus glorieux et moins agonisant dans notre histoire pour raviver notre fierté : Carthage, Rome, l’Empire Ottoman …
Mais ce que je vous propose ici, ce n’est pas d’affirmer de manière pathétique notre fierté pour un passé auquel nous n’avons pas participé. Je vous propose plutôt d’affirmer la réalité de ce que nous sommes.
Si les pays voisins du Maghreb peuvent de manière réaliste se déclarer Arabo-Berbères, les Tunisiens ne le peuvent pas, du fait des spécificités de leur histoire, des multiples conquêtes, et des mille origines de ce peuple et de cette culture. Certains arabes voient dans la Tunisie une sorte de culture bâtarde, ni Arabe ni Occidentale, ou bien un peu des deux. Ceux-là n’ont rien compris, à part le fait que nous ne sommes pas arabes, du moins pas seulement. Nous ne sommes pas plus arabes qu’italiens ou turcs.
La culture tunisienne est unique, originale, elle a été façonnée par les échanges et les implantations de nombreux peuples. Nous sommes avant tout tunisiens, et il serait stupide de renier l’essentiel de notre culture pour nous dire arabes. La culture tunisienne est cette mosaïque méditerranéenne unique en son genre. Nous ne pouvons pas réduire la Tunisie à un sous-ensemble de sa culture. Tout au plus, peut-on dire que la culture tunisienne est avant tout tunisienne, mais qu’elle s’insère dans la culture méditerranéenne et ottomane. C’est aussi cette spécificité culturelle qui a permis à la Tunisie d’accéder à la modernité, voyant apparaître des thèses rationalistes et en faveur de l’émancipation de la Femme, chez les théologiens tunisiens, tels que Cheikh Salem Bouhageb, dès le 19e siècle, alors que la femme est encore au stade d'objet dans le reste du monde arabe qui ne nous ressemble pas.
Cette affirmation se vérifie lorsqu’un Tunisien confronte un étranger : il comprendra sans doute mieux la langue maltaise que celle du Yéménite ou même du Marocain; il s’identifiera plus facilement aux mœurs du Grec ou du Sicilien qu’à celles du Libyen ou du Koweïtien; il reconnaîtra une partie de ses plats nationaux à la table du Turc, de l’Arménien, du Circassien, tous Ottomans, de l’Algérien, maghrébin comme lui, mais ne saurait nommer un plat saoudien !
Cela conduit à affirmer que les Tunisiens, bien avant d’être arabes, sont méditerranéens !

dimanche 26 juillet 2015

LE SOUFISME DANS L'ÂME DES TUNISIENS

Article paru dans : Kapitalis

Si le soufisme est la célébration de l’humanité, 
le wahhabisme est sa négation !

Le remake du spectacle "El Hadhra" du talentueux Fadhel Jaziri a été l’un des grands moments du festival de Carthage.
El-Hadhra-Carthage
L’invocation des saints et la louange d’Allah 
sont une quête initiatique et une voie spirituelle menant au "trésor caché" de l’âme.

