mardi 31 octobre 2017

SANCTION DE LA TRAHISON : UNE ABSTENTION MASSIVE !

Article publié dans : 
Kapitalis 
Tunisie Focus

Des élections vont inévitablement arriver et beaucoup de Tunisiens vont avoir à faire un choix très difficile. Voici quelques données dont ils devront tenir compte.

Le premier constat, très partagé : est que la coalition actuelle, celle de Nidaa Tounes et des Frères musulmans, n’a guère apporté de satisfaction aux Tunisiens qui constatent la régression du pays dans de nombreux domaines :
- Une économie en difficulté avec une inflation galopante et une dépréciation de la monnaie qui rend la vie quotidienne des tunisiens de plus en plus difficile.
- Un laisser aller dans la gestion des communes au point de vue de la propreté, du civisme et de la sécurité.
- Une police qui se livre à des actes choquants à l’égard des citoyens montrant clairement que l’état de droit, seule garantie d’une vie libre et démocratique, n’est pas au rendez-vous.
- Une justice qui prend des décisions qui choquent la majorité des citoyens et qui démontrent son manque de professionnalisme, son mépris du droit et son incompétence sinon sa corruption.
- Les forces de l'ordre continuent à être la cible des islamistes qui les jugent "taghout" (ceux qui obéissent à d'autres lois que celles d'Allah), et comme tel les condamnent à mort.
- Une islamisation rampante mais très active, de la société : comme les écoles et les crèches islamistes qui se multiplient comme des champignons ou la volonté d’instaurer un tourisme "religieux" que proposent les islamistes …

Le deuxième constat : est que tout cela est le fruit de l'alliance contre nature de Nidaa Tounes avec les islamistes, alliance qui n’est que le résultat de la trahison du Président Béji Caïd Essebsi et de son parti lequel a montré sa vraie nature en laissant les petites ambitions personnelles prendre le pas sur l’intérêt du pays.

Cette alliance est une trahison qui fait beaucoup de mal à la démocratie car les tunisiens ne peuvent plus croire à la parole des hommes politiques. Ils ont entendu Béji Caïd Essebsi dire tout le mal qu’il pensait des islamistes avant les dernières élections, jurant tous ses dieux qu’il ne s’alliera jamais avec Ghannouchi ; et quelques jours après son élection, ils l’ont vu s’allier aux Frères musulmans !

Ce qu’il a réitéré récemment en disant de nouveau qu’il avait "peut-être" eu tort de s’allier à eux ; et pourtant il continue de plus belle !

Si cette alliance avait donné des résultats, les tunisiens l’auraient acceptée. Mais vraiment où sont les résultats ? Et cela pour une simple raison, c’est qu’il n’y a pas et ne peut y avoir de ligne politique entre deux partis qui ont des idéologies contraires. Comme il fallait s’y attendre, le pouvoir se contente de demi-mesures. Il ne prend aucune décision nécessaire qui heurterait l’allié ; alors que ce dernier ne cesse d’imposer de gré ou de force le programme de la confrérie au gouvernement et aux tunisiens.

Or on ne fait pas progresser un pays dans ce genre de bouillie politique !

Le troisième constat : est que les autres partis qui se disent progressistes, sont :
- Soit inexistants ou des coquilles vides, destinées seulement à faire parler de leurs leaders ;
- Soit complétement à côté des réalités, poursuivant des buts totalement chimériques, ne sachant pas faire les compromis nécessaires.

Certains veulent le « grand soir » sachant qu’il n’arrivera pas et se complaisent dans une opposition d’apparence. Ils ne cherchent même pas à créer une coalition qui s’opposerait clairement et fortement au danger islamiste ; au point que l’on peut légitimement se demander s’ils ne les soutiennent pas ! D’autres, et ils sont nombreux, font du pied aux islamistes.

Et, enfin, il est clair, et beaucoup s’en rendent compte aujourd’hui, que la Constitution a prévu un mode électoral désastreux car rendant impossible l’émergence d’une majorité claire et forte. C’est ce mode de scrutin qui a conduit à l’alliance funeste entre Nidaa Tounes et les islamistes ; c’est-à-dire entre le progrès et la régression, comme si cela pouvait aller ensemble !

Alors face à ces constats que peut penser et faire l’électeur tunisien ?

- Il peut en comparant la Tunisie aux autres pays « arabes », se dire que dans le fond tout n’est pas une réussite mais que le pays a évité le pire, le chaos que d’autres ont connu. C’est cette analyse qui serait extrêmement dangereuse car sous prétexte que l’on a évité le chaos, on accepterait la régression, l’islamisation rampante. Et, au bout du compte, un pays qui, renonçant à sa marche vers le progrès, retomberait dans l’ignorance, le refus des libertés et du progrès … et demain, de nouveau dans le chaos. Est-ce cela que les Tunisiens veulent pour leurs enfants ? Veulent-ils sacrifier une génération ? Raisonnablement, aucun ne le voudrait.