Ce qui frappait de prime abord, quand on entrait dans l’amphithéâtre romain de Carthage, en cette chaude soirée du samedi 25 juillet, c’était l’immense foule disciplinée qui se dirigeait dans le calme vers ce lieu magique comme pour communier avec Fadhel Jaziri, grand adepte du soufisme, natif de la médina de Tunis, et ami d’enfance d’un autre célèbre Tunisois, l’écrivain Abdelwahab Meddeb, qui nous a quittés il y a quelques mois.
Une heure avant le début du spectacle, l’amphithéâtre antique était archi-comble de spectateurs ravis de renouer avec leur identité religieuse immémoriale, façonnée par des siècles d’islam malékite et de soufisme, la mystique musulmane.
Ce spectacle a-t-il été programmé pour le 25 juillet par hasard ? Les organisateurs en ont-ils fixé le prix unique à 25 dinars par hasard, sommes modique pour permettre aux plus grand nombre de fêter dans la joie, en ce 25 juillet, la fête de la république tunisienne, proclamée en 1957 ? On se le demande.
Feux-artifices-CarthageLes feux d’artifice du 25 juillet.
Pour cette occasion, les organisateurs nous ont offert un magnifique bouquet de feu d’artifice en prélude au spectacle d’ "El-Hadhra’".
Parmi les invités d’honneur, il y avait Habib Essid, chef du premier gouvernement, issu des premières élections libres et démocratiques tunisiennes. Il portait la "jebba", tenue traditionnelle tunisienne, qui lui sied bien, comme pour affirmer aux Tunisiens son attachement à l’identité nationale façonnée depuis des siècles par le malékisme et le soufisme, n’en déplaise à ceux qui voudraient la remplacer par une autre venue du désert d'Arabie.
Le spectacle se compose de chants et de danses soufis où Fadhel Jaziri a repris des thèmes puisés dans le patrimoine liturgique, musical et rythmique tunisien, lui qui a côtoyé dans son enfance les "zaouias" de la médina de Tunis, lieux de culte et de méditation, dédiés à la mémoire de saints hommes, théologiens et hommes de lettres, adeptes du soufisme. A travers ce spectacle, le metteur en scène a voulu, également, partager ses souvenirs et communier avec un public, marqué lui aussi par cette même culture.
D’ailleurs, le spectacle ne se passait pas uniquement sur scène; il était aussi sur les gradins où jeunes et moins jeunes chantaient en chœur avec la troupe et dansaient, entraînés par les rythmes des "bendirs" (percussion) indispensables pour ce genre de cérémonie religieuse appelée "hadhra", qu’on pourrait traduire par "présence", "apparition"… où, par le chant, la musique et la danse, certains entrent en transe et croient voir Allah … Foudroyés ou médusés par cette apparition, beaucoup s’évanouissent… ce que Fadhel Jaziri traduit par la mort spirituelle du danseur qui perd connaissance et que d’autres danseurs évacuent de la scène, tel un mort, à bout de bras, après qu’il ait atteint le paroxysme de l’extase : fondre dans l’entité divine et faire un avec Allah. Car, dans le chant soufi, l’invocation des saints et la louange d’Allah sont une quête initiatique et une voie spirituelle menant au "trésor caché" de l’âme pour en jouir.
El-Hadhra-Carthage-4Fondre dans l’entité divine et faire un avec Allah.
Dans la nouvelle version de ce spectacle, Fadhel Jaziri a pris la gageure d'innover en mariant les instruments de musique traditionnels à ceux de notre époque. Pari d’autant plus gagné que le saxophone, la batterie et la guitare électrique ont trouvé leur place dans ce spectacle traditionnel sans le dénaturer; bien au contraire, ils en ont accentué les effets, dans le but ultime de toucher et émouvoir jusqu’à l’extase les spectateurs. Le tout servi par une scénographie moderne qui a su tirer le meilleur profit des possibilités offertes par la scène de l’amphithéâtre antique et ses équipements de son et d’éclairage.
El-Hadhra-Carthage-3
                      Une scénographie moderne qui a su tirer le meilleur profit des possibilités offertes par la scène de l’amphithéâtre antique.

Bref, Fadhel Jaziri a réalisé ce dont rêvait son ami Abdelwahab Meddeb, le grand absent : un spectacle dont la spiritualité ancrée dans la tradition islamique s’insère sans difficulté dans une vision universelle ! Pour preuve : deux familles françaises, assises devant nous, sur les gradins, étaient ravies du spectacle : enfants et parents dansaient aux côtés des Tunisiens sur une musique qui les prenait eux aussi, aux tripes.
Fadhel-Jaziri-ministre-de-la-cultureFadhel Jaziri félicité par la ministre de la Culture Latifa Lakhdar après le spectacle.
Fadhel Jaziri nous fait voyager dans les différentes confréries soufies en visitant le répertoire très riche d'Afrique du Nord, du nord au sud de la Tunisie jusqu'au Maroc avec les instruments des chanteurs "ghnaouas" (les ghanéens) : "chkachak", sorte de castagnettes en cuivre, que les moins jeunes ont connu dans leur enfance, quand "bousadia" généralement un homme noir portant en guise de "jupe" des lanières en peaux de bêtes, passait dans les rues réveiller les jeûneurs pour prendre le "shour", leur dernier repas avant le le début du jeûne.

Il a choisi la forme la plus ouverte du soufisme où la mixité hommes-femmes est pratiquée aussi bien pour le chant que pour la danse; et où les barrières raciales n'existent plus. D'où le mélange de danseurs noirs et de danseurs blancs arborant des tenues "stylisées" évoquant les confréries des différentes régions de Tunisie jusqu'en Turquie avec leurs derviches tourneurs. Les danseurs étaient beaux et les tableaux qu'ils nous offraient l'étaient tout autant. 

D’entendre et de voir les milliers de Tunisiens présents à ce spectacle communier avec leur patrimoine commun qu’est le soufisme, on se demande si, consciemment ou inconsciemment, ils ne rentrent pas en résistance contre le wahhabisme envahissant que les salafistes et autres Frères musulmans tentent de leur inculquer; obédience pour laquelle le chant, la danse, la poésie… sont interdits comme moyens d’accéder à Allah; puisque le dieu d’amour des soufis devient le "dieu la terreur" chez les néo-salafistes et les extrémistes de tous poils auquel ils veulent soumettre les hommes par la force, la violence et le terrorisme.
Fadhel Jaziri pense que les chants liturgiques sont une forme de célébration indispensable pour les Tunisiens et un moyen d’apaiser, le temps d’un spectacle, leurs peines du moment et de remplir leur cœur de paix et d’amour. Et il a bien raison de faire une telle piqûre de rappel à ses compatriotes pour qu’ils n’oublient jamais les racines de leur "tunisianité", constituée, sur le plan religieux, de malékisme et du soufisme, ayant façonné leur caractère si particulier !
Bravo à tous les artistes et aux organisateurs d’avoir, le temps d’un spectacle, permis aux Tunisiens présents à Carthage une immersion dans leur mémoire collective.
Rachid Barnat


lundi 20 juillet 2015

Une histoire de voile ...