En dehors de cette attitude, l’électeur tunisien a, en réalité, très peu de choix véritable : Ou il se disperse entre tous les petits partis qui n’auront aucun pouvoir et cela ne mènera à rien. Ou il se satisfait de la coalition actuelle et laisse le pays continuer dans sa régression, dans ses demi-mesures paralysantes et dans son islamisation rampante. Dans ce cas, selon sa tendance, il vote pour Nidaa Tounes ou pour Ennahdha et conforte cette alliance contre nature. Il conforte de ce fait une sorte de dictature soft née des compromissions de ces deux partis et laisse le pays aller petit à petit à la ruine.

- Mais beaucoup, ne pourront se satisfaire de cette situation. Au risque de favoriser les islamistes, ils décideront de donner une leçon aux prétendus progressistes de Nidaa Tounes en se détournant massivement de ce parti pour sanctionner sa trahison, comme ils l’ont déjà fait avec les deux autres partis de l’ex-troïka dont les chefs tout comme Béji Caïd Essebsi, juraient tous leurs dieux qu’ils ne s’allieraient jamais avec les Frères musulmans.

Il faut, en effet, que les politiques se rendent compte qu’ils ne peuvent impunément tromper leurs électeurs et n’en subir aucune conséquence.

Tous ceux qui, malgré la trahison, continueraient de voter pour Nidaa Tounes, donneraient d’une certaine façon un blanc-seing à ce parti pour d’autres trahisons. A quoi bon voter dans ce cas ?

Si d’ici les élections aucune majorité claire et progressiste ne se dégage, je ne rééditerai pas l’appel au vote utile que les partis ont fini par croire acquis d’avance et une fois pour toute ; puisqu’ils ont trahi ! Je ne pourrai, tout en le regrettant, que conseiller de s’abstenir massivement et, en tous cas, de refuser nos suffrages à Nidaa Tounes qui s’est présenté comme unique rempart contre les islamistes pour gagner les suffrages de millions de tunisiens et surtout de tunisiennes mais qu’il a trahis !

On dira que l’abstention n’est pas très démocratique. C’est inexact. Une abstention massive sera un message indiscutable envoyé aux politiques. Elle aura pour résultat d’affaiblir clairement le pouvoir issu des urnes. Dans cette hypothèse, cela risque d’être les islamistes. Tant mieux. Et puis, est-ce plus démocratique de faire, une fois élu, le contraire de la politique pour laquelle les électeurs ont votée ?

C’est, dira-t-on, favoriser la prise de pouvoir par Ennahdha ! Cela est tout à fait vrai mais outre que cela créera un électrochoc, cette situation aura le mérite de la clarté. Ennahdha qui, aujourd’hui n’assume aucune responsabilité dans la crise et dans l’échec, s’abritant toujours derrière ses alliés « démocrates » d’Ettakatol & du CPR d’abord et maintenant de Nidaa Tounes ; devra bien assumer les échecs * que connaissent les tunisiens depuis que ce parti s’est accaparé leur « révolution ».

Cela mettra un terme à la stratégie délibérée et machiavélique des Frères musulmans qui consiste à ne pas vouloir être en première ligne du pouvoir, de façon à ne pas en assumer la responsabilité ; préférant se cacher derrière leurs alliés pour pouvoir placer leurs hommes et islamiser de manière rampante la société tunisienne. Ce que fait malheureusement encore Ennahdha avec la complicité cette fois-ci de Nidaa Tounes. Qu’elle le fasse au grand jour et que les tunisiens jugent !

Par ailleurs, quelques soit la dangerosité de ses projets, Ennahdha sera contenue, n’en doutons pas, par la Société Civile tunisienne qui a montré sa force et qui est plus efficace que les frileux politiques dont beaucoup manquent d’envergure.

Enfin, la conjoncture internationale et le recul partout de l’islamisme politique, rendront vaines les velléités dictatoriales des islamistes.

Dès lors l’abstention, sanction nécessaire des hommes politiques sans honneur, ne représente pas un danger si grand qu’il devrait nous faire accepter l’inacceptable.

Ne pourra avoir mon vote que le parti qui dira clairement ces quelques principes clairs :

- S’engager à ne jamais faire la moindre alliance avec les islamistes.
- Interdire les partis religieux, la religion n’ayant pas sa place en politique parce qu’elle a une vocation à des positions totalitaires et parce que la religion n’a pas à diviser le peuple comme elle le fait de toute évidence aujourd’hui depuis que les islamistes se sont emparés de sa « révolution ».
- S’engager à modifier le mode de scrutin prévu par la Constitution pour instaurer un système qui, donnant une prime au parti placé en tête, lui assure une majorité claire permettant de réellement gouverner et d’avoir une vraie politique. La démocratie ce n’est pas le compromis ou le consensus mou :  c’est l’alternance de politique claire.
- Œuvrer pour une réelle reprise en main de l’éducation qui a régressé de manière choquante et qui a donné naissance à un peuple incapable de faire face aux défis du siècle.
- Continuer mais avec fermeté dans l’instauration d’un véritable Etat de droit par le contrôle de la police et par l’assainissement de la justice de ce pays.
- Enfin, faire en sorte que dans une économie libérée, renforcée par l’état de droit, une redistribution plus juste permette plus de justice sociale entre les citoyens et entre les régions du pays.