PURETÉ ET IMPURETÉ, OU COMMENT LES DÉESSES SONT TOMBÉES DE LEUR PIÉDESTAL !
Il fut un temps où les dieux étaient des déesses tant la femme intriguait les hommes par ses menstrues, par ses accouchements, par son allaitement, par la vie qu'elle donne .... toutes ces choses lui conférant un pouvoir mystérieux dont les hommes, n'en comprenant rien, ont fini par la déifier !
L'homme enviant le pouvoir de la femme, va finir par la jalouser et essayer de le lui usurper. Et que mieux pour l'écarter du Temple que de l'accuser de le souiller par ses menstrues qu'il jugera impures pour justifier sa déchéance ?
Les religions monothéistes vont "affiner" cette notion d'impureté, jusqu'à accabler la femme de tous les maux de la terre ! L'un des mythes fondateurs des religions monothéistes n'est-il pas révélateur du désir des hommes d'écarter les femmes de tout pouvoir "religieux" ? Ève s'est rendue coupable de l'expulsion d'Adam du paradis pour lui avoir "ouvert" les yeux sur son pouvoir de reproduction en le séduisant, lui faisant perdre son innocence en l'initiant à la Connaissance ! Ce qui a provoqué la colère de Dieu qui les a condamnés à souffrir sur terre pour racheter leur faute pour pouvoir regagner le paradis.
Ce mythe constituera le Péché Originel, fondement des religions monothéistes, dont la femme sera châtiée éternellement en lui rappelant son impureté !
Et voilà comment l'homme a fini par prendre l’ascendant sur la femme en prenant le contrôle de son corps; jusqu'à lui nier le droit de vivre que certains extrémistes poussent à la mise à mort symbolique, en l'affublant vivante de son linceul; sinon par la mort effective !
Le voile, est le symbole de cette domination des femmes par les hommes qui ont pris le contrôle de leur utérus et se sont appropriés leur corps.
Qu'en pensent les femmes d'aujourd'hui ? Les féministes ont compris la supercherie des hommes et commencent à dénoncer le procès d'impureté qui leur est fait par les barbus des trois religions monothéistes, pour combattre la phallocratie et son pendant, le régime patriarcal qu'ils leur imposent !
R.B


PETITE HISTOIRE DU VOILE

La première preuve textuelle du port du voile vient de la Mésopotamie où le culte de la déesse Ishtar est associé avec la prostitution sacrée. Ishtar, nom akkadien de la déesse, est représentée voilée. Dans un hymne, l’Exaltation d’Inanna (nom sumérien donné à Ishtar), écrit vers 2300 avant J.C. par le grand prêtre du dieu de la Lune à Ur, cette déesse est appelée hiérodule (prostituée sacrée) d’AnAn étant le plus ancien dieu des Sumériens.

Le premier document légal, qui mentionne les prostituées sacrées (ou hiérodules), est le Code d’Hammourabi qui date de 1730 av. J.-C. 10

Une loi de Téglath-Phalasar Ier (Tiglath-Pileser sous la forme hébraïque, Tukulti-apil-Esharra en assyrien), roi d'Assyrie de 1116 à 1077 av. J.-C., réglemente le port du voile (tablette A 40) : "Les femmes mariées […] qui sortent dans la rue n’auront pas leur tête découverte. Les filles d’hommes libres seront voilées. La concubine qui va dans les rues avec sa maîtresse sera voilée. La prostituée ne sera pas voilée, sa tête sera découverte. Qui voit une prostituée voilée l’arrêtera […]. Les femmes esclaves ne sont pas voilées et qui voit une esclave voilée l’arrêtera." 11

L'usage du voile existe dans le monde gréco-romain, chez les Celtibériens, les Mèdes, les Perses (les reines achéménides - 556 à 330 avant J.-C. - portent déjà le tchador 1), les Arabes, les peuples de l’Asie Mineure. 12

En Palestine, du temps de Jésus, les femmes portent le voile.
Paul, dans la Première Epître aux Corinthiens (11,2-16), insiste sur la nécessité pour la femme de se couvrir la tête quand elle prie ou prophétise. La femme doit porter un voile à l'assemblée du culte, exprimant par ce symbole que sa dignité chrétienne ne l'a pas affranchie de sa dépendance à l'égard de son mari, ni du second rang qu'elle occupe encore dans l'enseignement officiel : elle ne doit pas parler à l'Église, c'est-à-dire qu’elle ne peut enseigner (I Corinthiens 14,34 ; I Timothée 2,12) ; tel est le "commandement du Seigneur" reçu par Paul (I Co 14,37).
Lin, successeur de Pierre comme évêque de Rome vers 67, interdit aux femmes d'assister nu-tête aux assemblées.
En 213, dans De Virginibus velandis (Du voile des vierges), Tertullien (vers 155-222), théologien chrétien de Carthage, demande aux jeunes filles de porter le voile hors de chez elles, comme les femmes mariées. Il ajoute : « Femme, tu devrais toujours porter le deuil, être couverte de haillons et abîmée dans la pénitence, afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain. »
Depuis octobre 1964, les femmes sont autorisées à entrer tête nue dans les églises catholiques ; auparavant elles étaient tenues de porter une voilette (fixée au chapeau) ou une mantille (dentelle) ou un foulard (carré) ou un fichu (triangulaire). L'obligation pour les femmes de se couvrir la tête n'apparaît plus dans le code de droit canonique de 1983.
Dans la tradition religieuse chrétienne monastique, le voile de la religieuse signifie qu'elle se sépare du monde pour une plus grande intimité avec Dieu. Le pape Léon Ier (440-461) décrète que l'on ne donnerait aux religieuses le voile sacré qu'après qu'elles auraient gardé la virginité jusqu'à l'âge de quarante ans (âge canonique).

On peut lire dans le Coran dont le texte officiel est établi vers 650 :
"Commande aux femmes qui croient de baisser leurs yeux et d'être chastes, de ne découvrir de leurs ornements que ce qui est en évidence, de couvrir leurs seins de voile, de ne faire voir leurs ornements qu'à leurs maris ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, à leurs fils ou aux fils de leurs maris, à leurs frères ou aux fils de frères, aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes de ceux-ci, ou à leurs esclaves acquêts de leurs mains droites, ou aux domestiques mâles qui n'ont point besoin de femmes, ou aux enfants qui ne distinguent pas encore les parties sexuelles d'une femme. Que les femmes n'agitent point les pieds de manière à faire voir les ornements cachés. Tournez vos cœurs vers Dieu, afin que vous soyez heureux." (Sourate XXIV, 31) 3
"Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, Ô croyants, afin que vous récoltiez le succès." (XXIV, 31) 4
"O Prophète ! Prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants, d’abaisser un voile sur leur visage. Il sera la marque de leur vertu et un frein contre les propos des hommes. Dieu est indulgent et miséricordieux." (Sourate XXXIII, 57) 3
"Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux." (XXXIII, 59) 4
Les passages du Coran relatifs au port du voile ont été diversement interprétés selon les écoles juridiques, les époques et les régions.
Selon la tradition, Zainab, une des épouses du Prophète, étant sortie une nuit de 626 pour satisfaire un besoin naturel et ayant été importunée par des guerriers, Muhammad recommanda aux femmes de se voiler pour qu’elles pussent être reconnues comme telles et respectées.
"Tout le corps de la femme est awra (à cacher) excepté ses mains et son visage" est invoqué par la majorité des théologiens sunnites, chiites et ibadites, pour justifier l'obligation de voilement.
"Chez Abû Dâwûd on lit : "Aïsha a rapporté que sa sœur Asmâ est rentrée chez le Prophète avec des vêtements légers. Le Prophète se détourna d'elle et lui dit : ô Asmâ lorsque la femme atteint la puberté, elle n'a le droit de dévoiler que ça et ça en désignant le visage et les mains". Ce hadîth n'est pas faible comme prétendent certains : le Muhaddith Al-Albâny l'a mentionné dans les hadiths authentiques des Sunan d'Abû Dâwûd en le désignant par authentique / sahîh. Il l'est, également, par l'aval de Dahaby, Bayhiqy, Ahmad ; pourtant il n'est pas le seul hadîth à ce sujet." 5
Les femmes doivent obéir aux hommes :
"Les hommes sont supérieurs aux femmes en raison des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises ; elles conservent soigneusement pendant l'absence de leurs maris ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre l'inobéissance ; vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez ; mais aussitôt qu'elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand". (Sourate IV, 38) 3
"Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu'Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu'ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !" (Sourate IV, 34) 4

En 1516, l'empereur ottoman, Selim Ier, impose le port du voile aux femmes de Syrie : noir et blanc pour les musulmanes, jaune pour les juives et rouge pour les chrétiennes 1.

En 1923, au Caire (Egypte), Huda Sharawi, présidente de l'Union féministe, et ses amies, qui reviennent du Congrès féministe mondial tenu en Italie, retirent leur voile et sont acclamées par le peuple. 