Voilà le seul programme qui puisse sortir le pays de l’ornière où il se trouve. Ce n’est pas l’attelage Nidaa Tounes-Ennahdha qui pourra le mettre en œuvre.

Rachid Barnat


* Faut-il préciser que ce qui est perçu comme échecs de la part des tunisiens, n’est que réussites pour les islamistes dont le projet est de détricoter et détruire tout ce qu’avait fait Bourguiba : à savoir une Nation et une Administration moderne pour ancrer la Tunisie dans la modernité ; alors que l’objectif des pan-islamistes et leurs complices les pan-arabistes, est de diluer ce peuple dans un magma appelé « Oumma islamya » (communauté des musulmans) pour les premiers et « Oumma Arabya » (monde arabe) pour les seconds ! C’est dire leur lubie.






4 commentaires:

  1. BOUTEFLIKA, ce Frère musulman au secours de sa confrérie !

    En effet, le FLN grouillait de Frères musulmans et de sympathisants de la confrérie, pour libérer l'Algérie de la colonisation française; tout comme Gamel Abdel Nasser s'était rapproché des Frères musulmans pour libérer l'Egypte de la colonisation anglaise.

    Et ça laisse des traces : si Nasser s'est finalement éloigné des Frères jusqu'à les combattre préférant son pan arabisme à leur pan islamisme, en Algérie les relations n'ont jamais été rompues clairement entre pan-arabistes, pan-islamistes et socialistes à pro-soviétiques .... formant le FLN !

    Ce qui explique l’amnistie accordée par Boutef à ses Frères, dont BCE suit l'exemple; alors que lui sous Bourguiba a fait la guerre totale à Ghannouchi et ses Frères ... ce qui laisse perplexes tous ceux qui l'ont cru bourguibiste jusqu'aux bout des ongles !!

    http://www.tunisie-secret.com/Bouteflika-est-il-le-protecteur-des-Freres-musulmans-tunisiens_a1698.html

    RépondreSupprimer
  2. DES PARLEMENTAIRES QUI VEULENT EN FINIR AVEC LES COMPROMIS ... ET LES COMPROMISSIONS !

    Mamoghli Chokri :

    Un front parlementaire progressiste composé de 43 députés de "Machrou' Tounis" , "Afeq", de certains députés de "Nidaa Tounes" et d'autres indépendants, vient de voir le jour.

    Il compte 43 députés et est appelé à en compter davantage !

    Ce front est appelé à casser la politique du compromis et de la compromission entre les deux conglomérats de morpions, suceurs de sang que sont Ennahdha et Nidaa Hafedh.

    Soutien total à ce front qui peut nous aider à sortir de l'impasse politique et morale que vit la Tunisie.

    RépondreSupprimer
  3. LES FRÈRES MUSULMANS GAGNENT LES GRANDES VILLES GRACE A L'EXODE RURAL ...

    Istanbul :
    - En 1970 : 1 million d’habitants
    - En 2010 : 17 millions d’habitants !

    Une vague migratoire depuis les régions pauvres vers l'ancienne capitale ottomane, amenant des gens incultes facilement endoctrinables par les Frères musulmans, ce qui explique que la ville soit tombée entre les mains des islamistes !
    Les laïcs qui y étaient majoritaire, se sont retrouvés noyés dans la masse des nouveaux migrants, ces paysans pauvres venus souvent d’Anatolie; proie facile pour les islamistes sur laquelle repose le populiste Erdogan !

    C'est ce qui s'est produit au Caire ... et est entrain de se produire à Tunis, depuis que le planning familial instauré par Bourguiba, est abandonné par les islamistes !!

    RépondreSupprimer
  4. IL FAUT EN FINIR AVEC LE CONSENSUS MOU !

    Jean-Pierre Ryf :

    " Ce qu’on a fait de bon en Tunisie pendant ces années post-révolution, c’est de développer le sens du compromis. Mais ce sens du compromis vire parfois à la compromission ", estime Mohamed Fadhel Mahfoudh.

    L’avocat juge qu’aujourd’hui, la Tunisie a besoin " d’hommes politiques audacieux, avec des programmes précis, qui soient ensuite jugés par la voie des élections ".
    " On n’en est pas encore là ", regrette-t-il.

    Actuellement, il y a des petits arrangements entre partis afin de satisfaire tout le monde, d’obtenir un consensus un peu partout. Ce n’est pas la bonne voie. Il faut que nous tranchions.
    Il faut qu’il y ait des partis politiques qui gouvernent, d’autres qui forment une opposition.
    Les échéances électorales permettront de dire quel parti a bien fait son travail ou non. "

    Voilà exactement ce que développait mon ami Rachid Barnat dans un de ses derniers articles.......mais il donnait le seul moyen d'y parvenir : un électrochoc !

    .http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/11/17/tunisie-la-democratie-est-un-processus-difficile-mais-on-ne-reviendra-jamais-a-la-dictature_5216500_3212.html

    RépondreSupprimer