Le 27 août 1925, Mustapha Kemal, président de la République turque, déclare (Discours dit "du chapeau" 8), entre autres : « En certains endroits, j'ai vu des femmes qui mettent un bout de tissu, une serviette ou quelque chose de ce genre sur leur tête pour cacher leurs visages, et qui tournent le dos ou s'accroupissent sur le sol lorsqu'un homme passe auprès d'elles. Que signifie ce comportement ? Messieurs, la mère et la fille d'une nation civilisée peuvent-elles adopter ces étranges façons, cette posture barbare ? C'est un spectacle qui couvre la nation de ridicule. Il faut y remédier sur-le-champ. »
En 1934, le droit de vote est accordé aux femmes mais le port du voile est prohibé dans les administrations et les écoles publiques ; il est déconseillé fortement dans tous les lieux publics.
Nathalie Clayer, historienne à l'EHSS, explique : "Mustafa Kemal n'a jamais interdit la burka ; il y a eu à son époque des campagnes antivoile, menées d'ailleurs surtout au niveau local, sans véritable coordination, touchant surtout les élites."

En 1928, les Afghanes et les Persanes peuvent se promener tête nue (le port du voile est facultatif).

Par décret royal du 21 mars 1935, Reza, Shah d’Iran, interdit le port du voile en public.
A compter du 7 janvier 1936 (7 dey 1315), le voile est interdit en tous lieux, dans la rue comme dans les universités. Reza Shah demande à la reine et à ses filles, les princesses Ashraf et Shams, de donner l'exemple. La police iranienne arrache aux femmes réticentes le tchador traditionnel.
En mars 1979, l’ayatollah Khomeyni proclame que toutes les femmes travaillant dans l'administration doivent porter le hijab. Par la suite, des manifestations de proclamation de femmes des classes moyennes et hautes, contre le port du voile, alternent avec les manifestations de femmes traditionnelles, qui militent pour le respect de la tenue islamique. Par la suite, les commerçants sont invités à ne pas accepter les femmes sans foulard islamique, et finalement, pendant le printemps et l'été 1982, une campagne vigoureuse est lancée par les pasdaran pour faire respecter la règle dans chaque ville ou village 2.

Au Maroc, à l'avènement de l'indépendance en 1956, le roi Mohammed V demande à sa propre fille d'ôter son voile en public pour marquer la libération de la femme.

En Tunisie, le 10 janvier 1957, Habib Bourguiba interdit le port du hijab dans les écoles.
Le décret 108, promulgué en 1981, interdit le port du voile dans l'administration publique et déconseille fortement aux femmes de le porter en public.

Au cours des dernières années de la guerre d'Algérie, les Français, sans grand succès, organisent des cérémonies de dévoilement collectif pour démontrer l'œuvre civilisatrice de la France en Algérie en faveur de l'émancipation des femmes algériennes 6.

En mai 2000, en Afghanistan, les talibans exigent des femmes (y compris les non-musulmanes) le port du voile.

En Syrie, le 18 juillet 2010, le ministre de l'Education supérieure publie le décret interdisant aux étudiantes des universités de porter la burqa ou le niqab.

Les autorités musulmanes du Kenya affirment qu'elles continueront à s'opposer à la décision prise par les évêques qui ont annoncé le 19 août 2011 que les élèves de leurs écoles catholiques ne sont pas autorisées à porter le hijab. "Si vous voulez envoyer votre enfant dans une école catholique, alors il faut en accepter les règles" déclare l'évêque Mgr Maurice Crowley, du diocèse de Kitale, lors d'une conférence de presse à Nairobi 9.

Le 17 juin 2015, le Premier ministre du Tchad, Kalzeube Pahimi Deubet, annonce que "le port de la burqa, ou tout autre système de port de turban où on ne voit que les yeux (...) est désormais interdit dans les lieux publics par mesure de sécurité, afin d'éviter la dissimulation d'explosifs".

Femme portant un tchador, 
Le Tour du Monde de Dieulafoy, 1881-1882


Différents voiles portés par les musulmanes

En usage surtout en ville, le voile intégral est généralement ignoré dans les villages et chez les nomades ; il est souvent remplacé par un foulard cachant cou, gorge et cheveux.

Il existe plusieurs sortes de voiles, intégraux ou partiels, portés par les musulmanes :
burqa ou burka (long voile, bleu ou marron, couvrant complètement la tête et le corps de la femme, avec une grille de coton devant les yeux, et remplaçant le tchador) en Iran et Afghanistan ; la burqa est appelée parandjah (ou parandja) en Asie centrale,
tchador ou tchadri (mot persan ; il ne couvre pas le bas du pantalon des femmes et est adapté pour que les femmes puissent sortir leurs bras pour faire le marché, par exemple ; les mains sont visibles ; certains types de tchadri sont même ouverts par devant, légèrement en dessous de la taille, laissant paraître robe et pantalon ; en Iran, en Inde ; il est porté en Afghanistan depuis plus de 1.000 ans),
niqab (grand drap ne laissant apparaître que les yeux) en Arabie Saoudite,
sitar (rideau en arabe ; voile qui complète le niqab en couvrant les yeux d'un voile assez fin pour que la femme ainsi couverte puisse voir au travers sans que ses yeux ne puissent être vus des autres ; il peut aussi simplement compléter le jilbab : voir plus loin)
hijab en Arabie ou hijeben dans les pays du Maghreb (voile cachant les cheveux, les oreilles et le cou et ne laissant voir que l’ovale du visage) ; le hijab est appelé kichali aux Comores, Tudung (en Malaisie) et Ibadou (au Sénégal),
haïk en Afrique du Nord (grande pièce de laine ou de coton, blanche ou noire, dissimulant les formes du corps et voilant le visage),
sefseri ou safsari ou sefsari en Tunisie (voile traditionnel composé d'une large pièce d'étoffe blanche ou jaune couvrant tout le corps de la femme, en soie naturelle, en coton ou en satin),
abaya (de couleur noire, elle doit couvrir le corps sauf le visage, les pieds et les mains ; elle peut être portée avec le niqab qui couvre tout le visage sauf les yeux) en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe persique,
- tcharchaf (voile noir léger dissimulant le visage des femmes turques),
jilbab (foulard cachant les cheveux, les oreilles et le cou) en Indonésie ; il n'a rien à voir avec le jilbab utilisé par les Saoudiennes (longue robe, souvent noire, couvre l'intégralité du corps mais ne cache pas le visage)
Le voile s’appelle aussi litham ou lithem (cache-nez) ou encore khimbr, terme générique désignant tout ce qui couvre la tête.

La laïcité française et les signes religieux

A l'automne 1989, des élèves musulmanes refusent de se rendre en classe sans leur foulard ; des proviseurs s'y opposent, invoquant le principe de la laïcité de l'école publique.

Le 27 novembre 1989, le Conseil d’Etat rappelle que, si le port par les élèves de signes par lesquels ils manifestent leur appartenance à une religion n’est pas incompatible avec le principe de la laïcité, cette liberté ne permet pas aux élèves d’arborer des insignes d’appartenance religieuse qui constitueraient un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande.

Le 2 novembre 1992, le Conseil d’Etat revendique pour chacun "l'exercice de la liberté d'expression et de manifestation de croyances religieuses" et fait valoir que "le port d'insignes religieux n'est pas a priori une entorse à la laïcité, à condition que les personnes concernées s'interdisent tout prosélytisme et remplissent normalement leurs obligations scolaires, sans troubler l'ordre public".

Le 20 septembre 1994, une circulaire du ministre de l’Education, François Bayrou, distingue les "signes religieux ostentatoires par principe interdits et les signes discrets" qui sont admis.

De 1994 à 1998, on dénombre quatre cent cas de port du foulard islamique.

Le 14 février 2000, le Conseil d’Etat considère que "l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation de croyances religieuses ne fait pas obstacle à la faculté pour les chefs d’établissement, et le cas échéant les enseignants, d’exiger des élèves le port de tenues compatibles avec le bon déroulement des cours, notamment en gymnastique et en technologie".
Les proviseurs qui veulent interdire le port du foulard islamique, motivent l’exclusion par le prosélytisme et par l’absentéisme : en effet, les porteuses de voile refusent de participer aux cours d’éducation physique et de natation et d’assister à certains cours de sciences naturelles.

Le 19 juin 2003, la cour d’Appel de Paris confirme la décision du Conseil des prud’hommes du 17 décembre 2002 ordonnant la réintégration d’une employée portant le foulard islamique.

La Loi 2004-228 du 15-3-2004, précisée par la circulaire du 18-5-2004 (J.O. du 22), interdit le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics :
« Article 2.1. La loi interdit les signes et les tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse. Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive. La loi est rédigée de manière à pouvoir s'appliquer à toutes les religions (les turbans des sikhs sont également visés, ndlr) et de manière à répondre à l'apparition de nouveaux signes, voire à d'éventuelles tentatives de contournement de la loi. La loi ne remet pas en cause le droit des élèves de porter des signes religieux discrets. Elle n'interdit pas les accessoires et les tenues qui sont portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse. En revanche, la loi interdit à un élève de se prévaloir du caractère religieux qu'il y attacherait, par exemple, pour refuser de se conformer aux règles applicables à la tenue des élèves dans l'établissement. »
De septembre 2004 à janvier 2005, 48 élèves sont exclus de leur établissement pour non-respect de la loi précitée 7.

La LOI n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public est publiée au JORF n°0237 du 12 octobre 2010 :
"Article 1 : Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.
Article 2 : 
I. Pour l'application de l'article 1er, l'espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public. 
II. L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles.
Article 3 : La méconnaissance de l'interdiction édictée à l'article 1er est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la deuxième classe. L'obligation d'accomplir le stage de citoyenneté mentionné au 8° de l'article 131-16 du code pénal peut être prononcée en même temps ou à la place de la peine d'amende.
Article 4 : Après la section 1 bis du chapitre V du titre II du livre II du code pénal, il est inséré une section 1 ter ainsi rédigée : "Section 1 ter "De la dissimulation forcée du visage. "Art. 225-4-10. - Le fait pour toute personne d'imposer à une ou plusieurs autres personnes de dissimuler leur visage par menace, violence, contrainte, abus d'autorité ou abus de pouvoir, en raison de leur sexe, est puni d'un an d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende. Lorsque le fait est commis au préjudice d'un mineur, les peines sont portées à deux ans d'emprisonnement et à 60 000 € d'amende."
Article 5 : Les articles 1er à 3 entrent en vigueur à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la promulgation de la présente loi (11 avril 2011, ndlr)."
Le 1er juillet 2014, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a jugé "légitime" l'interdiction du voile intégral en France et rejeté la requête d'une Française, adepte du niqab et de la burqa, qui contestait la loi de 2010. La Cour a souligné que "la préservation des conditions du vivre ensemble était un objectif légitime" des autorités françaises, qui disposent à cet égard d'une "ample marge d'appréciation", et que, par conséquent, la loi française de 2010 n'était pas contraire à la convention européenne des droits de l'Homme.

En Belgique, la loi, adoptée en avril 2011 par le Parlement et entrée en vigueur le 23 juillet, prévoit que les personnes qui se "présenteront dans l'espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables seront punis d'une amende" (137,50 euros) et/ou d'une peine de prison de un à sept jours.

Citations

Les femmes grecques, lorsqu'elles sortaient, se voilaient le visage au moyen d'un coin de leur péplum ou de la draperie appelée credemnon, calyptra, etc., usage encore soigneusement conservé par les femmes d'Orient (...) Les plus anciens auteurs grecs parlent de voiles. Hésiode en a paré Pandore. Pénélope parait voilée devant ses prétendants. Phèdre, dans ses ardeurs, supporte impatiemment son voile. Les femmes thébaines avaient un voile d'une sorte particulière ; elles se l'appliquaient exactement sur la figure comme un masque et le perçaient de deux trous pour les yeux. Chez les Spartiates, les jeunes filles paraissaient en public découvertes ; les femmes mariées seules se voilaient. Toutefois, dans l'antiquité, les femmes obtinrent parfois quelque extension à leurs droits de coquetterie, et l'on voit par des médailles et des pierres gravées qu'elles s'entouraient la tête d'un voile, sans toujours s'en couvrir le visage ; femmes et jeunes filles devaient pourtant être voilées quand elles sortaient. Leurs voiles étaient d'ordinaire teints en rouge ou en pourpre. L'usage du voile existait aussi chez les Celtibériens, chez les peuples de l'Asie Mineure, les Mèdes, les Perses, les Arabes, etc. (…) Le voile fut adopté et conservé par les femmes chez les premiers chrétiens. Elles avaient la tête voilée, non-seulement quand elles sortaient, mais pour prier et prophétiser. Mais le voile, flammeum virginale, fut surtout l'insigne des vierges. Les évêques consacraient les vierges par l’imposition du voile. Il était simple, court, sans ornements, en laine pourpre. Quelques-unes cependant en portaient de flottants, de couleur violette (…) Les femmes au moyen âge firent souvent usage du voile comme principal ornement de coiffure, notamment au IXe siècle, ou il enveloppait les épaules et descendait presque à terre ; au XIe, ou elles s'en paraient surtout le dimanche pour aller à l'église. Le voile s'appelait alors le dominical, et les statuts synodaux enjoignaient de l'avoir sur la tête quand on allait communier. (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse)

Le "foulard islamique" : quelle fichue histoire !
Celles qui mettent le voile n'ont pas forcément envie de mettre... les voiles. (Autocitations, Jean-Paul Coudeyrette)

Notes

L'Histoire des Papes et des Saints, n°8, avril 2010, Ed. SENO.
2 http://dictionnaire.sensagent.com/tchador/fr-fr/
Le Coran. Traduction de Kasimirski. GF Flammarion 1970 ; http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Koran_%28Traduction_de_Kazimirski%29
http://www.coran-en-ligne.com/coran-en-francais ; html ; http://quran.al-islam.com/frn/ 
5 Cheikh Tahar Mahdi Ben Belkacem : http://www.taharmahdi.fr/articles.php?lng=fr&pg=216
Todd Shepard, La bataille du voile pendant la guerre d'Algérie, in Le foulard islamique en questions, sous la direction de Charlotte Nordmann, Paris, éditions Amsterdam, 2004
Quid 2007
Jean-François Solnon, Le turban et la stambouline, extrait du Discours du chapeau du 27 août 1925 par Mustapha Kemal Pacha Ataturk, P561
http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/archives/deuxmil11sem/semaine34/210nx342afriquec.html
10 http://www.questionsenpartage.com/le-voile-une-histoire-qui-commence-avec-la-prostitution-sacr%C3%A9e-en-assyrie
11 Odon Vallet, Le Dieu du croissant fertile.
12 "VOILE s. m. [.] Encycl. Les femmes grecques, lorsqu'elles sortaient, se voilaient le visage au moyen d'un coin de leur péplum ou de la draperie appelée credemnon, calyptra, etc., usage encore soigneusement conservé par les femmes d'Orient. Les voiles grecs étaient d'une étoffe légère et transparente, fabriquée dans les îles de Cos et d'Amorgos, en Lydie, à Tarente et à Siris, d'où ils prenaient le nom de coa, amorgina et sirina. Cette étoffe se faisait avec la plus belle espèce de lin, le byssus. Les voiles phéniciens étaient teints en pourpre, et on en exportait dans la Grèce. Les plus anciens auteurs grecs parlent de voiles. Hésiode en a paré Pandore. Pénélope paraît voilée devant ses prétendants. Phèdre, dans ses ardeurs, supporte impatiemment son voile. Les femmes thébaines avaient un voile d'une sorte particulière ; elles se l'appliquaient exactement sur la figure comme un masque et le perçaient de deux trous pour les yeux. Chez les Spartiates, les jeunes filles paraissaient en public découvertes; les femmes mariées seules se voilaient. Toutefois, dans l'antiquité, les femmes obtinrent parfois quelque extension à leurs droits de coquetterie, et l'on voit par des médailles et des pierres gravées qu'elles s'entouraient la tête d'un voile, sans toujours s'en couvrir, le visage ; femmes et jeunes filles devaient pourtant être voilées quand elles sortaient. Leurs voiles étaient d'ordinaire teints en rouge ou en pourpre. L'usage du voile existait aussi chez les Celtibériens, chez les peuples de l'Asie Mineure, les Mèdes, les Perses, les Arabes, etc. Dans les cérémonies nuptiales des Grecs et des Romains, la fiancée était couverte d'un voile. Se voiler, s'envelopper la tête était un signe de deuil, dans l'antiquité. Certaines cérémonies religieuses, le respect dû à certaines divinités exigeaient aussi le voile à Rome et en Grèce. Enée se voile pour sacrifier à Minerve, Œdipe pour prier les Euménides ; les vestales ont la tête couvertes du suffibulum (un long voile blanc qui, s’étendant le long du corps, était retenu par une boucle au-dessous du menton, ndlr) pour offrir leurs sacrifices. Les voiles de deuil des Grecs étaient de couleur noire ; ceux, des Romains étaient blancs. Aux funérailles, chez ces derniers, les fils sont voilés lorsque c'est le père qui est mort, et les filles ont, au contraire, la tête découverte. Les hommes, à Rome, sortaient souvent aussi la tête enveloppée pour toutes sortes de motifs, soit pour ne pas être reconnus ou dérangés, soit pour raison de santé. Toutefois, quand ils rencontraient alors quelque personnage important, ils devaient par respect se découvrir. Le voile fut adopté et conservé par les femmes chez les premiers chrétiens. Elles avaient la tête voilée, non-seulement quand elles sortaient, mais pour prier et prophétiser. Mais le voile, flammeum virginale, fut surtout l'insigne des vierges. Les évêques consacraient les vierges par l'imposition du voile. Il était simple, court, sans ornements, en laine pourpre. Quelques-unes cependant en portaient de flottants, de couleur violette. Le voile et la prise de voile jouent encore aujourd'hui le même rôle dans les congrégations de femmes qu'aux premiers siècles du christianisme. Les femmes au moyen âge firent souvent usage du voile comme principal ornement de coiffure, notamment au IXe siècle, où il enveloppait les épaules et descendait presque à terre ; au XIe, où elles s'en paraient surtout le dimanche pour aller à l'église. Le voile s'appelait alors le dominical, et les statuts synodaux enjoignaient de l'avoir sur la tête quand on allait communier. Au XIIIe siècle, les chaperons, les chapels rivalisèrent avec les voiles dans le costume des femmes. A partir de cette époque, l'importance des voiles diminua, et ils commencèrent à devenir ce qu'ils sont actuellement. Les voiles modernes, en étoffe transparente, gaze, tulle, dentelle, servent à préserver le visage du froid ou de la poussière. Ils sont de couleur blanche, noire, brune ou bleue. Toutefois, en Espagne et dans tous les pays d'Amérique conquis par les Espagnols, le voile est resté la coiffure nationale. Dans tous les pays mahométans, les femmes sont toujours strictement voilées lorsqu'elles sortent..." (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Pierre Larousse. 1863-1890)